18 septembre 2009

La Joyeuse Eglise du Rouge Autrichien

Ce blog prend parfois des allures de vieille radio locale : «Je vous parle depuis les bords du lac de Neusiedl…».

Notez que c’est vrai. Je suis au bord du lac de Neusiedl. Nous sommes une dizaine d’allumés, autrichiens, allemand, américain, anglais, suédois et français, tous membres d’une sorte de secte réunie pour la grand messe annuelle du vin rouge autrichien – Notre Dame des Roseaux. Le but étant de sélectionner les meilleurs pour le Guide des Vins Autrichiens. Principalement des 2007, cette année.

Neusiedlersee-Card-
La mer des Viennois

Rouge autrichien ? Un concept sectaire s’il en est, puisque le vin autrichien se résume le plus souvent au blanc dans l’imaginaire des buveurs étrangers. A tort, bien sûr, mais c’est là péché véniel, car les rouges autrichiens s’exportent à peine. Comment connaître et honorer ce qu’on n’a jamais l’occasion de boire?

Nous en sommes à notre quatrième session, et nous venons de dépasser notre 200ème vin – nous espérons bien atteindre les 250. Nous commençons donc doucement à comprendre ce qui se passe ici. L’ambiance est bonne, notre religion n’a rien de sévère.

Je ne vous parlerai pas des régions, car nous dégustons à l’aveugle – la seule indication fournie est le cépage. A ce propos, deux surprises, deux déceptions, et deux confirmations.
Côté (bonnes) surprises : le Zweigelt et le Blaufränkisch. Le premier, dans un style fruité et croquant qui m’évoque inévitablement les bons crus du Beaujolais. Le second, dans un genre plus construit, mais tout aussi délectable. A l’unanimité, la secte a brûlé un cierge à ces deux saints patrons du rouge autrichien.
Côté déceptions: les pinots noirs et les merlots. Les premiers manquent généralement de chair, et plus grave, de nez. Les seconds pèchent généralement par l’excès inverse, trop riches, trop travaillé aussi, bien souvent. Notre prière donnerait donc quelque chose du genre «Pardonnez-leur leurs pinots, car ils ne savent pas ce qu’ils font». Quoique notre Evêque, Helmut Knall, nous délivre un message différent : «Les vignerons d’ici sont persuadés que le pinot doit être quelques chose de spécial, et l’entourent de beaucoup de soin. Mais il n’est pas toujours à son aise chez nous. Ici, au Burgenland, il a trop chaud, par exemple. Mais il est présent depuis le Moyen-Age en Autriche…»
Deux confirmations : le Saint Laurent (qui prend parfois des allures de pinot) donne de très belles choses ; les assemblages de divers cépages (« cuvées », comme on dit dans la secte) sont généralement réussis. La recette commence à être connue:  dans le désordre : cabernet et merlot, Blaufrânkish, barrique et vigneron de qualité. J’allais oublier les cabernets «in purezza». Ils sont charnus, sans grand reproche. Leur seul tort est de trop aimer le bois, au point qu’on identifiera plus facilement le tonnelier que le pays de production. Mais ils méritent le respect.

Bref, ce marathon autrichien s’achève dans la joie. J’ai rarement eu l’occasion de déguster autant de bons rouges bien élevés en un même lieu. La messe est dite, allez en paix.

08:49 Écrit par Hervé Lalau dans Autriche | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

16 septembre 2009

Bon baisers du Burgenland

A Podersdorf, entre le Lac de Neusiedl et la frontière hongroise, Josef Lentsch tient un restaurant, le Dankbarkeit (La Gratitude), hérité de son grand père. Un nom qui fait référence aux vicissitudes de l’histoire du Burgenland. Plus important pour nous, Josef est vigneron, travaillant ses propres vignes mais aussi quelques vignobles en fermage, tous signés dans le Seewinkel. Il s’est fait un nom, en Autriche, pour ses pinots. Sur place, j’ai pu en déguster trois, en marge de la dégustation de l'Oesterreichischer Weinguide, à laquelle mon copain Helmut Knall m'a convié.

 

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En toute gratitude...

Josef Lentsch Dankbarkeit Pinot Gris 2006

Le nez est très floral, avec quelques notes de feuille de tilleul. En bouche,
quel beau gras! On pense inévitablement aux grands blancs de Bourgogne, Puligny, notamment. Le bois est perceptible, mais agit comme un condiment léger, très bien intégré. Belle acidité, de la tenue***

Josef Lentsch Dankbarkeit Pinot Gris 2003

Plus fruité, peut-être un peu plus gras aussi, avec de belles notes de miel d’acacia. La bouche est à l’avenant, le bois est à nouveau très bien travaillé, la finale, sur une acidité croquante, relance encore l’intérêt***(*)

Josef Lentsch Dankbarkeit Pinot Noir 1999


Pas mal de fruit encore pour un tel millésime, fraise écrasée, assez mûr. En bouche, on part plutôt vers le fumé, l’acidité soutient l’ensemble, ce qui laisse une impression assez contradictoire de plénitude et de vivacité. Si tous les pinots noirs avaient ce charme… et pour ce prix.**

 

Contact: Hauptstraße 39, A-7141 Podersdorf
Tel. 02177/22 23
email: office@dankbarkeit.at

19:39 Écrit par Hervé Lalau dans Autriche | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |