12 février 2012

From Australia with love (and bubbles)

En gros, cette fois-ci, Eric Boschman nous entretient de Saint Valentin, des bulles et de l'Australie dont il vient juste de rentrer.

Allez, plus que deux fois dormir et ce sera le moment de sortir vos vieilles fleurs, de ne pas vous tromper dans la couleur de la cravate ou la taille des sous-vêtements, de vous faire un resto cher et chiant et hop, c’en sera fait d’une St V de plus.

Un peu d'histoire

Certaines habitudes ont la peau plus que dure. C’est rien de le dire. Prenez moi par exemple, je n’arrive pas à écrire mes papiers plus de quelques heures à l’avance. Certes, penserez-vous, au moins comme ça c’est de l’ultra frais, mais les pages «maga» d’un quotidien, c’est un truc qui devrait se gérer cool, tranquille, mais voilà, c’est une vilaine habitude. C’est un peu comme la Saint Valentin. Franchement, tout le monde s’en fout de ce gars qui serait mort pour que les marchands de lingerie puissent oublier la morosité des soldes. Sur Wikipédia, ont parle des origines vachement sérieuses de la St V comme ça : L’association du milieu du mois de février avec l’amour et la fertilité date de l’antiquité. Dans le calendrier de l’Athènes antique, la période de mi-janvier à mi-février était le mois de Gamélion, consacré au mariage sacré de Zeus et de Héra. Dans la Rome antique, le jour du 14 février était nommé les lupercales ou festival de Lupercus, le dieu de la fertilité, que l’on représente vêtu de peaux de chèvre. Les prêtres de Lupercus sacrifiaient des chèvres au dieu et, après avoir bu du vin, ils couraient dans les rues de Rome à moitié nus et touchaient les passants en tenant des morceaux de peau de chèvre à la main. Les jeunes femmes s’approchaient volontiers, car être touchée ainsi était censé rendre fertile et faciliter l’accouchement. Cette solennité païenne honorait Junon, déesse romaine des femmes et du mariage, ainsi que Pan, le dieu de la nature. Le rapprochement entre la Saint-Valentin et l’amour courtois n’est mentionné dans aucune histoire ancienne et est considéré par des historiens comme une légende. Il ne faut cependant pas oublier que la plupart des fêtes chrétiennes se sont substituées à des fêtes païennes.

Bon, nous avons déjà tous les éléments, d’une part le vin, d’autre part les chèvres, heu, non, pardon, les trucs sexuels rapport, si j’ose dire, à la fertilité. Je présume que les cadeaux font partie du lot. Cette année, c’est décidé, pas de sortie en tête à tête ce soir là, restrictions budgétaires obligent. C’est la crise pour les amoureux aussi. Alors, si l’on reste atome comme disent les Anglois, autant découvrir un petit quelque chose de plus que l’être aimé. Je vous propose une belle bulle.

Le monde a soif d'amour... et de bulles

Pour faire court, ayant déjà bouffé la moitié de mon article avec les origines étranges de cette fête un rien bidon, il me faut d’abord parler de l’évolution des vins effervescents dans le monde ces dernières années. C’est que ça bouge à la vitesse d’un bouchon de Champagne mal maîtrisé en ce moment. La mise au point des techniques d’élaboration des vins mousseux a pris des siècles. Avec, au cours des trois dernières décennies, des progrès fulgurants. Ce sont les plus grosses entreprises champenoises qui ont peaufiné, recherché, développé, de nouvelles méthodes et technologies afin d’améliorer, de rentabiliser au mieux et de régulariser au maximum la production de vin pétillant. Une bulle de qualité, régulière, des vins fins, capables de vieillir longtemps, des millésimes respectés complètement (ne vous gaussez pas, manants, c’est relativement récent, on en reparlera un jour). Tout ça pour notre plus plus grand bonheur. Oui, mais voilà, le Champagne, c’est plus ou moins trois cent millions de flacons par vendange, et pas des masses de plus à l’horizon. Et comme les consommateurs du monde ont une furieuse tendance à tout confondre et à appeler Champagne tout ce qui bulle, malgré les efforts violents du CIVC, il a bien fallu trouver une parade.


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Jacob's Creek Sparkling Reserve


Comment gérer le marché mondial de la frustration ? En élaborant des vins de qualité, souvent sous des marques bien connues de Champagne, mais en montrant bien que même si c’est bon, ce n’est pas aussi grand que l’original, toujours copié, jamais égalé. Pour que les bulles de la planète soient belles et régulières, il a fallu transférer les technologies, aider tout le monde à marcher d’un même pas, ou, a tout le moins, dans une même direction. Ce qui est fait depuis quelques années. Quoi de mieux pour maîtriser la concurrence que de l’aider d’une manière ou d’une autre. Je ne sais pas si tout ça relève du fantasme ou de la réalité, mais toujours est il qu’aujourd’hui, dans le monde, on élabore de plus de plus de bulles excellentes, souvent à des prix très raisonnables.

Back from Down Under

Lors d’un séjour récent en Australie, il m’a été donné de déguster un petit panel de bulles locales. Elles tiennent plus que la route, les bulles australiennes. Plutôt fermes, longues en bouche, avec ce qu’il faut de pétillant pour titiller la langue et, lorsqu’elles ne sont pas trop dosées, très fraîches, un rien ingénues presque. Ce qui m’amène à la bouteille d’aujourd’hui, c’est qu’en plus de bien se tenir dans leur jeunesse, elles vieillissent bien. Bon, ok, je manque un peu de recul pour déterminer si elles tiennent allégrement une trentaine d’années, à l’instar de leurs cousines rémoises, mais en tout cas, celles que j’ai goutées sont meilleures un peu plus adultes.

Ce Jacob’s Creek Sparkling Reserve, par exemple, est parfaitement exemplatif de mon propos. Ayant dégusté deux millésimes côte à côté, le plus vieux des deux est ample, généreux, délicat aussi, avec une complexité surprenante pour ce genre de vin. Oui, je sais, moi aussi j’ai des a priori, y’a pas de raison. Alors que le millésime le plus récent était encore fermé, un rien en dessous de ce qu’il avait comme potentiel.

C’est aussi l’avis de l’importateur en Belgique qui garde les bouteilles en stock plus longtemps pour que les vins soient plus mûrs. Et ça porte ses fruits puisque, si j’ai bien retenu les chiffres que l’on m’a donnés, la Belgique est le premier marché mondial pour ces vins-là. Parce que nous aimons les vins plus racés, plus profonds. Même à des prix normaux.

Voilà donc un joli cadeau de Saint Valentin à partager. Offrez-vous une douzaine de flacons, vous en torchez une le soir du quatorze, et mettez les autres en cave pour les attaquer en tête à tête un rien plus tard au cours de l’année, par exemple. Facile, le bonheur quand on veut, non?

Eric Boschman

Jacob’s Creek Réserve Sparkling 2008, en Belgique chez Delhaize pour 11,49€

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Australie, Champagne, Vins de tous pays | Tags : jacob's creek, sparkling, australia | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

29 janvier 2012

Au bout coule une rivière… Australia

La parole est à Eric Boschman, l'homme du Bush...

Une petite tournée down under comme disent les ceusses qui papottent l’anglais ailleurs que dans leur thé du matin. Un petit saut en été, avec une météo sauvage, digne des plus belles présentations de Tatiana Silva au meilleur de sa forme.

Quel bonheur mes amis, par la grâce de quelques coups d’aile, me voilà à me méfier des coups de soleil. Bon, ça va j’arrête mon char, vous vous en foutez de mes difficiles conditions de travail, de mon côté galérien de compétition. Et vous avez raison. Bon, c’est pas tout ça, je suis en Australie, le soleil envisage de se coucher et avant qu’il ne fasse noir, je voulais introduire les articles à venir qui vous parlerons de pinard, en vous parlant de la situation locale.

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Sheep Australian humour


C’est que c’est pas évident à comprendre pour nous, petits Belges, plutôt bons consommateurs et pas trop regardant à la dépense. Chez nous la moyenne des achats se situe aux environs de cinq euros, un peu moins, mais pas des masses. Je sais, ça paraît peu, mais c’est énorme par rapport à nos voisins directs et même un peu plus loin; pour faire simple, à part les Suisses, en Europe, nous sommes les premiers de la classe en matière de dépense moyenne pour une bouteille de vin. Pour une fois que nous sommes premiers en quelque chose, il fallait que ce soit en pinard. Nous sommes, relativement, moins confrontés que nos voisins à la pression tarifaire, ce qui nous épargne les mono-cépages aux prix tirés vers le néant et de moins en moins rentables pour les producteurs. Ce qui ne fait pas le bonheur du monde, mais nous assure un niveau de qualité moyen plutôt élevé. Chance pour nos palais et plaisir pour pas mal de nos fournisseurs. Oui, mais voilà, l’étroitesse, relative, de notre marché ne nous donne pas un poids suffisant vis à vis de la production et nous ne pouvons pas influencer le cours des vins au niveau mondial.


La Belgique n’est pas tout à fait la Chine, qu’on se le dise. Tout ça pour vous expliquer ce qui se passe dans un pays comme celui qui m’abrite en ce moment. La production est basée, pour l’essentiel, sur un véritable modèle industriel, c’est à dire que l’on est souvent loin du vigneron qui pose ses tripes sur la table et qui fait du pinard en se disant que vogue la galère on verra bien comment les choses se mettent en place. Dans le cas d’une stratégie industrielle, on calcule d’abord et on construit le vin en fonction de son calcul. Bien entendu lorsqu’il s’agit d’un pays, un propos global souffrira toujours d’exception, mais disons que quand la situation concerne pas loin de quatre-vingt cinq pour cent de la production on peut se dire que ça tient la route. Une fois ces calculs mis en place, on élabore des vins que l’on positionnera de manière concurrentielle sur le marché mondial.

Evidemment là, il y à un début de bug. C’est que sur le marché mondial, il y a pléthore de pinards vaguement similaires, à base de quelques cépages internationaux hyper répandus. Les chardonnays, syrah, et autre cabernets sont devenus des marques plutôt que des cépages et leurs origines sont plus nettes sur les étiquettes que sur les papilles. A force de jouer la rentabilité, on doit industrialiser les procédés d’élaboration, c’est à dire les standardiser et à force, on va aussi uniformiser les goûts.

Donc, les seules différenciations évidentes se situeront, malheureusement pour les producteurs à moyen terme, au niveau tarifaire. Et pour contrer la concurrence, on joue au plus serré, au prix le plus bas ; Dans le cas de l’Australie, les marchés anglo-saxons, Angleterre et USA en tête, ont fait les beaux jours des exportations de l’île continent. Pendant au moins une grosse vingtaine d’années. Et puis, le style des vins développés ici là été en considérant les désidératas des «critiques» vinicoles en fonction de leur influence. Influence toute relative soit dit en passant, du moins au niveau des ventes directes, mais énorme vis-à-vis des professionnels aux deux extrémités de la filière, de la production à la distribution ça fait pas un pli.


Donc, d’une part on modélise un produit en fonction d’un goût internationalement dominé par quelques marchés particuliers, d’autres part on se positionne plutôt bas pour gagner des parts de marché. Oui, mais voilà, lorsque la bise fut venue… ben c’est la déconvenue. La marché US se racrapote et c’est rien de le dire. Oui, il y a des arguments patents, des choses indéniables, la crise, l’arrivée en masse des vins du Chili et d’Argentine, le manque de rentabilité des productions australiennes et hop, le tour est mal joué et ça dégringole. Même cas de figure en Grande Bretagne. Certes, il y a la Chine pour se refaire, 70% et des bricoles d’augmentation de parts de marché l’année dernière. Mais pour combien de temps ?

Et la Belgique là dedans ? Ben nous sommes la gentille exception, le marché augmente doucement, les prix se maintiennent et les vins d’Australie présent sur le marché sont de plus en plus nombreux. C’est peut-être le fruit d’un travail de fond établi par les distributeurs, peut-être aussi parce que le marché n’est pas dominé par les soldeurs, peut-être simplement parce que nous, consommateurs, aimons des choses un rien plus typées et originales que nos voisins? La réponse n’est pas évidente.  C’est une combinaison de facteurs, mais elle indique surtout que les pays et les producteurs qui se lancent sur les terres du discount se lancent à un moment ou à un autre sur un mur. Des vins a des prix justes, pour la premiers prix, c’est un truc ou tout le monde y gagne, y compris les clients finaux, vous et moi. Bon, allez, justement, la semaine prochaine, on parle de pinards, a des prix normaux. D’ici là, quoi que vous buviez, buvez le bien.

A suivre...

Eric Boschman

00:48 Écrit par Hervé Lalau dans Australie, Belgique | Tags : australie, vin, vignoble | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |