11 février 2013

Le pape "démissionne" - vraiment?

C'est la nouvelle du jour, qui éclipse même le scandale des lasagnes à la viande de cheval: le Pape démissionne.

Aucun rapport avec le vin - sauf peut-être le fait que ce Pape, lors de son premier discours, se soit présenté comme "un humble vigneron dans les vignes du Seigneur".

Et la raison pour laquelle je vous en parle est tout autre: cette "démission" est un abus de langage, de la part des commentateurs.

Le Pape ne démissionne pas - à qui présenterait-il sa démission? En réalité, il décide, de lui-même, d'abandonner sa charge.

La nuance est d'importance - il n'y a pas en effet, dans l'Eglise catholique, de directoire, de conseil d'administration en mesure d'accepter une "démission" du Pape.

Ce petit point de terminologie ne pèse sans doute pas grand chose dans le tourbillon médiatique qui nous environne aujourd'hui. Que vous habitiez à Tombouctou, à Lézignan-Corbières ou à Oulan Bator, on vous abreuve aujourd'hui de nouvelles en provenance de tout le Village Mondial.

L'information n'a jamais aussi bien circulé - jusqu'à la nausée, car trop d'info, parfois, tue l'info. Mais toutes les nouvelles sont-elles bien vérifiées? Sont-elles toutes exactes, toutes bien formulées? Va savoir! Nous passons notre vie à entendre, à écouter, à réagir à des informations que nous ne sommes pas en mesure de contrôler.

C'est la mission des journalistes, me direz-vous. Oui, mais le modèle actuel de la presse - dépêches d'agence peu ou mal redigérées, course au moins disant financier, syndication des nouvelles internationales ou locales, amplification des vraies ou fausses nouvelles par les blogs ou les médias dépourvus de vraies rédactions, tout cela contribue à une baisse de la qualité de l'info. Nous n'avons jamais autant "informé", et nous n'avons jamais investi aussi peu pour le faire.

Un lecteur (ou un auditeur) averti en vaut deux.

13:35 Écrit par Hervé Lalau dans Allemagne, Vins de tous pays | Tags : information | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |

02 février 2013

Connaissez-vous Chrétien Oberlin?

Connaissez-vous Chrétien (ou Christian) Oberlin? Laissez-moi vous compter un peu de son histoire...

Enfant de Beblenheim, fils de viticulteur, Chrétien nait français, en 1831. Il devient d'abord ingénieur et participe à la construction de la ligne de chemin de fer Sélestat-Sainte Marie aux Mines.

Mais c'est à l’agriculture qu'il consacre l'essentiel de sa vie, et notamment à la vigne.

Chrétien_Oberlin_(1831-1916).jpg

Chrétien/Christian Oberlin (Image: Oenophil)

1875. L'Alsace-Lorraine est allemande. Mais quelque soit la nationalité de l'occupant, comme toute l’Europe viticole, la région est atteinte par le phylloxéra. Oberlin est un des premiers à s’intéresser scientifiquement au phénomène.

En 1881, il édite un mémoire à Colmar, présentant des solutions à la question phylloxérique.

Ayant remarqué que les vignes sauvages ne sont pas affectées, il sélectionne des plants résistants par hybridation. Il contribue grandement à sauver le vignoble alsacien en généralisant la greffe sur plants américains. On lui doit aussi l’Oberlin, un croisement entre riparia et gamay, toujours autorisé aujourd'hui dans l’Est de la France… et qu’on retrouve jusqu’au Paraguay!

Puis, en 1897, il fonde l’Institut du Vin d’Alsace, à Colmar. Infatigable chercheur, il sélectionne les plants utilisés aujourd’hui en Alsace, à partir d’un nombre beaucoup plus grand. C'est à lui qu'on doit notamment le pinot blanc d'Alsace, tel qu'on le connaît aujourd'hui.

Par ailleurs, il généralise les vignes palissées.

Le tout, sous administration allemande. Oberlin meurt en 1916 et ne verra donc jamais le retour de l'Alsace à la France.

Ne jetons donc pas le bébé alsacien avec l'eau du bain allemand: c'est à l'ombre des casques à pointes, en effet,  que renaît le vignoble alsacien. Que l'ampélographie connaît une des ses plus fastes périodes. Et qu'est fondée (en 1895) la première coopérative viticole de France, la “Rappoltsweiler Winzerverein" (Union des Vignerons de Ribeauvillé)...

Bilingue, Oberlin a servi les deux pays, mais il a surtout bien mérité de la viticulture.

A l'heure européenne, voila un bel exemple!

PS. Les vignes de l'Institut du Vin de Colmar ont été repris pas la ville, qui a fondé une société d'économie mixte.

Le plus gros des parts de cette société a été racheté en 2011 par Arthur Metz, qui vient de donner une solide coup de jeune a la gamme - qui reste indépendante au plan de la vinification comme des apports.

Je vous parlerai bientôt des vins de cette gamme, que j'ai pu déguster sur place, l'an dernier, et plus récemment, chez moi.

00:47 Écrit par Hervé Lalau dans Allemagne, Alsace, France | Tags : ampélographe | Lien permanent | Commentaires (6) | | | |