14 octobre 2010

Jacky Rigaux et la "guerre du vin"

Jacky Rigaux, dont je vous parlais avant-hier, m'adresse ce qu'il appelle "quelques bribes faites à la hâte" à propos de la polémique Bourgogne-Australie lancée par un de ces raccourcis saisissants dont les éditeurs ont le secret - en l'occurrence, Decanter, à propos de l'article d'Andrew Jefford. Mais laissons parler l'auteur du "Réveil des Terroirs"...

Le-réveil-des-terroirs1.jpgLe dernier livre de Jacky Rigaux

 

Il y a quelques années le BusinessWeek (septembre 2001) titrait "Wine War, How American and Australian wines are stomping the French ?" Suivait un très long article où il était rappelé que les classifications françaises,  la classification bourguignonne en particulier, étaiten trop compliquées... et contestable. L'avenir du vin ne pouvait être que dans une simplification de l'offre : basic wines, popular premium wines, super premium et ultrapremium wines. L'affichage du cépage, la vinification plus ou moins puissante, la note administrée par les critiques reconnus... devaient donner une lisibilité facile à déchiffrer pour une clientèle pressée de consommer , sans se poser trop de questions, prise dans cette civilisation moderne marquée par la vitesse, l'impatience, le désir de vouloir tout, tout de suite!  On était en pleine société de production-consommation où les différents vins de de cépage et de marque s'affrontaient à coups de marketing et de coups médiatiques! On n'avait pas encore mesuré l'inconséquence de cette infernale logique du profit avec les faillites de Madoff et compagnie !

Heureusement, dans le même temps, les amateurs devenaient de plus en plus nombreux, un peu partout dans le monde, les cercles et clubs de dégustateurs se développaient, des revues consacrées au vin sans publicité arrivaient à se faire une place, les premiers blogs d'amateurs apparaissaient.... Bref, aux côtés des consommateurs se développaient d'authentiques connaisseurs pour qui les valeurs du lieu de production des vins, avec tout le cortège d'histoire et de culture qui l'accompagnent, prenaient une importance toujours grandissante.

Ce mouvement de reconquête du vin par les amateurs était contemporain du "réveil des terroirs" activé par quelques gardiens du temple de la trempe d'Henri Jayer en Bourgogne, Léonard Humbrecht en Alsace, plus tard Didier Dagueneau en Loire.... Bien sûr il fallait que "les bonnes pratiques" reviennent sur le devant de la scène.

Un peu partout dans le monde on voit la réaffirmation de cette viticulture de "climat" comme on dit en Bourgogne, ou de "Terre Noble" comme le dit Ted Lemon en Californie. Pour accompagner ce mouvement les pratiques de viticulture biologique et surtout bio-dynamiques se développent. Alors on déguste à nouveau des Corton-Charlemagne, des Chevalier-Montrachet, des Meursault Perrières... qui expriment les saveurs du lieu où ils sont nés ! Plus on est en présence d'un terroir complexe, plus le raisin arrive à maturité physiologique optimale, moins il est besoin d'intervenir en vinification. Le vin prend alors sa direction et non celle que l'oenologue ou le winemaker lui imposent ! La traçabilité est évidente, les vins sont les plus naturels possibles, à savoir qu'ils n'ont besoin que d'un minimum de soufre pour pouvoir bien vieillir !

Les termes du débat sont donc clairs: vins techniques, de cépages et de marques où tous les artifices et ajouts oenologiques sont permis, ou vins de terroir où la recherche de la pureté d'expression passionne des vignerons-artisans, voire artistes pour quelques-uns. Ce qui est recherché alors c'est la diversité d'expression de ces vins de climat que l'on se plait à taster (à tâter) plus qu'à tester et à noter! Le goût et le charme d'un vin né d'une terre particulière n'ont rien à voir avec une éventuelle supériorité par rapport à un autre vin, mais se nichent dans la profondeur  et la subtilité de sa différence. Amateurs japonais, coréens, américains..., européens également bien sûr, se passionnent de plus en plus pour la recherche de ces plaisirs sans cesse renouvelés que les grands vins de "climats" procurent !

Jacky, j'aimerais bien pouvoir écrire aussi bien que toi  "à la hâte"....

06:33 Écrit par Hervé Lalau dans Australie, Bourgogne, Vins de tous pays | Tags : rigaux, terroir, vin, vignoble, wine war, climats | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

11 octobre 2010

Chardonnay australien: la réponse d'Andrew Jefford

Andrew Jefford, dont l'annonce de l'article sur le chardonnay australien avait titillé ma fibre journalistique, a bien voulu répondre à ma question: en l'espèce, la mise en exergue de son texte sur le site de Decanter correspondait-elle réellement à sa prose?

La réponse est non, comme on le verra.

J'ai fait une petite enquête ... en fait, ce que j'ai écrit dans l'article c'etait ...

After tasting a few thousand Australian wines over the past eighteen months, there is no doubt in my mind that it’s Chardonnay, not Shiraz or Cabernet, which is Australia’s most consistently successful varietal.  At the highest quality levels, Australian Chardonnay competes effortlessly with the best Premier Cru whites from Burgundy, and beats them to a pulp for consistency.  These are, in other words, wines of true finesse and restraint in youth, with an ageing trajectory before them which sees them acquire amplitude at least into the mid-term, in some cases with the profundity which can only come from a propitious terroir truly suited to Chardonnay.

andrew-jefford-30-oct-07-shadow.jpgAndrew Jefford

Donc Decanter n'aurait pas dû présenter l'article avec les mots "can effortlessly outperform", parce que 'outperform' n'est pas la même chose que 'compete with'. Puisque vous parlez très bien l'anglais, vous apprécieriez la différence.  J'ai demandé une rectification sur le site. 

Je préciserais que 'the highest quality levels' veut dire moins de 2% du total.

La seule façon pour les meilleurs Chardonnays d'Australie de vraiment 'outperform' leurs homologues qualitatifs de Bourgogne (Premiers Crus), c'est leur 'consistency' (régularité dans la qualité), grâce en partie à l'utilisation de capsule à vis en Australie, mais aussi à cause de la variabilité des millésimes et l'atomisation des parcelles en Bourgogne, sans oublier la variabilité des niveaux d'expertise de vinification parmi les producteurs en Bourgogne.

Pour remettre le tout dans son contexte, je précise que je suis très critique de beaucoup des pratiques en Australie: voir
http://www.andrewjefford.com/node/702
http://www.ft.com/cms/s/2/795fba50-a0ea-11df-badd-00144feabdc0.html
et l'article 'Australia Report' ci-joint.

Andrew Jefford

Dont acte, Andrew. Comme quoi il faut toujours se méfier des résumés, des citations tronquées, des reprises, des adaptations. Comme pour les bons vins, préférez toujours la version originale...

Alors, amis lecteurs, cette polémique était-elle vraiment sans objet? En définitive, elle a au moins permis à l'auteur de défendre son oeuvre. Et je pense que tous les producteurs de Chardonnay, qu'ils soient Bourguignons ou Australiens, mais pour autant qu'ils soient de bonne foi, comme Andrew, s'y retrouveront.

00:18 Écrit par Hervé Lalau dans Australie, Bourgogne, Vins de tous pays | Tags : andrew jefford, australie, bourgogne, vin, vignoble | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |