11 juin 2010

Brand loyalty

Non, je ne vais pas vous saouler avec les 4 P, les 3 C et l'image de marque - le Brand dont je vous parle ne se trouve pas dans les livres de marketing, mais en Alsace, et plus précisément, à Turckheim; et il n'a rien à voir avec les lessiviers, les constructeurs automobiles, la pub et les enquêtes consommateurs.

La réputation de cette "Terre du Feu" ne date pas d'hier. On y associe une légende locale, celle d'un dragon, sorti de l'ancienne mer d'Alsace, et qui se serait endormi sur la colline du Brand. Le soleil ayant fait fondre ses écailles (il faut croire que l'Alsace n'en est pas à son premier réchauffement climatique), le dragon perdit tout son sang. Et c'est ce sang qui fertilise encore le Brand aujourd'hui.

Si non è vero, è bene trovvato. Et dragon ou pas, les vins de ce cru manquent rarement de puissance. Les sols sont majoritairement granitiques (granit à deux micas), avec une petite partie calcaire. Bref, squelettiques. Conséquence: ici, la vigne souffre; et même sans être sadiques, on peut s'en réjouir, car c'est la condition pour l'élaboration de vins bien typés. Ici, ils sont souvent à base de riesling, mais on trouve aussi du gewurztraminer et du pinot gris.

 

Brand

Le Brand, ou les feux du soleil d'Alsace

 

Typé, il l'est, le Gewurztraminer Brand de Dopff Au Moulin (version 2007).

Au nez déjà, il présente un fruité exceptionnel -  litchi, eau de rose, cédrat confit; l'attaque en bouche est assez vive, mais laisse vite la place à une forme d'harmonie, faite de rondeur et de puissance: l'acidité se fond dans la matière du vin, ou au choix, c'est le gras du vin qui se laisse porter par cette charpente acide (je n'en suis plus à un paradoxe près, la dégustation n'est pas une science exacte). Cette improbable alliance  des contraires finit en beauté sur des notes minérales, c'est long, long comme les feux d'un lever de soleil sur la plaine l'Alsace.

Wish I were there.

 

 

09:11 Écrit par Hervé Lalau dans Alsace | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

08 juin 2010

Pour la maladie d'amour, essayez le gewurztraminer...

Retour de l'ami Eric, qui nous narre une verticale d'Alsace pas piquée des vers, et au passage, nous ouvre un peu son coeur de rocker. Je vous laisse en compagnie de l'artiste...

"Il y a de ces instants dans la vie qui vous font tout oublier, pardonner sa médiocrité à celle qui vous a quitté pour un gougnafier sans envergure, être magnanime vis à vis de ceux qui espèrent vous voir chuter, embrasser les pires cons que la vie ait placé sur votre route et que sais-je encore sur le chemin de la rédemption. Oui, lorsque l’on goûte des vins hors normes, tout devient d’un coup d’un seul, bleu, lumineux, avec un tas de petits moutons qui batifolent sur l’horizon. Je vous raconte.

GEWURZTRAMINER COMTES 2000

L'objet du délire

 

Gewurztraminer Comtes d’Eguisheim verticale de 2009 à 1959. C’est grosso modo la proposition qui m’est faite par téléphone, il y quelques jours, par monsieur Beyer. Quand on fait mon métier, c’est le genre de nom qui sonne un peu comme une trompette thébaine un matin de printemps. Ni une ni deux, ni même trois ou quatre, c’est un oui franc et massif, plus encore que celui qu'une Flandre éperdue d’amour délivrera dans quelques jours au beau Bart, si vous voulez en mesurer l’ampleur. C’est que ce n’est pas vraiment tout les jours qu’il est offert au scribouillard de base de tester in vivo une question fondamentale telle que celle qui nous est posée dés lors que cette verticale est proposée: le gewürztraminer vieillit il bien?


Tataaaaaaaaaaaaaa, résonnez hautbois, sonnez crécelles, ou lycée de Versailles, ZE question est lancée et ça va faire bobo dans les neurones.
 Nous serons six a nous attaquer a ce petit Himalaya, trois français et trois pas. Présentation des bouteilles, elles ont toutes été stockées couchées à 10 m de profondeur dans la cave d’origine sous la route de la maison alsacienne, à température constante de plus ou moins 10°C et il s’agit donc de leur premier et dernier voyage. La Cuvée des Comtes d’Eguisheim est au top du sec, des vendanges en presque surmaturité, sur une parcelle nommée "Eich" (Chêne)  au sein du grand cru Eichberg.

Pourquoi 59 ? Pour faire cinquante. L’idée est de faire du sec, ne pas dépasser une sucrosité de plus de plus de 4 à 5 grammes. Des vins de homard avec un fond de bouillabaise réduite ou un truc du genre. Sachez encore que l’on favorise dans la maison un type de vin plutôt que l’expression souple du millésime. Les équilibres en Alsace ne sont pas sur 30 hectos, il faut tourner entre 50 et 60 hecto pour équilibrer les apports de la nature et du cépage. Vous êtes prêts ? accrochez vous au bastingage, cela pourrait un peu tanguer…


2009


Une année très riche, grasse. Or blanc, avec un peu de dorure en fin.  Bon sang, quel nez !  c’est loukoum en plein, pétale de rose, très classique de facture au départ.
Un peu plat au départ en bouche, fermé. Le nez n’est pas au diapason de la bouche. Ce qui est normal, le vin est encore en devenir. Un très beau potentiel. On sent une magnifique précision dans la vinification. C’est juste en dentelle, tout en finesse, mais c’est du costaud, du grand en potentiel


2008


Robe dorée. Déjà plus miel au nez, plus en richesse, mais moins marqué par les caractères primaires du nez
; plus nerveux, un peu en surmaturité
ça c’est de la bombe, du très très grand, un vin qui confine au sublime. Tout y est, l’équilibre, la finesse, la délicatesse, la franchise. Belle netteté aromatique, avec une belle finale acidulée. Un très grand pinard, vraiment en finesse. Les nouvelles vinifications « commises » par Yan le petit fils des fondateurs sont superbes d’approche de la matière et de compréhension du style de la cuvée


2007

or jaune tirant vers le bronze, robe plus évoluée
. Un vin de haute maturité, sans pourriture noble. Au nez, un peu d’encens au départ. Un  rien fermé même. Avec une note de cire d’abeille, on sent le vin en mouvement. La bouche est un peu plus plate, elle souffre un peu du voisinage avec le 8. Et donc le vin paraît plus en retrait qu’il ne l’est vraiment. Cela reste plutôt agréable et conforme au type maison

2005


Robe vieil or à reflets de bronze. Le premier nez est un peu en dedans, le vin à besoin d’air pour exister. J’adore cette austérité. Une découverte pour moi sur ce style de vin. Ca manque un peu d'amplitude, mais j’aime le côté « riesling » de la cuvée dans ce millésime. T
rès bourgeois, rondouillard, en équilibre.

2003


L'année canicule, l’année de tous les risques, un poil plus sucré que les autres, (8 à 9 grammes). L'acidification a d'aileurs été autorisée cette année-là.

Robe or jaune clair, très « jeune ». Nez citronné, un rien pamplemousse, agrumes, puis miel. Beaucoup de sulfites.
La bouche est compliquée, plus grasse et limite ecoeurante que les autres. C’est un peu dans le creux de la vague de la décade.

2001


Une récolte de seulement 2000 litres, année plus compliquée, parce que tries
or doré foncé, clairement évolué.

Beau nez en finesse, minéral, en puissance retenue.
La bouche est élégante, bien vive, loin des paquets de sucre de ce genre de chose en général. J’aime vraiment même si le vin fait un peu sa diva.

2000


Très belle maturité, sain, pas de champignons, pas de botrytis. Acidité moyenne, bas en sucre (3 gr), belle robe bronze orangé, c’est superbe, parfait en équilibre, nez de bergamote. C’est fluide...

1998

Robe dorée, nez toasté, un rien grillé même. Allant vers des côtés spéculoos. La bouche est sur la pêche, et en amertume sur la fin qui relève bien. C’est relativement long, même. Une
toute petite production, un millésime délicat.

1997


Un peu un cousin du 90 et du 2000 au niveau climatique;
pur, fin, délicat. Quelle belle bouteille que celle-ci. On va vers des notes de fruits blancs, de la pêche, énormément de finesse.

1990

Robe dorée, jeune encore. Très très beau nez, on est sur la feuille de thé froid. On perd le côté litchi, loukoum, et on gagne en complexité; la bouche est splendide. Un poil raide, et il gagne en arôme. On trouve même de la violette et une note fumée. Une grande bouteille.

1989


Un des plus grand millésime du siècle en Alsace. Extra Ordinaire.
Robe or, jaune foncé. Juste parfait, rien à dire. C’est magnifique de partout. Le nez, la bouche, c’est hors normes tant c’est fin et puissant à la fois. On est sur des notes poivrées, de la poire cuite, avec un peu de Yuzu.

1986


Année moyenne, pas hyper mûre.  Robe or jaune, tirant vers le miel. Surprenant de jeunesse, plein de caractère. Un vrai vin pour la table. Plus ample sur la fin de bouche. Un côté tokay en bouche et pourtant c’est bien sec. On termine sur une très belle acidité qui fait durer la chose longtemps longtemps....

1985

Robe or jaune, un poil plus évolué. Le départ est un peu plat, on est sur le gras, sur le riche, avec un côté qui paraît miel et caramel au beurre salé. L’évolution est moins sexy. Il devient un rien aqueux, un rien plat en milieu de bouche. La fin de bouche redevient plus équilibrée. Un millésime parfait pour fêter l’anniversaire d’une patiente très patiente chaque semaine et que j’embrasse bien fort au passage.

1983

Or jaune;  belle vivacité au nez. On part sur des côtés écorce d’orange, un peu de lys, des notes poudrées. On est vraiment sur des parfums un peu bourguignons même. C’est hors du temps et des modes, ça.

1979


Robe or jaune, très jeune d’aspect. Attaque bien nette, on est dans les parfums de coing, de pâte de fruits, zestes d’oranges confits, un rien de tabac blond, c’est superbe aussi ça

1976


Année très chaude. Robe franchement plus évoluée, on est dans le vieil or; bouche dans le gras, dans la richesse, puissant et très aromatique. Un poil "too much" pour moi. Très classique dans l’expression du cépage

1975


Très petit volume, du fait d'un démarrage lent et à de la coulure.
Or jaune tirant le bronze, on est carrément sur le riesling, c’est dingue. Cela fait minéral au départ, presque poudre noire. Et puis il y a un côté cèdre. On est sur des composants dans le style Gucci pour homme.

1974


Très belle année de riesling mais plus délicate pour les gewürztraminers. Acidité très élevée et pourtant la bouche est un rien plate, très grasse, avec des notes typée du cépage. Il est drôle de constater que dés que le niveau de sucre remonte, on retrouve plus facilement les arômes familiaux du cépage. Quand il mange son sucre, il est tendance à être plus sur le classique.

1973


Nouveau record de volume. Robe bronze, carrément dans l’évolution. Nez pas tout à fait net. Bouche bien, belle quand même, c’est dans la minéralité. Et dans la confiture de fruits jaune à noyau

1971


Année très chaude, très grand millésime pourtant, avec une puissance de dingue.
Or jaune, avec des côtés huile d’olive presque. Une star ! La Madonna de la maison, ou presque. Ça c’est immense ! Enfin, c’est quand même plus Rita Hayworth, aujourd’hui. On sent que c’est incroyable, que c’est immense, mais ça a quelques rides. On est dans l’élégance, la grande classe. Mais on est dans le tertiaire, hein?

1970


Un record de volume en Alsace. Or jaune. Nez  citronné, pommes verte aussi. Un poil minéral à l’évolution.
Bouche très fine et délicate. C’est tendu, citron vert, ananas. Une belle pointe d’amertume derrière.

1969


Or jaune. Quelle finesse ! 
Quelle classe ! C'est immense,  c’est germanique, carrément rhénan; on est dans le plantureux. Un peu comme une brune du Sud que je connais. Il y a de la chair, des seins partout et en même temps de la force, de la raideur,  presque. On est dans la puissance, dans le squelette costaud. Beau Beau Beau.

1967


Millésime sous la pluie. Ceux qui ont vendangé avant ou après la pluie ont des vins totalement différents. Robe or rouge, plutôt foncée.
On est dans les notes de café grillé, dans l’écorce d’orange, dans le miel cuit, dans la tire d’érable aussi, presque du maïs chaud sans le côté foin. Beau nez très complexe.
La bouche est riche, pleine de miel et de caractère
, prodigieux.


1964


Or jaune, doré. Un millésime qui muscate, très surprenant, floral à crever au départ. C’est hyper parfumé. On retrouve les parfums du cépage à fond. On dirait que le vin fait une sinusoïde dans l’évolution aromatique. La fin est très souple, on est dans l’amertume sur la longueur. 

1961


Belle robe bronze doré. Vingt d’jeu de vin d’jeu, ça c’est carrément le plus grand de tous aujourd’hui. C’est presque de l'orange en bouche. Quel potentiel ! il est loin d’être au bout du chemin, quelle matière, quelle classe ! et en plus c’est sec en bouche. Pour accompagner un grand canard laqué, le canard Apicius de Sanderens par exemple.

1959


Il fait un peu son âge. Robe bronze, un peu troublée. Au nez, c’est beau, nettement plus puissant que 61, mais un peu plus court que lui aussi. C’est plein, nerveux même, mais on sent qu’il est proche de son dernier combat, peut-être celui de trop. Avec quelques tranches de saucisson d’Auvergne, c’est juste parfait ! quelle vie parfois mes amis, je ne vous dis pas….


Les vins de la maison Beyer sont diffusés en Belgique par le Palais du Vin, Rue Notre-Dame du Sommeil 38 1000 Bruxelles - 02 512 30 66. www.palaisduvin.be. info@palaisduvin.be. Les millésimes présents couramment sur le marché sont le 2008 et le 2009, pour le reste, internet et quelques amis cavistes devraient vous permettre de vous faire plaisir, peut-être".

Eric Boschman

13:19 Écrit par Hervé Lalau dans Alsace | Tags : gewurztraminer, beyer | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |