20 octobre 2011

Trois rencontres en Savoie

Lors de mon court séjour en Savoie, j'ai fait trois belles rencontres. Non, pour une fois, il ne s'agit pas de vignerons, mais de collègues.

D'abord, j'ai fait la connaissance de Véronique Raisin, alias www.picrocol.com, la RVF, Bettane & Desseauve... On se demande comment ce petit brin de femme peut mener tout ça de front (et bien, en plus). Et qu'est-ce que j'apprends dans le bus qui nous mène à Monterminod: Véronique est la cheville ouvrière d'Ecrivins, un amalgameur de blogs qui liste justement... le mien - c'est vous dire le goût qu'elle a! Et un beau sourire avec ça.

L1040666.JPG V. Raisin, c'est bien elle...

Concomitamment (j'aime ce mot, et c'est la première fois que je peux le placer), concomitamment, donc, j'ai rencontré Mr Vinosolex himself, Lincoln Siliakus, qui m'a fait forte impression. Un Australien qui goûte précis et qui connaît aussi bien les vins d'Europe (sans oublier le répertoire de Deep Purple), c'est aussi rare qu'un koala qui chante à Séguret! Vérifiez vous-même ICI

L1040572.jpgMr Vinosolex en chair et en os

Last but not least, j'ai revu Florence Kennel, journaliste bourguignonne, écrivain et blogueuse de talent aujourd'hui installée dans le Jura. Ses centres d'intérêt sont la Bourgogne, la Savoie et le Jura. Ne me dites pas que c'est limité: une vie ne suffirait pas pour comprendre ces trois vignobles. Or Florence est une fille qui aime les choses bien faites, les idées bien étayées, qui pense et qui écrit juste.

En témoigne son billet récent sur la casse du terroir à Gevrey-Chambertin. C'est ICI

Et dire que l'INAO fait des misères à Olivier Cousin pour ses étiquettes!

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Florence de profil mais en action

Bien sûr, je n'oublie pas mes autres complices de cette escapade en Savoie, Marc Vanhellemont, Christian Duteil,  Dominique Hutin,  Marie-Claude Fondanaux, Jean-Moise Breitberg... Et puis Michèle Piron-Soulat, notre courageuse cicérone.

Salut, les amis, et bon vent!

04 septembre 2011

Ninth Island, au Sud c'étaient les pinots...

Ninth Island, vu par l'ami Eric Boschman...
 
Après l’île fantastique, la mystérieuse et celle de Fifi Brindacier, voici une nouvelle version de celle au trésor.
 
Une de ces îles qu'on regrette de n’avoir pas découvert soi-même en des temps tellement anciens que l’on en serait devenu le propriétaire par la force des choses, parce qu’avec mon salaire actuel, c’est pas demain que je m’offrirai une île, même sur la Lesse.

9th-island-tasmania-australia-pinot-noir-2004.jpgAu Sud, c'était les pinots...

L’île dont il est question aujourd’hui se trouve juste, mais tout juste vraiment, à côté de la Tasmanie. Tellement à côté que vu d’ici, on a l’impression que c’est la même chose. Je sais pour vous la Tasmanie, c’est au mieux, la terre de naissance de la future reine du Danemark, au pire, la patrie de Taz, le diable de Tasmanie. Et pourtant, dans cette île, on cultive un des plus grands cépages rouges du monde. Et maintenant résonnez buccins, tourner crécelles, et défoncez-vous trompettistes de tout poils, ajoutez, pour faire bonne mesure un ou deux roulements de tambour, voire, pour faire joli, un gong frappé par un Numide huileux a qui, pour éviter les soucis, on ne parle jamais sèchement.

Donc, écrivais-je plus avant, le sujet du jour est un pinot noir de Tasmanie. Pour les ceusses qui ont préféré le bistrot d’en face aux leçons du prof de géo, cette île se trouve au sud de l’Australie, grosso modo, en bas en dessous d’Adélaïde et Melbourne. Entre elle et le pôle Sud, à part quelques cétacés et des navires usines japonais destinés à les exterminer, y’a pas foule. Allez, je vous concède quelques phoques et machin du genre. C’est dire s’il ne fait pas chaud là-bas. Dans la sud, parce que dans le nord, il fait déjà nettement plus supportable. La preuve étant que l’on y cultive certains parmi les meilleurs Pinot Noir du monde. Et aussi un peu de chardonnay.

La production locale est tellement bonne, que quelques maisons, même des françaises très connues, achètent des raisins dans le coin pour élaborer des vins effervescents de qualité sur l’île continent. C’est que notre pinot demande surtout un climat régulier et bien équilibré. Pas trop de chaleur, sinon il se transforme en chewing-gum immonde et sans grâce, mais pas trop de fraîcheur, sinon il reste trop acide. C’est un machin complexe, de ce genre de cépage qui ne supporte pas les cons. Si cette catégorie est relativement importante lorsqu’il s’agit de cépages blancs, elle est nettement plus rare en matière de rouge.

La nature est bonne fille, sauf en ce qui concerne le pinot noir. Parce que bon sang de bon soir, qu’est ce que j’en goûte des pinots noirs de médiocre engeance, des vins aussi drôles qu’un spectacle de Bigard, ou une mimique de Clavier; des vins aussi légers et délicats qu’une plainte de Wafelman. Alors que quand c’est grand, le pinot noir, c’est comme un coucher de soleil sur l’Océan indien, un sourire de ma fille ou une chronique de Thomas Gunzig le matin.

C’est tout en même temps la fraîcheur et la puissance, la finesse et la structure, les tannins et le fruit, le vin immédiat qui pourra durer des décennies sans se faner. Bref, c’est grand. Comme le vin du jour, quel bonheur!

Je vous le promet, lorsqu’au détour de mon Delhaize préféré, j’ai vu ces bouteilles en haut du rayon, c’était comme quand j’étais petit garçon et que ma mère me donnait les quelques francs pour m’offrir une boîte de modèle réduit Airfix. Le genre de choses qui vous traverse de bas en haut, un grand frisson de bonheur: ah, il est de nouveau là!

Car pendant tout un temps je ne l’avais plus vu en magasin et, comme un viel ami trop longtemps parti en voyage, il me manquait. Et là, bonheur intégral, pour pas très cher, même pas treize euros, il est là. J’ai tourné la capsule à visser, même si je préfère le liège pour les beaux rouges qui peuvent vieillir un peu en général. Et, nonobstant ce que croit la voisine de mes parents, que l’on surnomme je ne sais pour quelle raison au juste Trottinette, non la qualité des bouchons ne va pas en déclinant, fort au contraire, elle s’améliore de façon incroyable ces dernières années.

Bon, passons, les bouchons, ce sera pour une autre fois en détails, c’est promis. J’ai donc tourné la capsule à visser, et je me suis servi un verre. Un beau verre INAO tout simple, pas un machin compliqué de Super Mario le spécialiste, bien rempli, ni trop, ni trop peu. J’ai regardé la robe, dans la lumière de ce joli jeudi après-midi ensoleillé de rentrée des classes qui sentait quand même déjà un peu l’automne. La robe rubis a joué dans cette lumière. Puis, tranquillement, j’avais mis mon téléphone en silencieux, j’ai plongé le nez dans le verre. C’est complexe, riche, aux arômes de fruits rouges mûrs, de la groseille rouge, de la fraise des bois, mais aussi de la framboise et un peu de feuilles mortes.

Avec un rien d’imagination je me suis offert de la truffe et du poivre noir, sans oublier de la vanille en arrière plan. Puis, je me suis fait une gorgée, une belle gorgée, que j’ai fait tourner dans ma bouche. J’ai mâché la chose, j’ai joué un peu avec et j’ai avalé. Oui, je sais, c’est terrible. Normalement je n’avale pas, je crache, surtout à la première fois, quand je ne sais pas à qui j’ai affaire, on n’est jamais trop prudent. Mais là, je n’ai pas pu résister. Et j’ai eu bien raison, même si on ne goûte pas mieux en avalant, on fait juste moins de taches, le plaisir fut plus complet. La bouche racontait grosso modo la même chose que le nez, avec une note un rien plus fraîche en fin. Le genre de touche qui équilibre vachement bien l’ensemble et lui confère une texture qui défie un peu le temps. C’est que les grands pinots noirs ne sont pas des vins qui se donnent tout de suite en une seule fois, faut pas rêver. Il y a d’ailleurs fort peu de grands vins qui se donnent d’un coup. Il faut un peu batailler avec eux. Pour aller chercher la trame, la complexité qui se niche derrière une étonnante impression de facilité primaire.

Bon, je ne vais pas en faire des tonnes, le reste c’est pour vous, une expérience du bonheur à un prix tout à fait raisonnable, y’a de quoi se précipiter. D’ailleurs, moi, à votre place, c’est que je ferai. A zut, c’est fermé le dimanche, va falloir patienter encore une nuit. Cool les gars, les bouteilles ne vont pas s’évaporer, hein, c’est sûr.  Mais bon sang, mais c’est bien sûr, j’allais oublier un ou deux détails essentiels, dont le fait que la Tasmanie ne voit plus de Taz depuis trop longtemps, on n’en trouve plus que dans les Zoos et puis, aussi, que cette belle bouteille est issue d’une propriété aux mains d’un groupe belge. Y’ a de quoi cocoriquer comme des brutes. En parlant de ça, j’y pense, là-bas, on élabore aussi un brut hors normes sous le nom de Kreglinger. On en trouve parfois dans la même enseigne, s’il vous arrive d’en croiser une au détour d’un rayon et que vous n’en vouliez pas pour une raison quelconque, n’hésitez pas à me le faire savoir, je suis preneur. Allez, c’est pas tout ça, je m’en vais aller rêver a d’autres gorgées de ce très beau vin, je vous laisse donc à vos pistolets. C’est ce que l’on nomme, une juste répartition des rôles. Bon appétit !
 
Ninth Island, 12,90 € chez Delhaize.

18:30 Écrit par Hervé Lalau dans Australie | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |