22 juillet 2011

A vendre vignoble... plus grand que le Luxembourg

Le domaine viticole argentin "Punta del Ague" est à vendre. La mise à prix est coquette (6,8 millions d'euros), à la mesure d'un grand cru classé. Mais il ne s'agit pas d'un grand cru classé. Il s'agit d'une grande... surface: 4.003 km2. Ou 400.318 ha, si vous préférez. La superficie du département du Jura. Ou encore, plus d'une fois et demi celle du Grand Duché de Luxembourg.

vin,vignoble,argentine,à vendreAu Nord de Mendoza, au pied des Andes et de la frontière chilienne

Le domaine, situé dans la province de San Juan, au pied des Andes, a été cultivé, mais ne l'est plus depuis 20 ans. Ses sols limoneux sont adaptés à la vigne, précise l'agent immobilié chargé de la vente, Savills. Il y a aussi de l'eau (le domaine est traversé par deux rios). Mais quelques détails sont encore à régler. Pas d'électricité. Pas de route (mais on en prévoit une, qui devrait relier le domaine aux ports du Chili).

Je ferais bien une enchère, question d'avoir un petit pied à terre où je ne sois pas gêné par les voisins. Mais je manque un peu de liquidités, en ce moment.

 

11:25 Écrit par Hervé Lalau dans Argentine, Chili, Luxembourg | Tags : vin, vignoble, argentine, à vendre, occasion, à saisir | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |

09 juin 2011

Amicales internationales des cépages

Vous avez remarqué? L'heure est à la coopération. Cahors et l'Argentine organisent régulièrement des opérations communes autour de leur dénominateur commun, le malbec (alias côt ou auxerrois). Plus récemment, Madiran et l'Uruguay ont fait de même, autour du tannat. Je reçois à l'instant deux invitations (une en français, l'autre en anglais) me conviant à une conférence-dégustation sur ce thème, le 22 juin à Vinexpo.

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Et vous, vous irez?

Tout cela est éminemment sympathique. Que des vignerons séparés par l'océan et l'histoire se retrouvent ainsi, apprennent à se connaître et à partager leur héritage, c'est presque émouvant.

Sauf que si l'on y regarde de plus près, c'est le mariage de la carpe et du lapin.

Prenons l'exemple du tannat. D'un côté, vous avez une AOC, Madiran, avec ses règles, son aire de production sur les contreforts pyrénéens, en altitude, ses assemblages (le tannat n'étant qu'un  élément parmi d'autres), ses limites de rendement; et de l'autre, un pays entier, l'Uruguay, qui ne s'est pas doté d'appellations; un pays dont la zone de production, plate comme ma main, se situe le long de l'Atlantique, et qui n'a pas de plafonds de rendement. Vous parlez d'un attelage! Pas étonnant que lors des dégustations de tannats uruguayains, les aficionados du Madiran ne retrouvent pas leurs petits.

Passons au Malbec: à Mendoza (j'en reviens), tout est permis au presque, y compris l'irrigation. La surface cultivée en malbec est plus de 5 fois celle de Cahors. Les rendements ne sont pas limités. On peut aussi ajouter d'autres cépages, à concurrence de 15%, et des vins d'autres origines (San Juan, La Rioja argentina, etc...) dans les même proportions.

Je sais bien que l'époque glorifie les différences, le multiculturel, etc.  D'ailleurs, c'est l'exergue de la conférence tannat: "Diversité des expressions de terroir". On peut avoir des doutes sur la conception d'un terroir à l'échelle d'un pays (sauf peut être au Luxembourg), mais là, je cherche sans doute la petite bête. Parce que l'essentiel est ailleurs: organiser à deux une conférence permet de diviser les coûts. Et puis, ça fait parler d'autre chose que du chardonnay, du cabernet, du çauvignon... ABC. Anything but C...

Mais plus sérieusement, n'est-il pas déconcertant pour les responsables d'une AOC de présenter leurs vins aux côtés de produits qui ne respectent aucune des règles qu'ils imposent à leurs ouailles? Voire dangereux?

Moi, si j'étais de Cahors et que je voie le type de Malbec qu'on fait à Mendoza, en quelle quantité, avec quel rendement et avec quelle rentabilité à l'hectare, je crois que je me lancerais dans le Vin de France. Je pourrais toujours déclarer le cépage et le millésime, et avec un rendement double de celui de l'AOC Cahors, je pourrais espérer concurrencer mes amis argentins sur les marchés étrangers... cqfd (côt erat demonstrandum)

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Argentine, France, Sud-Ouest, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |