25 janvier 2014

Choisir ses verres à vin

Je ne crois pas être pédant, mais j'aime boire le vin dans un beau verre.

Il y a plusieurs raisons à ça.

Une raison très personnelle, d'abord - sur ma liste de mariage, mon épouse et moi avions mis de belles assiettes (du Limoges) et de beaux verres (des Zwiesel).

Une raison professionnelle, ensuite: un verre bien tourné, joliment galbé permet de mieux capturer les arômes. Faites l'essai. C'est mieux que dans un gobelet en plastique.

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Photo Schott

Une raison psychologique, enfin. Je pense qu'en sortant de beaux verres, inconsciemment, on donne plus d'importance à ce que l'on va déguster; c'est comme un petit cérémonial - pas aussi complexe que la cérémonie du thé, mais un cérémonial tout de même. Une marque de respect. Dans les jurys de dégustation, pour rire, quand le jury commence à ronronner, qu'un vin nous déçoit, je lance parfois qu'il ne faut jamais oublier qu'il y a un vigneron (ou une vigneronne) derrière le vin. Le respecter, dans mon cadre professionnel, c'est donner à son vin le maximum de chances, un contexte favorable, ou au moins neutre. Un bon verre, c'est le minimum, surtout quand on pense au temps que le producteur consacre à son vin, et à celui que nous, nous consacrons à le goûter.

En 25 ans, une partie de ma collection de Zwiesel à disparue; ces verres sont fins et hauts sur pied, difficiles à essuyer, j'en ai cassé pas mal. J'ai complété avec quelques Schott (ma série de Zwiesel ne se fait plus). Uniquement de très grands verres. Je préfère les grands verres, à large ouverture, même pour le blanc; non pour boire plus, mais parce que je suis maladroit, et qu'ils sont plus pratiques pour faire tourner le vin.

J'ai aussi quelques C&S dépareillés, glânés ça et là lors de dégustations - non, je ne les vole pas, on me les donne. J'ai aussi deux verres de Baccarat, très chouettes, mais j'ai un peu peur de les utiliser. Et puis quelques verres type INAO ou un peu plus grands, du genre de ceux qu'on utilise lors des événements type Percée du Vin Jaune - ils sont marqués, d'ailleurs - ou Fête du Vin de Sancerre. Je les emploie moins, car même s'ils sont plus robustes, ils sont aussi moins fins, et j'aime la sensation de la finesse du verre sous les lèvres, il me semble que cela donne une surcroit de fluidité au vin - c'est idiot, peut-être, mais à chacun ses marottes, celle-là ne fait de tort à personne.

Faut-il avoir une collection de verres de différentes formes et tailles, chacun adapté à un type de vin? Certains verriers vont assez loin dans la démarche - on trouve même des verres spécial cabernet, ou spécial merlot...

Je ne veux pas vous en dégoûter. J'ai essayé, et c'est vrai que certains verres semblent fonctionner mieux que d'autres. Mais c'est contraignant. J'ai bien acheté un jour 6 verres à vin d'Alsace, avec le joli pied vert, mais je ne les sors pas si souvent, même quand je bois des vins d'Alsace ou allemands. Le calice est trop bas pour que je puisse faire tourner le vin sans risquer d'en projeter sur la robe de la voisine (et ça peut m'arriver).

Comme je ne peux pas choisir les verres qui me sont proposés dans les dégustations organisées part les producteurs, et comme je déguste pas mal de vins différents dans une semaine, je me dis que pour la comparabilté des résultats, mieux vaut m'en tenir à un type de verre. En général, donc, c'est un grand Schott. Les Riedels sont bien aussi, pour ce que j'ai pu essayer lors de certains concours; au détour de quelques voyages de presse, j'ai aussi pu apprécier les verres de la Verrerie de Champagne, et les Spiegelau. Mais je n'en ai pas.

Ma consoeur et amie autrichienne Luzia Schrampf me conseille les verres Zalto - une maison autrichienne que François Mauss, du GJE, semble aussi apprécier.  Un jour, peut-être, quand je serais riche, je rachèterai des verres.

Je n'ai pas d'actions chez les verriers, je n'ai pas non plus d'intérêts cachés, mon seul conseil, pour vous, c'est de vous acheter des verres qui vous plaisent, à l'oeil, à la bouche et au nez - de les essayer avant, donc, sur une petite série. Le but étant d'avoir du plaisir, et non des scrupules à les sortir de votre armoire, pour honorer vos vins et les amis à qui vous les servez.

J'avine mon verre à chaque fois je change de type de vin; pas si c'est le même cépage ou assemblage. Mais si je veux faire une dégustation comparative, je sors autant de verres que de vin s- mais rarement plus que quatre, car je préfère faire de courtes séries, quitte à faire des tris et à revenir sur les vins.

Est-ce un hasard - je ne le pense pas - mais j'ai adopté le même modus operandi pour les dégustations de type familial - bien que là, il ne s'agit pas de déguster, plutôt de boire. Je sors donc un petit nombre de verres (3 par personne, tout au plus). Et un petit nombre de vins. Quand je démarrais dans le métier, j'avais envie de faire découvrir un maximum de vins à ceux que j'invitais; sauf pour les fondus de vin, c'était barbant. Tout le monde ne boit pas au même rythme, tout le monde n'est pas curieux, tout le monde ne fait pas l'effort de chercher les différences; bref, j'ai gâché de bons vins que j'aurais pu apprécier bien mieux en tout petit comité, entre passionnés. Cela m'a vite passé.

En général, donc, à table, je sers un apéritif (un effervescent, le plus souvent), puis un blanc adapté au premier plat, puis un beau rouge. Je reviens souvent sur le blanc pour le fromage s'il y en a. Pour le dessert, je propose suivant les cas un deuxième verre du mousseux ou bien un liquoreux, selon le type de dessert. Je ne débouche donc pas plus de 4 vins, que je sers dans trois verres. J'ai essayé de me passer des flûtes (car personnellement, j'aime autant un effervescent dans un verre un peu plus large). Mais mes invités apprécient moins, et quand on invite, c'est d'abord à eux qu'il faut penser. Alors j'en suis revenu à la flûte pour les bulles (je n'ai pas de coupes).

On peut faire mieux, on peut faire plus; mais c'est le moyen terme que j'ai trouvé, avec le temps, entre la désacralisation du vin (qui me semble préjudiciable), et le tra-la-la.

Autant je ne me vois pas servir un beau vin dans un verre à moutarde (ou même un verre de bistrot), autant à trop en faire, je trouve que l'on prend le futile pour l'essentiel, et que l'on risque de se dégoûter de l'expérience.

50 verres à laver à la main, après la fête, ou le lendemain matin, voila qui peut décourager pour longtemps de sortir de grandes bouteilles...

08:45 Écrit par Hervé Lalau dans Allemagne, Alsace, Autriche, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |

17 septembre 2013

Quelques chiffres sur les Foires aux Vins en Belgique... et quelques exemples chez Delhaize

Selon le panelliste GfK, chaque ménage belge dépense en moyenne 250 euros par an pour l'achat de vin (auxquels il faut sans doute rajouter environ 10% d'achats en direct à l'étranger, principalement en France).

Difficile d'estimer ce que les Foires aux vins représentent dans ce chiffre tant les grandes enseignes pratiquent, soit l'intox, soit le flou. Une estimation raisonnable: entre 10% et 15% des ventes totales de l'année en volume, et 20% en valeurs - car les Foires sont l'occasion pour les Belges d'acheter des bouteilles un peu plus chères, notamment des Bordeaux - une région qui, pour l'oenophile du Royaume, reste une institution. Un peu comme les tomates-crevettes, les Diables Rouges, le Coucou de Malines, les fraises de Wépion... et les querelles linguistiques.

Curieusement, Francophones et Néerlandophones semblent s'accorder pour mettre du Bordeaux dans leurs caves - même si, pouvoir d'achat oblige, c'est en Flandre et à Bruxelles que les bouteilles les plus chères partent le plus vite.

Le Mois du Vin chez Delhaize

Voici quelques exemples de prix tirés de l'opération "Le Mois du Vin", chez Delhaize.

C'est une foire sans en être une, car fidèle à sa réputation de "Sommelier de la GD belge", Delhaize préfère pousser son fond de rayon permanent (avec des décotes allant jusqu'à 30%), plutôt que de faire des coups sur des vins hors assortiment. Une minorité de vins sont exclusifs à cette opération, et encore pourra-t-on les retrouver, pour la plupart, sur le site spécialisé de l'enseigne, Delhaize Wineworld.

Cette sélection reflète donc assez fidèlement le travail (soigné) des acheteurs de l'enseigne à longueur d'année, plutôt que l'art des achats en parallèle. 

Commençons avec les Bordeaux: le Saint Julien Château Saint Pierre 2010 est à 65,88 euros, le Pomerol Château Gazin 2010 à 63,20 euros, le Margaux Château Rauzan-Gassies 2010 à 46,67 euros et le Saint Emilion Château La Couspaude 2010 à 40,76 euros. Mais ce sont un peu les arbres qui cachent la forêt: l'essentiel des prix des Bordeaux proposés par l'enseigne au lion se situent en dessous de 6 euros.

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Du côté des autres régions aussi, la tendance est plutôt aux petits prix: mise à part un Nuits-Saint-Georges de Louis Latour à 34,60 euros, le choix de vins de Bourgogne (assez orienté vers les vins du Mâconnais ou de la Côte Chalonnaise), fait la part belle aux vins de moins de 10 euros. Idem en Loire et en Rhône (avec une sélection assez ramassée, il est vrai, respectivement 9 et 11 vins).

Même chose du côté des vins italiens: sur les 16 vins proposés, seul un dépasse les 8 euros: l'excellent Montefalco Rosso 2009 d'Arnaldo Caprai (dont on s'étonnera un peu de le retrouver en Grande Distribution, mais c'est une autre histoire).

L'offre espagnole est nettement plus fournie (37 vins), parmi lesquels ont trouve la bouteille la moins chère du tarif: un vin sans indication géographique de provenance, à 1,91 euro. Enlevez les taxes, la bouteille et le transport, il ne reste pas grand chose pour le vin!

Notons quand même que c'est aussi d'Espagne que viennent le Contino Vino Del Oliva 2003 (48,37 euros) et le Gran Claustro 2005 (39,20). Et côté rapport qualité prix, le Somontano Granacha-Syrah 2011 de Viñas del Vero, tout en gourmandise.

Autres pays représentés: le Portugal (14 vins, parmi lesquels le fringant Douro Altano Quinta do Altade 2010 à 10,16 euros), le Chili (9 vins), l'Afrique du Sud (7 vins, dont le joli Jordan Bradgate 2011), l'Argentine (7 vins), l'Autriche (4 vins), l'Australie (4 vins), l'Allemagne (3 vins), le Luxembourg (3 vins), les Etats-Unis (2 vins) et la Nouvelle-Zélande (2 vins, dont le superbe Pinot Noir 2010 de Southbank Estate, à faire damner bien des Bourguignons). Sans oublier un vin belge, le Ry d'Argent 2010, assemblant deux nouveaux cépages allemands, le Cabernet Jura et le Régent (pas d'avis, jamais dégusté).

Au total, Delhaize propose quelque 230 vins en promotion (dont 13 effervescents) du 12 septembre au 9 octobre 2013. La sélection des vins bio (20 produits) a fait l'objet d'un chapitre à part dans le catalogue édité pour l'occasion.