14 août 2010

Sans soufre et sans oeillères

J'ai lu ce matin le commentaire d'Olif à propos du post de Luc Charlier (c'est ici). Et je me dis qu'il est peut-être utile de préciser certaines choses - en toute humilité.

Cher Olif,

Je ne vais pas répondre pour Luc, mais je ne crois pas qu'il généralise au point où vous le pensez. Toute argumentation, lorsqu'elle est forte, est un peu réductrice. Il faut gratter sous l'outrance.

Comme le dit Luc, il y a effectivement des bistrotiers et importateurs branchouillards qui voient dans le Nature d'abord un potentiel. Et qui, pour asseoir leur position, déblatèrent sur tout ce qui n'est pas Nature, avec des arguments qui passent les bornes (cf l'émission de la RTBF du 26 décembre 2009, à laquelle j'ai déjà fait allusion sur ce blog). Ce n'est pas admissible. On doit pouvoir justifier ses choix - respectables, jusqu'à preuve du contraire - sans enfoncer tout le reste de la production, comme dans une mauvaise pub comparative américaine.

Mais il y en a heureusement d'autres, parmi les Naturistes; des producteurs, des bistrotiers et des importateurs plus tolérants, plus ouverts. Ils ont choisi une voie, ils la défendent, mais ils acceptent la différence. Notez bien que pour moi, les conventionnels doivent aussi faire preuve de tolérance, et c'est loin d'être toujours le cas. Isabelle Perraud nous a donné bien des exemples de leurs comportement sectaires, ils sont lamentables.

Et Luc, qui est un libertaire "pur sucre" (euh, désolé, Luc, ce n'est peut-être pas vraiment l'expression qui convient) ne dénie certainement pas aux consommateurs le droit d'aimer les vins nature.

Cher Olif, vous nous voyez peut-être comme des journaleux déformés par des années de dégu de vins soufrés et industriels, mais nous sommes pourtant tout à fait prêts à reconnaître les mérites des bons vins Nature; et à titre perso, je le fais. Mais je ne peux pas me contenter d'affirmations du genre: "vous n'appréciez pas parce que vous ne connaissez pas", comme si le Nature était une société secrète, ou pire encore, "c'est nature, donc c'est bon". Ce sont des mots que je n'ai jamais lu sous votre plume, alors je ne vous fais aucun procès d'intention, mais ils circulent ailleurs.

Chacun doit faire un pas vers l'autre pour comprendre, balayer devant sa porte, on ne peut pas mettre les sans soufre hors jeu comme d'aucuns le font, sur des bases théoriques; ni condamner a priori tous ceux qui n'ont pas fait ce choix. En ce qui me concerne, je ne suis d'aucune chapelle. Le concept du Nature me séduit comme tout ce qui va dans le sens de la pureté et du produit, et des intentions; mais je demande à voir le résultat.

Par ailleurs, pour aborder un autre point que vous soulevez, je crois qu'on est tout d'accord, Luc compris, pour aimer les vins oxydatifs comme le vin jaune. Là où on n'est moins d'accord, c'est quand on retrouve ce style dans une appellation qui normalement, ne propose pas ce genre de vin. C'est un autre débat, celui de la "conformité" à une AOC, il est très complexe. Mais quand on sort vraiment de la norme, et si l'on recherche une note oxydative, dans une AOC qui généralement produit des blancs sur le fruit, par exemple, je pense qu'il vaut mieux abandonner la mention de l'AOC. Au nom du respect du consommateur.

Car après tout, l'AOC n'est qu'une des clés d'entrée pour le consommateur, si un vigneron fait le choix de l'originalité, c'est son droit, et si ces vins sont bons, mais atypiques, c'est sur son nom qu'il doit capitaliser, pas sur celui d'une AOC qui ne lui ressemble pas. Et puis, mais c'est encore un autre débat, quel est le pourcentage de vins vraiment intéressants sous les AOC?  J'attache plus de crédit au nom de Marcel Lapierre qu'à Morgon AOC, par exemple. De même que j'attache plus de crédit au Clos de Rochegrès qu'à Moulin-à-Vent dans son ensemble, pour rester dans ce vignoble du Beaujolais si beau et si galvaudé.

J'aimerais vraiment que l'on dédramatise ce débat du Nature; d'une part, j'aimerais que les Naturistes ne se sentent pas comme une forteresse assiégée, ni comme les seuls détenteurs d'une vérité révélée; et de l'autre, que les "autres" cessent de leur faire des procès en sorcellerie, et jugent les vins pour ce qu'ils sont; à mons sens, les deux sont liés: quand les arguments des Naturistes sont mauvais, les contre-arguments le sont aussi. Et vice versa.

Quand je lis parfois, "je n'ai jamais bu un bon vin Nature, ou alors il était quand même un peu soufré", je me dis que c'est sans doute faute d'avoir bu les bons. J'ai cité les Chardons et Gourgonnier. Mais vous avez certainement bien d'autres adresses. C'est celles-là sur lesquelles on doit bâtir un argumentaire. Pas sur des généralités.

Bon, ce n'est que mon avis, j'aurai certainement des contradicteurs des deux côtés de l'échiquier, ce qui n'est pas la position la plus confortable, mais au moins, je serai honnête avec moi même, "nature", en quelque sorte.

En toute amitié,

Hervé

 

18 juillet 2010

Beaujolais: la grêle était localisée

Les orages de grêle de début juillet, dans le secteur de Rénié et de Saint Jean d'Ardières, ne mettent pas en danger la qualité du millésime, affirment les experts locaux.

Faut-il remercier la Madone de Brouilly, censée protéger le Beaujolais de la grêle, justement?

Sainte-Marie, Mère de Dieu, on n'a déjà plus d'équipe de France de foot, vous n'allez quand même pas aussi laisser nous enlever le Beaujolais!

00:49 Écrit par Hervé Lalau dans Beaujolais | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |