15 juin 2008

Au pied de l’arc-en-ciel

Eric Boschman, en goguette au pays des Springboks, nous initie aux charmes des vins sud-africains. La suite dimanche prochain, si vous êtes sages...

C’est bientôt la coupe du Monde de foot, oui, je sais, l’Euro n’est pas encore terminé, mais il faut regarder demain, histoire d’avancer. Et où qu’elle se passe la prochaine ? Dans la nation arc-en-ciel. Vous venez de lire dans vos médias préférés que le pays est à feu et à sang. Peut-être, mais pas dans la région du Cap, même si l’on perçoit partout, très clairement, que la sécurité est un problème important, c’est quand même la première fois de ma vie que je peux voir des vignobles entourés de clôtures électriques de trois mètres de haut. Ça impressionne un peu, l’air de rien. Ceci dit, je peux vous rassurer, on travaille bien autour des stades, même si parfois l’électricité vient à manquer, ça à l’air d’avancer. Bon, mais moi le foot, à part à la télé, c’est pas ça qui va me motiver à me taper une vingtaine d’heures de voyage l’un dans l’autre au départ de Bruxelles, y’a des limites.

Donc, je suis parti pour aller boire. Une fois de plus. D’ailleurs ma mère me le reproche souvent. Cette fois, pour ne plus l’entendre, j’ai mis quelques milliers de kilomètres entre elle et moi. J’ai beaucoup goûté, presque autant que ce que j’ai craché. Le léger différentiel entre les deux mouvements d’entrée et de sortie directe étant causé par la nécessité de faire passer les filets de Koudous et autres spécialités locales parfois un peu sèches. Evidemment, à ce rythme-là, mes chemises ont rétréci, je suis mûr pour un passage chez Gulliver… Bon, c’est pas tout ça, faudrait peut-être en venir aux choses sérieuses.

Je me propose de vous entretenir deux fois des vins de là-bas. Cette semaine, on fait histoire, géo et considérations vaseuses habituelles, la semaine prochaine je vous cause de mes dégustations, mais avec des produits importés et donc disponibles sur nos marchés. Réservez dés à présent vos pistolets et votre journal préférés. Ça c’est du marketing, dingue ! L’histoire des vins d’Afrique du Sud est relativement récente, surtout comparée à celle du Liban. Il n’empêche que les choses ne datent pas d’hier matin quand même.

Tout commence en 1651, quand la Compagnie des Indes Orientales mandate un gars pour qu’il établisse dans la région du Cap des Tempêtes un endroit où les navires pourraient se ravitailler et tout et tout. Le 6 avril 1652, après avoir perdu quelque 130 personnes au cours du voyage, Jan Van Riebeeck atteignit la baie de la montagne de la Table. Très vite, il ordonne la plantation de vignes. En 1659 a lieu la première vendange. L’Afrique du Sud possède d’ailleurs le privilège rare de pouvoir dater sa première récolte, à l’inverse de bon nombre de pays. N’empêche qu’au début, les productions locales étaient plutôt proche du concept judéo-chrétien de la souffrance que du Carpe Diem. C'est le nouveau gouverneur Simon Van der Stel qui permettra le développement qualitatif de la viticulture sud-africaine. L’homme est tellement important pour l’histoire des vins du pays qu’il a donné son nom à toute une région, probablement la plus qualitative, d’ailleurs, du pays :  Stellenbosch. Entre-nous, c’est quand même le genre de truc qui doit un peu provoquer des problèmes d’ego. J’imagine dans deux cents ans, les touristes qui visiteront la Wallonie et sa région viticole bien connue du Boschmanland, waoooow, quand je pense que j’avais presque le moral dans les espadrilles, là, d’un coup, ça va mieux. Il développa aussi le domaine de Constantia où l’on élabora le vin favori de Bonaparte lors de son exil à Sainte Hélène. Vers la fin du XVIIème siècle, Louis XIV révoquera l’Edit de Nantes, ce qui va donner l’occasion à quelques centaines de protestants de venir s’installer dans la région du Cap, une vallée porte encore aujourd’hui le délicieux nom de Franschhoek.

Les premières exportations vers l'Europe datent de 1761 quand même. Bon comme presque partout, au départ la production essentielle est plutôt de type vin doux naturel, vins mutés, c’est à  dire pour parler platement, ces trucs que l’on nomme à tors : « Porto ». Ajouter de l’alcool dans le vin, c’est une façon plutôt sûre de le conserver et de lui permettre de voyager. C’est en plus un hit dans les pays anglo-saxons, il ne faut pas l’oublier.  L’autre période importante de l’histoire viticole locale est 1918 : la création de la coopérative KWV (Koöperatieve Wijnbouwers Vereniging van Zuid-Afrika Bpkt) qui regroupe 95% des producteurs. La KWV fixera les rendements à l'hectare et le prix du vin dès 1924. Cette coopérative ne changera de forme qu’à l’aube des années 2000. On peut dire sans crainte que le dynamisme viticole actuel du pays doit une fière chandelle à cette institution. La fin de l’apartheid va permettre aux vins locaux d’enfin accéder aux marchés internationaux, de s’y mesurer et d’y gagner de haute lutte leurs galons.

A titre d’exemple, le récent « Concours Mondial de Bruxelles » vient justement de couronner plus d’une centaine de produits d’une pluie de médaille ainsi que du label exceptionnel de meilleur vin rouge de la compétition une Syrah locale. S’il ne fallait retenir, en fin de compte, qu’une date pour les vins du pays, ce serait 1925, l’année du développement par Abraham Perold du Pinotage à l’université de Stellenbosch. Le seul vrai cépage local. A l’heure de la globalisation des saveurs, c’est un des atouts majeur de l’industrie viticole locale. Même si ce cépage fait souvent débat auprès des productivistes et des esprits chagrins, il est le porte drapeau incontestable d’un goût du vin Sud-Africain bien défini. C’est quand même ça que nous voulons quand nous buvons du vin, en dehors de ses qualités techniques évidentes, nous voulons qu’il vienne de quelque part évidemment. Les Cabernets sans âmes et autres chardonnays ronrons qui n’ont d’autre origine que leurs fermetures a vis, synthétique ou en liège sont fait pour les bois sans soifs. Les vins qui ont un accent local sont pour nous. Allez, courage, plus que sept fois dormir et vous pourrez presque goûter.

Eric Pinotage Boschman 

10:09 Écrit par Hervé Lalau dans Afrique du Sud | Tags : vin | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

14 avril 2008

Hartenberg Pinotage 2003

Disons le tout net : question typicité, les vins d’Afrique du Sud ne nous emballent pas toujours. Il y a des exceptions, bien sûr, et parmi elles, on trouve souvent du pinotage.
 
 
hartpino

 

Celui d’Hartenberg (Stellenbosch) en est un bon exemple. Pourtant, cette cave plus que tri-centenaire y est venue plutôt tardivement : ses premières plantations de ce croisement typiquement sud-af (pinot et cinsault, rappelons-le) datent de la fin des années 90, et son premier millésime de 2001.
Ce 2003, c’est un peu le meilleur de deux mondes : le fruit exubérant d’un côté (mûres, groseilles), des notes fumées et une bouche plus complexe de l’autre (cannelle, muscade, poivre). L’ensemble est de genre gouleyant, comme on dirait d’un gamay, l’acidité n’est pas très marquée, mais la trame tannique est suffisante pour tenir l’ensemble.
Pour info, le 2004 vient de recevoir au Cap le Best Pinotage Trophy 2007.

Hartenberg Estate, 0027 21 865 2541

06:14 Écrit par Hervé Lalau dans Afrique du Sud | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |