25 octobre 2010

Donald Hess, l'homme qui changeait le cash en vin

Je n'ai jamais rencontré Donald Hess, ni bu ses vins, mais j'ai déjà pas mal entendu parlé de lui.

La première fois, c'était il y a quelques années, quand un film de la TSR qui lui était consacré avait été primé au Festival Oenovideo. Le film avait un titre presque biblique: "L'Homme qui changeait l'eau en vin".

Il racontait, avec force belles images, l'itinéraire atypique d'un milionnaire Suisse parti faire du vin en Argentine, avec beaucoup d'argent, une bonne dose de passion, de créativité... et d'eau. Car à Colomé, sur un très haut plateau desséché par le soleil et les UV, seule l'irrigation permet de faire du vin.

L'histoire était belle, bien racontée, elle offrait même une "unique selling proposition": Colomé était à l'époque considéré comme le plus haut vignoble du monde. Il y a aujourd'hui contestation avec un autre vignoble, bolivien, celui-ci, mais bon, on trouve toujours plus grand, plus haut, plus fort ou plus bête que soi.

Ce même Donald Hess vient d'acheter une 2ème cave au pays du tango. A Cafayate, précisément. Sa nouvelle acquisition, une propriété de 20 ha, qui s'appelait jusqu'à présent du nom de son ancien propriétaire, Bodegas Muñoz, sera rebaptisée Amalaya, comme la deuxième étiquette de Colomé. 

Mais j'ai une autre raison de vous vous en parler.
Je rentre tout juste d'Alentejo, où tout le développement de nouveaux vignobles est basé sur l'irrigation. Avec force barrages et retenues par l'alimenter.
D'aucuns Alentejanos nous disent que la vigne ne survivrait pas sans cette aide. C'est même grâce à elle qu'elle a fait son apparition à Beja, dans les années 1990.
On constate cependant qu'à Vidigueira, à Estremoz, à Borba, la vigne était bien antérieure. On se demande même si, une fois passées les premières années difficiles pour les jeunes plants, il n'est pas contreproductif de continuer à irriger si l'on cherche à ce que la plante aille vraiment puiser dans le sol et dans ses derniers retranchements.
Pour obtenir le fameux effet terroir (qui existe ou qui n'existe pas), il n'est pas sûr que de changer l'eau en vin soit le miracle attendu. Vos idées là-dessus, les amis?

10:00 Écrit par Hervé Lalau dans Argentine | Tags : vin, vignoble, viticulture | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |

28 août 2010

Mendoza

En léger différé de Mendoza, Eric Boschman nous entretient du terroir et autres brimborions à la mode - même au pays du bandonéon. Accrochez vous, Nicolas, ça va secouer sec.

Terroir, mon beau terroir, dis moi si je suis la plus belle de ce royaume. De cette république andouille, tu es dans une république, pas un royaume. C’est vrai.

Vista Flores - Zuccardi range.jpg"Il est pas beau mon terroir?"

Mendoza est une charmante bourgade, située au milieu de la province éponyme, à l’altitude coquette de neuf cent et des mètres. Mais bon, vous n’êtes pas là pour revoir votre géographie argentine dans les détails mais bien pour savoir quoi picoler avec votre poulet grillé de demain. Accrochez vous, ça va tanguer. Mais par où commencer, à part par le tangage ? Vous me direz, une fois de plus, je sais, que le tangage est une variante du tango, ce fameux mélange de bière et de grenadine que boivent les ados de notre Wallonie bien aimée, qui est, comme chacun le sait, même Bart, une région et pas une commune au thé. A Mendoza, même Brigitte Bardot ne danse pas le Tango, personne d’autre non plus d’ailleurs, vu qu’il s’agit d’une danse canaille des faubourgs de Buenos Aires. Et qu’entre Mendoza et la capitale, ses faubourgs, il y a quand même à peu près onze cent kilomètres. Même avec un bon bandonéon, ça peut faire longuet.

Mais alors, pourquoi Mendoza s’il ne s’y passe rien? Ben, justement, parce qu’il ne s’y passe rien. Normalement d’ailleurs, il n’y neige même pas en août. C’est super rare. Sauf quand j’y suis. Donc Mendoza. C’est un peu comme Men in Black, sauf que là il est question de doses. Bon, allez, assez digressé, il étang de. Alors je. Sauf qu’avant de parler pinard, il me faut aborder la chose par le côté terroir. Je ne vais pas une fois de plus vous poser la question qui tue à dix pesos : qu’est ce que le terroir? C’est un peu complexe comme notion, pour les huns c’est le droit du sol, avec tout ce que cela peut comprendre comme sous-sol, climat, exposition et gnagnagna et gnagnagni. Pour les autres, dont moi, c’est avant tout le travail de l’humain par rapport à une environnement donné. Pourquoi certaines parcelles d’un cru en Bourgogne sont elles meilleures que d’autres lors de la dégustation des vins qui en sont issus ? Parce que le vigneron bosse mieux. "Un punt c’est alles", comme on dit dans les environs du BHV. Et quand d’aucune rombière bordelaise ose pérorer que son premier cru est un des meilleurs vins du monde parce qu’il a le meilleur terroir au monde, je n’ai pas besoin d’ajouter vieille à côté de rombière parce que cela tombe sous le sens, la pauvre vit dans une autre dimension. Il n’y a pas de meilleur terroir au monde.

C’est une des plus belles conneries qu’un humain puisse ânonner lorsqu’il commence à parler de pinard. Il y a des humains qui travaillent mieux que d’autres, qui sont plus à même de catalyser ce qu’ils ont sous la main pour en faire un grand truc que d’autres. Ce n’est pas seulement une question de moyens ou de localisation, c’est surtout, avant tout, une question de talent. Et ça, ce n’est pas limité à une région ou un pays, loin s’en faut.

Depuis quelques années déjà, des irresponsables hexagonaux, (malheureusement pour l’Europe ils ne sont plus seuls) entonnent régulièrement le couplet de la simplification des appellations, de la nomenclature, au prétexte que les consommateurs ne s’y retrouveraient plus. Et de prendre à chaque fois pour exemple les vins du Nouveau Monde qui ne respectent rien, et surtout pas les notions de terroir. Pensez donc madame Michu, quand on a 2000 hectares de vignes, irriguées de surcroît, comment voulez-vous que l’on fasse dans le détail ? Pauvres aveugles qu’ils sont. Pauvres largués incompétents qui ont oublié de sortir de l’ombre de leur si petit Nicolas. S’il est bien une zone où la notion de travail parcellaire au titre de délimitation de terroir s’est mise en route, c’est bien le Nouveau Monde.

Prenez l’exemple de cette Amérique du sud où je me caille en ce moment. J’avoue qu’avec ce que je goûte chez nous depuis un presque quart de siècle, je me dis que l’évolution est lente, voire nulle. On dirait un responsable de la N-VA face à une question communautaire. Rien ne se passe, même dans le dernier repli de son cerveau reptilien. Erreur, dans le vignoble, les choses évoluent. Le problème majeur au niveau de notre information étant que pas mal d’importateurs n’ont pas vraiment développé un boulot évolutif. Ils se sont contentés d’emboîter le pas des grandes surfaces et de présenter des vins plutôt bas de gamme à des prix défiant toute concurrence. Il n’a pas été question dans leur chef de construire quoi que ce soit. Ce n’est certes pas le rôle de la grande surface, qui n’a ni l’infrastructure, ni l’ambition ni même le besoin de le faire. Mais les distributeurs plus conventionnels auraient pu, depuis le temps, se bouger un peu le truc sur lequel ils s’asseyent bien volontiers pour proposer des choses plus sexys, plus actuelles. A quelques trop rares exceptions, alors que les bars à vins et les cavistes font florès aujourd’hui, on trouve à peu près toujours le même type de vin du nouveau monde qui fait dire à tout le monde, moi en tête, qu’il ne se passe rien là-bas. Mais une fois que l’on est sur le terrain, ça part dans tous les sens. Ce qui se passe en Argentine pour le moment est tout bonnement extraordinaire. Attention, stop, gevaar, ne me faites pas, une fois de plus, dire ce que je n’ai pas encore pensé. Non, tout n’est pas génial ici non plus. Mais bon sang, ça bouge et plutôt vite. L’époque des vins vinifiés par quelques gourous venus faire coucou depuis les berges de la Gironde est presque dépassé. Celui des copies, superbes, au demeurant, des assemblages médocains itout. Le temps est à la sélection parcellaire pour les hauts de gamme, on travaille le malbec en fonction de son altitude, de l’âge des vignes, et même, dans certaines entreprises, gigantesques pourtant, en fonction du cultivateur. Un peu à la manière de certaines caves coopératives européennes. On met en valeur le travail de l’homme, car c’est lui qui fait la matière qui fait le bon vin. Celui qui fait le grand vin vient après, c’est le vinificateur.

Et quand les uns et les autres cohabitent, cela confine souvent au sublime. Au cours des quelques jours qui viennent de s’écouler, il m’a été donné de déguster une belle et large palette de ces malbecs étonnants. Je me pose la question de savoir si la région de Mendoza ne serait pas, quelque part, une nouvelle Bourgogne où le pinot noir aurait fait place au malbec. On joue de plus en plus dans la nuance, et, changement subtil dans le chef des producteurs, on n’assemble plus tout systématiquement ; on élabore quelques cuvées particulières où, même le bois se fait de moins en moins neuf, de plus en plus subtil et délicat et où, sur l’étiquette on revendique un tas de choses vachement compliquées. Car les consommateurs ne sont pas tous des veaux, il suffit d’expliquer gentiment, longtemps parfois, très longtemps même de temps à autre, de quoi il retourne. Ce n’est pas en les prenant pour des simplets et en simplifiant à outrance les étiquettes que l’on fera avancer leurs connaissances et, partant, leurs exigences. Mais c’est parfois plus facile de proposer à la masse le plus grand dénominateur commun, au risque de continuer à tronçonner, avec véhémence, la branche déjà bien abîmée sur laquelle on est encore plus ou moins juché. La semaine prochaine, c’est promis, craché, juré, je vous parle de quelques unes des ces dégustations malbecaines qui m’ont troué les neurones.

Eric Boschman

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Argentine, Europe, France | Lien permanent | Commentaires (8) | | | |