17 novembre 2011

Delhaize: La passion du vin, mais pas du Beaujolais Nouveau

Elle est pitoyable, l'offre de Delhaize en matière de Beaujolais Primeurs, cette année: deux malheureuses références, un Beaujolais Nouveau et un Beaujolais Villages, tous deux embouteillés en Belgique. Pas de marque, bien sûr: le M. Laroche qui figure sur l'étiquette n'est sans doute qu'un nom de complaisance, censé faire peuple, censé faire vrai. Rien à voir avec celui de Chablis, et heureusement pour lui; à propos, bonne retraite, Michel!

D'ailleurs, j'espère qu'il n'existe pas vraiment, ce Laroche-là; parce qu'au prix au le vin est vendu (3,49 euros pour le BN, 3,99 pour le Beaujolais Villages primeur), il aurait du mal à nourrir sa famille - amis français, si vous enlevez les accises et coûts divers, et compte tenu que c'est du vrac, le prix de départ du BN doit friser l'euro.

delhaize,beaujolais,beaujolais nouveau

Côtes du Rhône très septentrionales

J'ai aussi adoré le descriptif aromatique qui figure sur la contre-étiquette (le même pour les deux produits):  "Petits fruits noirs et rouges". Sur la dégustation aussi, l'enseigne vous en donne pour votre argent.

Quand on s'appelle Delhaize et qu'on communique depuis 100 ans au moins sur sa "passion du vin", c'est pathétique.

Il y a pourtant une clientèle chez vous qui achète du bio, des produits nobles, des vins de prix. Et voilà que le jour où le vin est en fête, le jour où vous pourriez vous distinguer, sortir de la masse, vous tombez dans le banal, le tout venant, le discount.

Je ne comprends pas. La paupérisation touche-t-elle à ce point votre enseigne, que vous n'offrez même plus d'alternative au prix bas?

Je n'ai pas acheté, bien sûr, et je vais donc me mettre en quête d'un caviste qui propose du vrai bon Beaujolais Nouveau, en espérant que la politique du moins disant de la GD ne l'a pas contraint lui aussi à me proposer seulement du premier prix.

Oui, je suis en colère. Parce que que ce n'est pas en traitant ses clients de cette façon que Delhaize les incitera à renouer avec le Beaujolais Nouveau. Combien d'années de discount de ce genre faudra-t-il pour faire disparaître le produit de leurs rayons? A quel niveau de prix et de non qualité faudra-t-il descendre?

Les acheteurs de la GD ne pensent-ils pas qu'une fois par an, leurs clients peuvent avoir envie de se lâcher, de boire convivial mais bon, quitte à payer un peu plus cher? Et ne réalisent-ils pas qu'il s'agit là d'un bel instrument pour conquérir au vin des gens qui ne sont pas consommateurs réguliers.

Ce 17 novembre sortait le DVD d'Harry Potter. Bon nombre de clients l'achèteront le jour même, tout en sachant que dans un an, son prix aura peut-être diminué d'un tiers. Et je ne vous parle pas des gens qui font la queue de nuit devant les Apple Stores pour acheter le nouvel iPhone... Alors pourquoi brader l'exceptionnel, le vin dont le jour de gloire ne dure qu'un jour, justement? Ah oui, la concurrence. Mais pourquoi la concurrence ne fait-elle pas baisser le prix du DVD?

Ah, j'oubliais, M. Delhaize: vos Beaujolais Primeurs, je les ai trouvés dans le linéaire "Côtes du Rhône"... La Passion du Vin, qu'ils disaient...

 

14:30 Écrit par Hervé Lalau dans Beaujolais, Belgique | Tags : delhaize, beaujolais, beaujolais nouveau | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

Liberté, égalité, Beaujolais! Buvez et parlez en tous!

Foin de pessimisme, foin de critiques! Aujourd'hui, quoi qu'on pisse, de la copie, du dru ou du vinaigre, c'est la fête du vin. Le Beaujolais Nouveau arrive.

Un jour par an, au moins, à travers lui, le vin fait l'actualité. On en parle à la radio, à la télé. On en boit dans les bistrots - et en groupe, encore! On en ramène à la maison. Un peu moins, peut-être, ces dernières années. Parce que la qualité n'a pas toujours été au rendez-vous. Et parce que l'esprit du temps est plus au "moi-je", au "bof", au "beurk" qu'au "bravo". Au joystick qu'à la saucissonnade. Regardez un peu les commentaires sur les blogs, sur les sites des journaux: "l'arnaque", "le tord-boyau-nouveau", "c'est pas du vin", "du pipi au prix du caviar". Les urologues parlent aux urologues...

Tout ça m'évoque furieusement la France vue par le petit trou (!) parisianiste de la bande à Ruquier. A moins que ce ne soit le grand trou internationaliste de l'intellectualisme. J'attends avec impatience une spéciale Beaujolais chez Daniel Mermet, qu'il puisse dénoncer à loisir et sans appel les excès de notre Franchouillardise. Que fait donc le service public?

beaujolais,beaujolais nouveau,convivialité

Pain, Vin, Fromage... et liberté

Bon, d'accord, le BN, c'est peut-être un peu désuet, hazbin, comme dirait mon épicier pakistanais, mais qu'importe, pour moi, c'est d'abord une occasion unique de renouer avec la convivialité du vin.

Alors même si la cuvée que vous buvez ne vous enchante pas; même si vous vous dites qu'on devrait plutôt faire de la mondeuse primeur, du malbec primeur, de la clairette primeur, du carignan primeur, tout, sauf de la banane primeur; même si vous avez l'impression de vous faire avoir, que c'est du marketing, que vous préféreriez choisir votre jour pour faire la teuf... buvez et parlez-en tous!

Ensemble, participons à cette Saint-Picrate! A cette redécouverte du vin qui ne se pousse pas du col, aux antipodes des grands crus impayables et coffre-fortisés, ou des cuvées pour initiés...

Avec tout ses défauts (et encore, il y a des bons producteurs, dommage qu'on les trouve si difficilement), le BN, c'est un vin fait pour boire. Pas pour se prendre la tête. Sachons apprécier les petits moments de joie toute simple. Arrêtons de tout vilipender! La vie est trop courte pour penser aigre.

Les anti-vins n'ont pas désarmé. Heureusement, ces ayatollahs ne font pas encore la loi en France. Si vous voulez leur montrer votre détermination, votre opposition à la diabolisation du vin, quelle meilleure occasion que ce Jour du Beaujolais?

Eux n'ont pas d'état d'âme, ils sont droits dans leur vertu d'alcooliques repentis, de lobbystes pharmaceutiques ou d'amalgameurs (le vin, c'est de l'alcool, pour eux, rien de plus). N'en ayons pas non plus, d'états d'âme, arrêtons de mégoter, de marquer contre notre camp. Fêtons le Beaujolais comme il se doit, dans la joie et l'allégresse, sans arrière-pensée, et avec la modération que nous confère l'usage des bonnes choses (dont seuls les goujats abusent).

Le BN, c'est aussi un grand verre d'histoire - 60 ans, cette année. Je repense à mon père, qui, à Montrouge, dans les années 60, ne devait certainement pas dire non, le troisième jeudi de novembre, à un verre de Beaujolpif entre collègues. Me voici dans son sillage. Quelle machine, quel réseau, Face de Bouc, Touiteur, Gobgueule, quelle dégustation virtuelle peut remplacer ce lien-là?

Alors vive le Beaujolais, vive la République, Vive la France... et tant pis pour les atrabilaires!

PS. Une étude commanditée par le magazine LSA révèle que 60% des Français compter fêter l'arrivée du Beaujolais Nouveau. C'est pas un phénomène de masse, ça?

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Beaujolais, France | Tags : beaujolais, beaujolais nouveau, convivialité | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |