20 décembre 2011

Le style, c'est l'homme... (un clin d'oeil à David Cobbold et quelques idées sur la typicité des vins et l'"effet terroir")

David Cobbold postait hier sur le blog des 5 du vin un excellent billet traitant du style du vin, de sa "typicité".

C'est ICI

Inévitablement, je pense à la phrase fameuse du naturaliste Buffon: "le style, c'est l'homme", et d'autant plus que pour moi, l'homme est indissociable du terroir - un terroir qu'il révèle, qu'il sublime ou qu'il gomme.

Je repense à un Moulin à Vent 1971 retrouvé par hasard au fond de la cave de mon père, dans les années 90. On était bien loin du gamay nouveau, mais en plein dans le grand Bourgogne capiteux...

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Sucez moi ça, les gars...

Le cépage n'est qu'une matière première; le sol n'est qu'un élément du vin, certes important, mais pas le plus important - sinon, tous les vins d'une appellation, d'un cru, d'un terroir, d'un même sol seraient identiques. Heureusement (enfin pas toujours), il y a la patte de l'homme, qui décide de ce qu'il veut faire - ou qui ne décide pas.

C'est là, d'ailleurs, la limite du discours "non interventionniste" de certains vignerons de la mouvance dite "naturelle". Je respecte leur idéal, je respecte leurs vins quand ils sont bons, mais j'ai des doutes quant aux moyens mis en oeuvre.

Je pense que le bon vigneron, bio ou pas, biodyn ou pas, nature ou pas, est celui qui sait à l'avance ce qu'il veut faire du raisin qu'il vient de ramasser. Certes, il ne fera pas d'une mauvaise année un grand vin (ça, cest bon pour les adeptes de l'osmose inverse, des levures aromatisées, de la désalcoolisation... et l'on n'est plus du tout dans les vins de terroir, on est dans les vins de l'oenologie industrielle). Mais par le choix des assemblages, la durée des macérations et le type d'élevage, notamment, il orientera, il adaptera, il imprimera sa marque.

Et c'est d'ailleurs ce que j'aime le plus dans le vin. La transmutation d'une matière première via les efforts humains, l'effet personnel, que parfois, je parviens à discerner dans le vin. Tant il est vrai que pour ce qu'on appelle les vins d'auteur, les vins de propriétaires, il peut y avoir une adéquation entre la personnalité du vin et celle de son vinificateur. Mais là, je généralise, j'idéalise sans doute, il faudrait faire la part de l'oenologue, du consultant, des techniques modernes... et de mon angélisme.

J'ai trop lu de contre-étiquettes et de dossiers de presse qui prétendent que "le vin se fait d'abord dans la vigne".

Chronologiquement, c'est vrai, tout commence à la vigne. Le choix du matériel génétique, déjà, est crucial. J'ai dégusté à Leyda, au Chili, deux sauvignons du même domaine, des mêmes sols, mais de clones différents... et qui ne se ressemblaient en rien.

Et puis il y a la taille, le mode de conduite, l'effeuillage, les rendements; c'est vrai, il ne faut pas sous estimer tout ça. Mais le chai, c'est au moins aussi important à mon sens. Parce que même si ce n'est pas là qu'on peut tout corriger, c'est là qu'on peut tout faire rater.

Je me rappelle d'une dégustation de rieslings d'une belle maison du Palatinat, où la seule cuvée réalisée à partir de vins fermentés grâce aux seules levures naturelles, était tellement au dessus du lot. Notez bien que ce n'était pas le propriétataire qui s'y était essayé, mais sa fille - lui était sans doute trop marqué par des années d'oenologie triomphante pour oser en revenir à l'empirisme et aux risques de la tradition - car oui, la vraie tradition, c'était accepter le risque, les cuves qui ne démarrent pas, ou les déviances... mais aussi la magie du grand vin.

Et puis, le sol, la vigne, c'est bien beau, mais le vin, on ne l'aime pas quand on suce de beaux cailloux, quand on mache de beaux ceps ou même quand on goûte de bons raisins, on l'aime quand le produit fini est bon.

L'argument de la soi-disant primauté du terroir n'est pas innocent. Il permet à des médiocres installés sur des terres plus ou moins sacralisées par des appellations prestigieuses de pouvoir continuer à vendre plus cher ce qui, sans ce rappel, serait trop mauvais pour mériter son prix. C'est le terroir-caisse. Je suis d'autant plus opposé à ce concept que des terroirs, il y en a partout, des bons, des mauvais, même au sein d'une même appellation. Par ailleurs, certains "garagistes", en soignant aux petits oignons leur vignes et leurs vinifications, ont prouvé qu'on pouvait faire des vins plus qu'acceptables sur des sols médiocres. Dans le même temps, combien de mauvais vignerons ont fait descendre de plusieurs étages des crus pourtant bien établis! Yquem, Ausone, Latour, Haut Brion, tous ont connu leurs années de vaches maigres... Le terroir s'était-il évaporé ces années là?

Alors, quid de cette fameuse typicité évoquée par David?

Et si, comme la beauté, qui est dans l'oeil de celui qui regarde (merci, William S.), elle était en bonne partie dans la tête de celui qui déguste? J'ai encore en mémoire d'homériques empoignades (verbales, je vous rassure) lors de dégustations d'In Vino Veritas, où certains membres du panel, des habitués de la région des vins dégustés, descendaient en flèche certaines bouteilles, à mon sens superbes, en arguant de leur manque de typicité: "Tu comprends, si on accepte ça, alors, c'est la fin de toute notion de terroir".

Là, c'est le suceur de cailloux qui prend le dessus, et ça, ça me fait rire. Mais tous les goûts sont dans la nature, il faut des gens comme moi, j'espère, comme il faut des puristes des graves, du calcaire à astéries, du schiste, du blauschiefer ou de la licorella.

En matière d'hommes, aussi, il y a des types et des styles; que penser d'un monde où à quelques heures de distance, disparaissent Césaria Evora, chanteuse aux pieds nus et voix des pauvres, Vaclav Havel, héros de la démocratie tchèque et slovaque, et Kim Jung Il, bourreau et affameur du pays du matin calme?

Que penser d'un monde qui a vu naître Buffon, et tant de bouffons?

00:06 Écrit par Hervé Lalau dans Beaujolais, Vins de tous pays | Tags : sol, vin, vignoble, typicité | Lien permanent | Commentaires (6) | | | |

04 décembre 2011

Boschman on Beaujolais

Deux semaines après la sortie du Nouveau - le temps de décanter, sans doute, Eric Boschman nous parle du Beaujolais. Et d'une belle cause, aussi.



Arrêtez de me souffler dans les poumons avec régularité en me disant que le Beaujolais c’est pas terrible, que tout ce qui est vendu ne vient pas de là-bas et j’en passe et des meilleures. STOP ! le vin nouveau est un moment, un marqueur de saison, un point c’est tout. C’est une tradition vivace dans toutes les régions où l’on fait du vin depuis longtemps. Pas juste un gimmick marketing. Même si, et vous avez raison de maugréer dans vos barbes pleines de miettes et de Nutella, ça l’est devenu depuis quelques décennies. Mais bon, c’est un peu dans l’ordre des choses dès lors qu’il s’agit de quelque chose d’humain qui rapporte un peu de tunes.


Hors du phénomène de foire, le Beaujolais nouveau est un vin simple, gentil, sans complexes, fait pour que l’on mange un tranche de vie entre copains sans se poser de questions et quelques morceaux de saucisson ou de pâté. Le gamay dans toute sa simplicité, sans chichis ni blabla inutile. Certes, à 25€ la bouteille au restaurant c’est violemment cher, mais c’est aussi le prix d’une casserole de moules. Je vous l’accorde, la casserole de moules est aussi scandaleusement chère, mais c’est le marché. Etc etc…


Un dernier truc, le Beaujolais Nouveau se boit dans la première semaine qui suit sa sortie pour l’essentiel, mais ce n’est pas une raison pour bouder les autres crus de la région. Il y a dix crus dans l’appellation, dix identités parfaitement différentes et, dans certains cas, le gamay donne là des vins d’exception. Je ne voudrai pas mourir sans avoir encore une fois bu une gorgée de Morgon de chez Lapierre ou de chez P’ti Max ou quelques autres cuvées de quelques gars aussi talentueux. Je sais, les amateurs, ou soit disant amateurs, se gaussent dés que l’on évoque le cépage qui se taille en gobelet.


Il est même des critiques français, plus ou moins avisés, qui préconisent, en fonction du réchauffement climatique, de planter de la syrah dans le coin. ET pourtant, bon sang de bonsoir, les vieux gamays, avec des rendements limités, c’est globalement bon, et même parfois émouvant. En parlant d’émotion, vous avez peut-être remarqué que nous sommes dans la dernière ligne droite avant les fêtes. C’est le moment de faire chauffer vos cartes de crédit et de prévoir un joli découvert pour les semaines à venir. J’ai lu il y a peu que l’argent cash avait le vent en poupe pour les cadeaux avec quelques rares chèques-cadeaux. Il y a un truc qui devrait avoir très fort, bien plus fort qu’aujourd’hui, le vent en poupe, c’est le don.


Certes, beaucoup d’entre nous donnent déjà à un tas de choses, mais voilà, au lieu de se perdre en babioles crétines, il y a moyen de se faire plaisir et d’aider les belles causes pour trois fois rien. Les petits ruisseaux formant les grandes rivières, la maison Moët & Chandon Belgique s’est associée à Make a Wish Belgique pour lancer un bar éphémère qui fait du bien partout. Je vous explique.  Si vous ne connaissez pas Bruxelles, ce n’est pas grave, tout le monde, même les trams peuvent vous mener à la place Stéphanie. Là, jusqu’au 10 décembre, il y a une tente transparente, qui abrite un bar. Jusque là, tout va bien, et c’est presque normal. Dans cette tente, a chaque fois que  vous boirez une coupe de champagne Moët, la maison versera 2 euros à Make a Wish. Si vous avez passé les trois derniers siècles sur une autre planète, vous ne savez peut-être pas ce que fait cette belle association. Active dans trente trois pays, l’association regroupe des bénévoles qui exaucent les vœux d’enfants gravement malade. C’est, bien entendu une association sans but lucratif et, comme bon nombre de ses collègues, elle a toujours besoin d’argent. Ces coupes de champagne aideront les enfants à agiter leurs baguettes magiques et se mettre des étoiles plein les yeux. Franchement, ne pas y aller serait une belle erreur hein.  «Toast for a cause», (et pour les francophones, la même chose), c'est une belle idée, pour une belle cause, je ne vois rien de mieux à faire dans les prochains jours, histoire de se sentir moins lourd en préparant nos fêtes.  C’est juste un peu bête que nous puissiez pas y déguster de Beaujolais, mais bon, si le monde était parfait cela se saurait.

 

Eric Boschman

Plus d’infos sur : www.facebook.com/moetchandonbelgium

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Beaujolais, Belgique, Champagne | Tags : boschman, beaujolais nouveau, beaujolais | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |