07 décembre 2010

Protectionnisme: l'exemple français

Je reviens sur le protectionnisme australien, dont je vous parlais dans le post précédent. Je m'étais demandé comment les Kangourous réagiraient si les Belges décidaient à leur tour de boire local pendant un mois. J'aurais pu prendre l'exemple des Britanniques, beaucoup plus embêtant pour nos amis australiens, compte tenu de la taille du marché.

Et les Français, me direz-vous? Ah, non, désolé, mauvais exemple, les Français sont déjà les champions du protectionnisme vineux, et tout au long de l'année.

COQ GAULOIS.jpgAh, la France...

Peut-être pas les Français de la base (il y en a sûrement qui seraient curieux de goûter autre chose), mais leurs distributeurs. Ceux-là n'ont sans doute pas envie de se faire piller leurs rayons par quelques agités du vignoble qui pratiquent l'ouverture à géométrie variable. Du genre: "nous, on a le droit d'exporter - regardez comme ils sont bons, nos pays d'Oc et nos AOC; mais vous, gardez vos sales vins étrangers ou sinon on vide vos citernes." Je caricature un peu, mais vous avez l'idée générale.

Ce protectionnisme de fait (si peu conforme à l'esprit européen, au passage), explique en bonne partie le peu de conversation du consommateur français quand on lui parle de vins étrangers. Sans parler des vignerons. Quel contraste avec leurs homologues étrangers!

J'ai rencontré un jour un vigneron piémontais, Giorgio Pelissero, qui me disait toute l'admiration que les viticulteurs de sa région vouaient aux crus de Bourgogne. Certains n'hésitaient pas à visiter la Bourgogne plusieurs fois par an. Combien de vignerons bourguignons connaissent les crus de Barolo, de Barbaresco ou de Barbera d'Asti?

Plus récemment, je faisais la connaissance d'un oenologue tchèque, Jan Stavek, qui me parlait des ambitions des vignerons de sa région en matière d'effervescents. Et quelle était la référence, pour eux? Le Champagne, bien sûr. Car à Prague, aujourd'hui, les hôtels en proposent plus que d'effervescents locaux.

Et en France? A quand remonte la dernière importation de mousseux morave? A Benès? A Kafka? A François Joseph?

N'est-il pas pathétique que les vignerons français se persuadent d'être les meilleurs au monde, et les buveurs français, les plus avertis, alors qu'il sne connaissent rien du reste du monde?

Vivant en Belgique une bonne partie de l'année (quand je ne suis pas sous des climats plus favorables, pour la cause vineuse), et même si je me sens toujours bien Français, j'ai viré cette cutie-là. Je n'ai aucun mérite, toute la planète est représentée ici.

Aussi, je ne veux pas donner de leçon - ce n'est pas la faute des consommateurs français s'ils n'ont pas la chance de pouvoir boire des vins étrangers chez eux. Mais je leur souhaite vraiment que cela change. 

Quant aux vignerons, il me semble que la dégustation des produits étrangers devrait faire partie de la formation permanente... On gagne toujours à connaître l'autre. On s'étalonne, on sait alors quels sont ses vrais points forts et ses points faibles, ses différences, son originalité. On sait mieux de quoi on cause quand on évoque la concurrence (toujours plus ou moins "déloyale", dans la bouche des responsables français).

Pourtant, en Espagne, en Italie, en Australie, au Chili, en Argentine, il y a aussi des gens qui ont le droit de vivre et de produire. Avant de les juger, avant d'enfoncer leurs vins, goûtez-les. Vos produits n'en seront que meilleurs, car vous vous connaîtrez mieux.

Let us drink to that!

 

 

15:18 Écrit par Hervé Lalau dans Australie, France, Vins de tous pays | Tags : vin, vignoble, france, protectionnisme | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

Australo-pit-êt'es?

Bon, d'accord, les vignerons australiens traversent des temps difficiles.

Mais de là à prôner ouvertement le protectionnisme sur leur marché national, il y a une marge. C'est pourtant ce qu'ils font avec "All for One/Drink Australian". Ce programme demande aux buveurs de la Grande Ile de s'engager à boire exclusivement australien du 1er au 26 janvier 2011 (date de la fête nationale australienne).

Protectionnisme AUS.jpgProtectionnisme à l'Australienne

Imaginez un peu que les Européens fassent la même chose. Plus un Belge ne boirait une goutte de vin australien du 1er au 21 juillet, par exemple. Nos amis des Antipodes trouveraient-ils cela amusant? Se prennent-ils pour des Français, qu'ils s'interdisent de boire étranger?

Je suis très déçu. Le dernier dossier de Decanter sur les chardonnays australiens m'avait presque convaincu de leur faire une place dans ma cave. Et voila que j'apprends que les Australiens vont se boire ces trésors pendant presque un mois...

 

00:28 Écrit par Hervé Lalau dans Australie | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |