19 mars 2016

Le vin d'Allemagne, cet inconnu

C’est drôle. Nous autres Français vantons la qualité des produits manufacturés d’Outre-Rhin. Nous achetons leurs voitures, leurs camions. Nous acceptons les euros de leurs touristes. Nous reconnaissons volontiers la puissance de leur économie et de leurs équipes de football. Nous avons même fait l’Europe avec eux. Et puis la brigade franco-allemande. Mais acheter leurs vins? Ah ça non!

L’Europe du vin est souvent à sens unique. Les Allemands nous achètent nos Alsace, nos Bordeaux, nos Bourgogne, nos vins du Midi. Mais nous dédaignons leurs Baden, leurs Mosel, leur Pfalz, leurs Franken.

Correction: nous les ignorons. Quel importateur a jamais vraiment pris la peine de nous les présenter? Nous ne les connaissons pas. C’est dommage pour l’honnête homme épris de vin. Comment un oenophile pourrait-il prétendre apprécier le riesling, par exemple, s’il ne connaît que les versions alsaciennes?

Deutsche Präzision

Car l’Allemagne a de très belles choses à faire valoir en matière de viticulture.

Deux mille ans d’histoire viticole (les Romains, toujours eux!).

Une école de viticulture, Geisenheim, de réputation mondiale.

De vrais terroirs; des crus bien identifiés sur l’étiquette, même si leurs noms à rallonge sont souvent un peu rébarbatifs pour les Francophones. C’est que les Allemands sont des gens précis. Ils indiquent la région (elles sont treize); le district ou Grosslage (ce sont les crus au sens large, ils sont 160); et même, pour les vins fins, l’Einzelllage (les parcelles, crus au sens strict). Elles sont plus de 2.600.

Et puis, pour faire bonne mesure, ils indiquent le type de vin (sec, demi-doux, doux, spätlese, auslese, trockenbeerenauslese, eiswein). Difficile, avec un riesling allemand, de niquer votre truite au bleu avec du sucre résiduel que vous n’attendiez pas. Précis, je vous dis, le Teuton…

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 Le vignoble allemand (partie ouest)

Surtout, l’Allemagne peut aligner aujourd’hui toute une Mannschaft de grands vignerons. Dans la famille Müller, il n’y a pas que Thomas ou Gerd, il y a aussi Egon, par exemple. Mais on peut citer aussi Bürkling-Wolf,  Dr. Loosen, Adeneur, Wittmann, Fürstliches Castell’sches Domäneamt, Reichgraff von Kesselstatt, Reichsrat von Bühl, Robert Weil…

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Ralf Anselmann, (photo ©  H. Lalau)

 

Deutsche Diversität

Ce n’est pas non plus que le style de leurs vins soit rébarbatif à nos palais. Après tout, nous apprécions les vins d’Alsace, dont les cépages sont tout aussi rhénans que ceux de Rheingau, de Baden ou de Pfalz – comme le soleil brille pour tout le monde, le Rhin coule pour tout le monde. La Moselle aussi. Et au risque de choquer mes amis lorrains, ce qui se produit en Moselle allemande est autrement plus abouti que du côté français.

Notons que la production allemande est plus diversifiée qu’on ne le pense généralement; elle n’est pas faite que de blanc; le Spätburgunder (notre pinot noir) est présent là-bas depuis le Moyen-âge. On dit que ce sont les bons moines de Citeaux qui l’ont apporté. Il y donne de superbes résultats, notamment en Baden et dans la petite région de l’Ahr. Toujours en rouge, le Saint Laurent et le Dornfelder peuvent aussi donner de beaux vins.

Bien sûr, on trouve aussi chez eux de l’Elbling pas mûr et du Müller-Thurgau de trop gros rendements, de la bibine juste bonne à tuer le ver, des vins de négoce pour Diskont-Supermärkte, de la bonne vieille daube de coopérative industrielle  – ils sont comme nous, je vous dis!

Les vignerons allemands ne sont ni meilleurs ni moins bons que les nôtres. Ils ont leurs traditions, leur culture, mais la vigne reste la vigne. Les frontières sont arbitraires (est-ce la Deutsche Weinstrasse qui commence à Cleebourg, ou la route des vins d’Alsace?), et le vignoble alsacien porte encore énormément de traces du régime allemand – la flute rhénane, les winzergenossenschaft – pardon, les coopératives, la désignation des vins par les noms de cépage, les vendanges tardives, les sélections de grain noble, etc…

Côté terroirs, nous avons nos graves, notre kimmeridgien, nos galets roulés. Les Allemands ont leurs différents types de schiefer, leur ardoise locale (salut Claudia!); et puis leur loess, et même des poches de roches volcaniques, comme au Kaiserstuhl.

Leurs climats sont plus variés qu’on ne le pense (quand on y pense). Et plus chauds, par endroit. Saviez-vous qu’on trouve des figues dans le Palatinat et dans le pays de Bade? Et même des orchidées… Par ailleurs, comme dans toutes les zones septentrionales, l’exposition au soleil, les masses d’eaux et la protection au vent jouent un rôle très important. Le « climat », au sens de cru, est une notion primordiale. Certains sont réputés depuis des siècles, comme nos climats bourguignons. Enfin, réputés, mais pas de ce côté-ci du Rhin.

Vu de Belgique

Du poste de vigie bruxellois d’où je vous parle, les choses sont un peu différentes, parce que l’on trouve plus facilement des vins allemands en Belgique.

Oh, pas tant que ça! Mais il y a un courant d’affaires. En région flamande, notamment, les blancs allemands, très secs ou très doux, gardent des adeptes. Et puis, la jolie ville romaine de Trèves, la petite capitale de la Moselle allemande, n’est qu’à deux heures et demie de Bruxelles ou d’Anvers, une heure et demie de Liège ou d’Hasselt.

Malgré tout, quand Carrefour s’est avisé de proposer un carton des six grandes nations viticoles de la Coupe du Monde 2014, l’enseigne a choisi six bouteilles venant d’Italie, d’Espagne, du Portugal, de France, d’Argentine et du Brésil. Voila qui n’a guère porté chance aux trois premières nations, éliminées dès le premier tour. Mais surtout, une grande nation du football et du vin était absente: l’Allemagne.

« Ceux qui m’aiment prendront le train… »

Pour combler cette lacune, je vous propose de lever un verre d’un vin vraiment représentatif du savoir-faire allemand.

Anselmann

Essinger Sonneberg Silvaner Eiswein 2009

Il s’agit d’un Eiswein de la Maison Anselmann. Plus précisément, d’un Pfalz Essinger Sonnenberg. Pfalz, c’est le nom allemand du Palatinat (ancienne villégiature des troupes de Louis XIV), Essingen, c’est le village, et Sonnenberg (la colline ensoleillée), le cru.

Eiswein, pour les Französich, c’est vin de glace. Un vin issu de raisin récolté gelés, une sorte de cyoextraction naturelle. La seule admise en Allemagne.

Quant au cépage, il s’agit d’un silvaner (oui, de ce côté de la frontière, le y se change en i).

Je suis sûr qu’une bonne partie d’entre vous n’attendaient pas cette variété à si belle fête:

-Un sylvaner en vin de glace! T’as vu jouer ça où, Hervé?

-Oh, pas loin, tout près de Landau. Une ville française jusqu’en 1815, à propos. De Wissembourg, ça fait une demie heure de train. Vous avez un direct toutes les heures à partir de 8 heures (départ de Wissembourg à 8h33, arrivée à Essingen à 9h07).

Au fait, le sylvaner, ça peut être autre chose qu’un vin du patron pour brasseries à touristes; essayez un peu ceux de Franconie…

Mais oublions un instant l’étiquette pour nous intéresser au vin.

La robe est bien dorée, brillante. Le nez est plus riche que la Bundesliga. Abricot, mangue, coing, amandes fraîches se bousculent au portillon du stade; la bouche, elle, surprend par sa fluidité – avec un tel nez, on s’attend à un monstre de sucrosité, et là, überraschung, une belle acidité balance le sucre, c’est délicat, élégant. Je dirais même « ralfiné » – le vigneron, que j’ai connu à Neustadt, à l’occasion de Mundus Vini, s’appelle Ralf. Avec sa soeur, Ruth et son frère Gerd, il dirige aujourd’hui cette maison familiale de taille importante pour la région – 100 ha. Pour info, sa gamme comprend bien d’autres trésors – des Eiswein de Dornfelder ou de Pinot Noir (!), et puis de très beaux vins secs, en rouge comme en blancs – et notamment un superbe gewurztraminer, chose assez rare en Allemagne.

Je croise Ralf de temps à autres dans les concours, à Séville, à Paris, à Québec. Comme mon allemand est un peu rouillé, nous parlons un sabir de français et d’espagnol – une langue qu’il maîtrise très bien. Car vous savez quoi? Ralf s’intéresse aux vins du monde entier, lui; des Amontillados andalous aux Amarones vénitiens en passant par les vins du Niagara, d’Argentine, de Bourgogne. Et même les Alsace.

Peut-être qu’un jour, nous aussi, en France, on s’intéressera à ses vins…

« Ceux qui m’aiment prendront le train… ».

 Contact: Weingut Anselmann

20:44 Écrit par Hervé Lalau dans Allemagne, Alsace | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

05 février 2016

Don't give me your elegance and structure bullshit

"Fuck you and your effete European wines..." ;-)

 

00:22 Écrit par Hervé Lalau dans Allemagne, Etats-Unis, Pour rire | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |