20 septembre 2008

Klevener de Heiligenstein

Klevener de Heiligenstein. D'accord, ça se prononce comme ça s'éternue; mais quand c'est bien fait, ça se boit plus vite que ça se verse.

Petite explication de texte: le Klevener, c'est le nom alsacien du Savagnin, bien connu des Jurassiens; mais en version rose. Un cépage également apparenté au traminer. En Alsace, il n'en reste pas beaucoup - sauf à Heiligenstein, petite commune proche de Barr, qui était déjà physiquement un cru bien avant l'invention des Grands Crus d'Alsace. Les sols pauvres de l'Au, lande siliceuse parsemée de silex et de grès en galets, sur un sous-sol de limon, semblent bien adaptés au cépage.

 

Klevener

 

 

Cette spécificité explique l'existence d'une mention particulière au sein de l'AOC Alsace - unique dans la région, et uniquement pour ce cépage. Une mention qui a bien failli disparaître: il ne restait que 3 ha de Klevener à Heiligenstein en 1970, et il a fallu toute la persuasion des vignerons du cru pour que l'INAO accepte de lui octroyer une dénomination distincte, la sauvant ainsi d'une mort quasi certaine. On compte aujourd'hui 39 ha de Klevener à Heiligenstein (sur une centaine d'hectares plantés dans la commune). Pas de quoi abreuver la Chine, mais assez pour que la production survive.

La "Pierre Sacrée" (c'est le sens littéral du nom de la commune) est perchée à 250 m, au pied du Mont Odile. Outre le cru déjà cité, ce petit bourg très alsacien, avec force maisons fleuries, abrite aussi 9 fontaines dont une classée, la fontaine de l'Ours. Sans compter un sentier pittoresque au nom mystérieux, le Sentier des Chameaux - peut-être une référence à son parcours bosselé? Je ne suis pas payé par l'Office du Tourisme du Bas-Rhin, mais bon, pour un petit week-end en amoureux, ça peut le faire, comme on dit chez les branchouilles.

Pour en revenir à notre Klevener, je viens de déguster une bouteille de K de H 2007 de la marque Arthur Metz (l'antenne alsacienne du groupe GCF). On dira ce que l'on voudra des gros faiseurs, mais le fait même de s'intéresser à une appellation aussi confidentielle plaide en la faveur de celui-ci.

Quoi qu'il en soit, le plus important, c'est ce qu'il y a dans la bouteille.

Pas besoin de travailler chez Chanel ou Rochas pour reconnaître les pétales de rose, au nez. Mais ce nez est beaucoup plus complexe. On y trouve une belle macédoine d'agrumes, avec notamment du pamplemousse. La bouche présente un étonnant équilibre entree la vivacité et le gras, avec des notes de miel d'acacia et d'épices; mais l'ensemble reste assez sec, la finale proposant une petite note amère très rafraîchissante.

Poissons et viandes blanches lui siéront à ravir. Mais ma femme et moi l'avons aussi apprécié à l'apéritif, et, le lendemain, en digestif. Que voila un produit facile à assortir!

Bref, une belle découverte, et un petit pan de l'histoire des cépages qui prend vie dans le verre. Le patrimoine culturel, ce n'est pas forcément rébarbatif: la preuve, ça peut même se boire!

Ce vin fera partie de l'assortiment mis en avant par Champion (Belgique) lors de sa foire au vin, qui démarre dans quelques jours.

PS. Ne pas confondre ce Klevener et le Klevner, nom alsacien du pinot blanc.

 

 

11:05 Écrit par Hervé Lalau dans Alsace | Tags : vin | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |