24 mars 2009

Interbeaujolais est à côté de la plaque

Au détour de l'excellente revue de presse de nos confrères de Vitisphère, je viens de lire une édifiante déclaration d'Interbeaujolais à propos des condamnations des sur-chaptaliseurs du Beaujolais. Ceux-là même dont j'ai eu l'honneur de vous entretenir en détail il y a quelques semaines dans ces mêmes colonnes.

Interbeaujolais y regrette que les vignerons sucreurs aient été plus lourdement condamnés que les supermarchés auprès desquels ils s'approvisionnaient (par palettes, précisons-le). Il les compare même à de pauvres toxicos victimes de méchants dealeurs.

Interbeaujolais est à côté de la pla que.

Le sucre est en vente libre, pas le cannabis (au moins en France). Ce qui est interdit, c'est d'en ajouter dans les cuves sans déclaration préalable aux douanes et à la répression des fraudes. Vu les quantités, et vu la volonté délibérée d'échapper à tout contrôle (les achats s'effectuaient sans facture), le Tribunal n'a pu que constater l'étendue de la fraude, et s'en prendre aux véritables responsables, vignerons et coopératives. "A qui profite le crime,", comme on dit dans la police...

Etait-ce aux supermarchés de vérifier l'utilisation que faisaient leurs clients du sucre qu'ils leur vendaient? Devaient-ils les dénoncer? Sont-ils devenus les auxiliaires des douanes?

Je n'ai toujours pas encaissé que l'interprofession ne se soit pas portée partie civile à ce procès, ne serait-ce que pour donner le signe de la fin de la récréation, ou mieux, le signe d'un retour à un encadrement de la production. Car quoi, ces Beaujolais sucrés, ils ont été agréés, on en a vendu, et on en a acheté. A quoi sert l'agrément? A vérifier la pureté du saccharose? Les degrés et les rendements obtenus, dans les années froides dont il est question, n'ont étonné personne?

Les mauvais vignerons sont seuls responsables des dégâts qu'ils ont fait à l'image de la région, au bien commun qu'est l'AOC.

Nous parler aujourd'hui de cas sociaux, nous émouvoir avec des entreprises en quasi-faillite, c'est oublier que le consommateur a été la première victime de la supercherie, et que d'autres vignerons honnêtes, eux, ont dû subir la concurrence de produits frelatés. Ils ont vendu leur Beaujolais au prix du raisin, quand les fraudeurs pouvaient le vendre au prix du sucre. Peut-être même certains de ces honnêtes vignerons ont-ils dû mettre la clef sous la porte.

Quoi qu'il en soit, l'AOC n'est pas là pour régler des cas sociaux, elle est là pour garantir un minimum de bonnes pratiques, à défaut d'une qualité finale. En défendant les malhonnêtes, même un tant soit peu, elle fait du tort aux vignerons respecteux des règles et épris d'une certaine qualité. Elle cautionne le nivellement par le bas. Si c'est sa conception de la solidarité vigneronne, cette conception est erronée. Et ce n'est plus ce qu'on est en droit d'attendre d'un signe de qualité - car c'est là le nouveau credo de l'INAO, n'est-ce pas?

L'AOC a failli dan ssa mission de contrôle et de gestion du bien commun, Interbeaujolais a failli dan s sa mission de communication. Il devrait plutôt s'en excuser que de trouver des circonstances atténuantes à ceux dont il a couvert les agissements. Ce qu'une interprofession doit à ses membres, c'est la vérité, en premier lieu.

Bref, ce genre de déclarations m'enrage doublement. En qualité de journaliste (à qui l'on veut faire prendre des fraudeurs pour des victimes) et en qualité d'amoureux des grands vins du Beaujolais (oui,il en reste).

Excusez ma véhémence, mais je suis en colère. Ca passera, heureusement, avec un bon verre de Morgon.

18:05 Écrit par Hervé Lalau dans Beaujolais | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

21 février 2009

Un élu du Beaujolais et le projet de loi "Santé"

Lu sous la plume de Julien Verchère, du "Patriote Beaujolais", cet article qui répond partiellement à mes interrogations de mardi dernier (voir mon post "Hôpital, Santé, ect...)

"Se posant en défenseur du Beaujolais, le député-maire Bernard Perrut a déjà bataillé en commission des affaires sociales pour que la loi ne signe pas l'arrêt de mort d'une filière viti-vinicole déjà secouée par la crise. "Un article de la loi interdit l'offre gratuite et la vente au forfait afin de lutter légitimement contre les open-bar et par conséquent les consommations excessives et dangereuses dans les soirées étudiantes. Mais la mesure, si elle n'est pas modifiée, s'appliquera aux salons, aux foires viticoles, aux dégustations dans les caveaux, ce qui n'est pas admissible", estime le député du Rhône, qui est donc parvenu à faire adopter un amendement en commission des affaires sociales. "Cela permettra de préserver les activités du monde viticole, mais aussi les menus vins compris, les circuits œnotouristiques...", cite M. Perrut.

 

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Bernard Perrut



Faut-il encore que la ministre de la santé suive les deux co-auteurs de l'amendement, Bernard Perrut ayant été rejoint dans sa démarche par Jean-Marie Rolland, élu bourguignon...
La publicité des vins sur internet fera également partie des débats. Là encore, les viticulteurs ont beaucoup à perdre. Certes, la ministre de la Santé s'est montrée plutôt rassurante concernant le contenu du texte destiné à combler bientôt le vide juridique que laisse la loi Evin, votée alors qu'internet n'existait pas encore. Elle avait ainsi déclaré en octobre dernier qu'elle "ne s'opposerait pas lors de l'examen de loi HPST à un amendement parlementaire qui actualide la loi Evin en autorisant la publicité sur internet. Mais à la condition de prévoir des gardes-fous."
Du côté des organismes viticoles beaujolais, on se montre plutôt confiant dans l'attente des débats à l'Assemblée nationale, à l'instar de Dominique Capart, président d'Inter Beaujolais. "Il existe des signes positifs pour une évolution du texte dans un sens moins prohibitif. Nous nous sommes mobilisés, l'ensemble de la filière, pour peser dans ce débat. Nous sommes d'accord pour dire qu'il faut faire des efforts en matière d'informations sur la consommation d'alcool. Inter Beaujolais a d'ailleurs lancé récemment une campagne sur la modération", illustre M. Capart. "Je pense que l'essentiel sera sauvé à la fin de l'examen de cette loi."
Mercredi après-midi, Bernard Perrut est à nouveau intervenu en séance pour défendre la filière viticole. Mais le combat est encore loin d'être terminé."


Julien Verchère
jverchere@lepatriote.com

 

Je réitère cependant ma remarque: les ténors de l'Assemblée ne sont pas montés au créneau, tout cela reste très feutré. Sans faire injure à  M. Perrut, il ne passe pas souvent sur TF1 aux heures de grandes écoute.  Or c'est justement de médiatisation que ce débat à besoin, il faut prendre à témoin les Français de ce que les pouvoirs publics manigancent.

12:34 Écrit par Hervé Lalau dans Beaujolais | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |