14 novembre 2007

Beaujolais Nouveau: pas vraiment le coeur à la fête

Les producteurs de Beaujolais Nouveau auront-ils le coeur à la fête, demain, alors qu'en moyenne, ils perdent 40 euros sur chaque hecto vendu?

Le calcul est simple: malgré une baisse des rendements, et une mise en réserve d'une partie de la production jusqu'à la "libération", les prix moyens ont oscillé entre 140 et 150 euros l'hecto en Beaujolais générique, et 160 euros en Beaujolais Villages. "Alors que le prix de revient, lui, est de 180 euros", précise  Denis Chilliet, Président du Groupement des Beaujolais. "C'est intenable". 

Les responsables? Le Président renvoie producteurs et négociants dos à dos.
«Si un acteur ne joue pas le jeu, soit en bradant son vin au négociant, soit en offrant une somme ridicule au viticulteur, c’est le marché tout entier qui se casse la figure.»

D'autre part, le Beaujolais est de plus en plus dépendant de la Grande Distribution, au moins en France et en Belgique. Ce qui ne permet plus de marger de manière satisfaisante. Face au hard discount,  les Beaujolais à prix d'appel se sont multipliés. Ce qui n'est bon pour personne - la qualité baisse, le consommateur hésite. Aurait-on cassé la poule marketing aux oeufs d'or?

 

BNT1

 

 

Restons (modérément) optimistes: si certains acheteurs prétendent qu'il s'essouffle, le phénomène Beaujolais Nouveau "pèse" tout de même toujours 50 millions de bouteilles!

Une autre raison d'espérer, pour nous pauvres consommateurs: l'ère du goût de banane semble révolue. De là à dire qu'on a totalement renoncé à l'arsenal des levures industrielles, il y a un pas. Mais cette année, côté arômes, c'est la framboise écrasée qui devrait avoir la vedette.


Tout fout le camp? La preuve que non, le Beaujolais redevient du vin!


                  (c) Hervé Lalau

 

07:02 Écrit par Hervé Lalau dans Beaujolais | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

14 octobre 2007

Beaujolais forever

Un an déjà. Le 16 novembre 2006, date du déblocage du Beaujolais Nouveau, j’étais à Paris. J’ai pu y constater le fossé qui se creuse entre les médias et les consommateurs du vin. Par le passé, je n’ai pas été le dernier à me plaindre de la qualité du Beaujolais Nouveau; moi aussi, j’ai souvent raillé le côté marketing de l’événement. Aujourd’hui, je m’interroge. La qualité reste variable, c’est sûr. Mais même si la presse fait la fine bouche (un article du Parisien était même carrément dissuasif), et alors que le battage médiatique s’estompe, les consommateurs français, eux, semblent toujours apprécier l’événement.
 
Dans le 8ème, où je me trouvais vers midi-une heure, les restos et les cafés ne désemplissaient pas. Au Griffonnier, le joli bar à vin où des amis journalistes m’avaient convié, des gens de tous bords s’échangeaient des impressions; près du zinc, on buvait du Beaujolais au verre; sur les tables, celle du cadre comme celle du plombier, celle de l’étudiante comme celle de la mamie, trônaient les flacons de Nouveau. Le brouhaha était général, mais le vin avait la première place dans les conversations, malgré une grosse actualité politique nationale...

Alors, puisque la consommation est là, ne faudrait-il pas mieux encourager les producteurs à augmenter la qualité, plutôt que de s’en tenir au sempiternel «le Beaujolais, ce n’est pas du vin», si populaire chez ceux de nos confrères qui veulent absolument paraître «affranchis».
Moi, je me dis qu’une bouteille par an, ce n’est pas exagéré. Je sais bien que le Nouveau fait de l’ombre aux crus du Beaujolais. Mais les crus font-ils toujours vraiment meilleur? Ou pour formuler la chose autrement, le rapport plaisir-prix leur est-il toujours plus favorable qu’au Nouveau?
Par ailleurs, j’aime le côté convivial de l’événement, et le fait que ces agapes se fassent aujourd’hui sans trop de battage ne me les rend que plus sympathiques. Ce que l’on perd en médiatisation, on le regagne en spontanéité.

J’en parlais avec les confrères qui ont levé le coude avec moi. On se disait que même si tous les Beaujolpifs n’étaient pas de grands vins (un sur les trois que j’ai bus valait la peine), au moins, on les buvait, on ne les crachait pas. Nous avons sacrifié, nous aussi, à cette fête païenne, non avec l’esprit du professionnel, mais dans une démarche de buveurs anonymes.

Après tout, il n’y a pas que les Catholiques qui fêtent Noël, il n’est pas nécessaire d’être convaincu d’une quelconque suprématie du Beaujolais sur la planète vin pour partager l’esprit Beaujolais. Tous les chemins ne mènent plus à Rome, bien sûr, alors ils ne mènent plus forcément non plus à la Chapelle… de Guinchay. Mais dans le contexte actuel de croisade anti-vin, de socialement aseptisé, de pensée inique, Dieu que c’est bon de boire avec des gens de bonne compagnie, un produit plaisir qui ne se pousse pas du col.

(c) Hervé Lalau

20:34 Écrit par Hervé Lalau dans Beaujolais | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |