19 juin 2013

"Les plus beaux rosés du Monde" selon Alexis Goujard

Alexis Goujard écrit à la Revue du Vin de France et y signe un dossier sur les rosés.

Ne le connaissant pas, je ne peux donc émettre aucun jugement sur ses compétences professionnelles.

Mais quand je lis la phrase suivante, je sors de mes gonds: "C’est d’ailleurs en Provence que sont produits les plus beaux rosés du monde".

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C'est en Provence... et nulle part ailleurs?

Sur quoi au juste mon auguste confrère base-t-il cette affirmation lapidaire? Qui décide? Le meilleur journaliste du monde? Et sur la foi de quelles dégustations? Je ne l'ai pas vu au Mondial du Rosé, cette année. Mais peut-être était-il en reportage dans d'autres grandes régions du rosé. A Tavel? En Anjou? Ou bien à l'étranger?

Car je suppose que M. Goujard a goûté beaucoup de rosés de Navarre ou de Tunisie, pour faire à ce point autorité. Et puis des Pouilles, aussi. Du Portugal. D'Afrique du Sud. En a-t-il fait le tour? Et qu'est-ce qui l'autorise à conclure de manière aussi péremptoire? Au fait, comment définit-il la beauté? Qu'est-ce pour lui que le plus beau rosé du monde?

Je crois que même le Directeur des Côtes de Provence, mon copain François Millo, n'oserait jamais se montrer aussi chauvin.

Tant de "goujarterie" vis à vis des autres producteurs de beaux rosés dans le monde, c'est la goutte d'eau qui fait déborder... mon verre de Col de l'Orb (un excellent Saint Chinian rosé de la Cave de Roquebrun).

 

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Saint Chinian, autre beau terrroir à rosés (et colorés, en plus)

On touche là aux limites du journalisme viticole. M. Goujart fait-il de ses goûts une généralité? Veut-il imposer sa vision personnelle du vin? Ou bien se borne-t-il à répéter de vieux poncifs, le "wishful thinking" de certains Provençaux pour qui la planète rosé commence à Aix et s'arrête à Fréjus? Est-ce de l'arrogance de sa part, ou bien un simple copier-coller intellectuel?

M. Goujard, avec tout le respect que je dois à un confrère, on ne peut pas écrire ce genre de choses.

D'ailleurs, il n'y a pas de plus beau rosé du monde, pas plus qu'il n'y a de meilleur vin du monde, n'en déplaise à M. Parker pour qui on le trouve à Bordeaux.

Et j'espère bien qu'il n'y en aura jamais, car ce serait une insulte à la diversité, au pluralisme, à la liberté de choix.

Et le plus drôle, c'est que bon nombre des rosés de Provence sélectionnés par M. Goujard, et qu'il énumère en dessous de cette malencontreuse introduction... me plaisent.

La Bégude? OK. Toasc? OK. Roquefort? OK. Château Bas? OK. Château Simone? OK.

Bon, Alexis, on ne se connaît pas; alors, on ne  va pas déjà se fâcher!

Tout le monde peut écrire une bêtise, il suffit de la reconnaître. Faites-moi plaisir, essayez d'autres rosés et on en reparle...

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Afrique du Sud, France, Provence, Tunisie, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (7) | | | |

10 juin 2013

"Couper n'est pas rosé"... la saga continue

On pensait la querelle vidée depuis que, revenant sur sa première décision sous la pression française, l'Union Européenne avait finalement décidé d'interdire le rosé de coupage - comprenez, assemblant blanc et rouge. C'était en 2009.

Mais non! Aujourd'hui, certains responsables français veulent aller plus loin: faire voter à l'OIV l'interdiction du coupage, afin que l'Europe puisse interdire aussi l'importation de ce type de vin.

Car il paraît que de mauvais Français importent des rosés de coupage d'Afrique du Sud.

En outre, malgré l'interdition européenne, il se murmure que certains producteurs hexagonaux eux-mêmes ne joueraient pas le jeu. Je ne parle pas du Champagne, qui bénéficie d'une (curieuse) exemption. Je parle de ceux qui, ayant de gros stocks de blanc sur les bras, seraient plus que tentés de les colorer d'un soupçon du rouge. La mode étant au rosé pâle, ce n'est pas difficile.

Bref, pour Bernard Devic, le président d’Intersud, "Le rosé est en réel danger. Nous n’avons pas de définition officielle du rosé. Si rien n’est fait pour rectifier le tir, nous allons vers une crise du rosé dans les 3 ans à venir".

rosé de coupage, couper n'est pas rosé, OIV

En Afrique du Sud, les paysages sont vastes, la nature sauvage et l'on fait le rosé comme on veut

(Photo H. Lalau)

En conséquence de quoi, le monde devrait s'aligner sur l'Europe comme l'Europe s'est alignée (à contrecoeur) sur la France.

J'ai mes doutes. Car au nom de quoi l'OIV, organisme de normalisation technique, interdirait-elle l'assemblage d'un vin blanc techniquement irréprochable avec un peu de rouge irréprochable? Et en quoi est-ce pire s'assembler des vins que d'assembler des mouts ou des raisins? Rappelons en effet que bon nombre de nos AOC comptent des cépages blancs dans l'encépagement autorisé pour les rosés...

J'en suis donc resté à ma position d'il y a 4 ans. Derrière ces beaux discours se cachent des enjeux protectionnistes, des arrières-pensées mercantiles. Ce que craignaient les AOC (qui peuvent de toute façon interdire le coupage dans leurs cahiers des charges), ce n'est pas que les Côtes de Provence, les Tavel, les Fronton, les Bandol, les Anjou ou les Bordeaux passent au coupage, c'est que leurs producteurs se tirent avec leurs stocks de blancs et fassent du rosé de coupage en Vin de France. Le consommateur était bien le cadet de leurs soucis.

Et aujourd'hui, ils veulent imposer cette interdiction à toute la planète vin, afin que leurs producteurs eux-mêmes ne les obligent pas à revenir un jour sur cette règle en Europe.

Personne, pourtant, parmi ce beau monde, ne peut prouver que le rosé coupé est moins bon que le rosé de saignée ou le rosé de presse (j'ai testé au Chili et en Afrique du Sud, ma réponse est non).

Personne, parmi ce beau monde, ne se demande si ce ne serait pas une bonne idée de laisser nos  producteurs faire du rosé de coupage pour concurrencer les pays du Nouveau Monde sur les marchés tiers.

Surtout, personne, parmi ce beau monde, ne se demande ce que le consommateur attend. Sait-il seulement comment est fait le rosé, notre ami le consommateur?

En ce qui me concerne, je n'ai pas besoin d'une nouvelle définition, juste de bons produits, quelque soit leur type d'élaboration.

Que les Français mettent sur l'étiquette le procédé qu'ils utilisent, si ça leur chante. Je ne suis pas certain que cela impressionne beaucoup le buveur moyen, mais c'est leur problème.

Mais de grâce, qu'ils fichent la paix à tous les autres producteurs qui ne leur ont rien fait, et qui ont le droit, à mon sens, de faire le produit qu'ils veulent.

Marre de toutes ces règles conçues soit disant pour protéger le consommateur, mais en fait, pour protéger le pré carré de certains producteurs.

Et si l'on parlait plutôt de l'abaissement de la teneur maximale en soufre? Voila pourtant un critère objectif pour la santé du consommateur, non?