22 janvier 2015

Le Swartland, nouvel eldorado du vin sud-africain?

C'est la région qui monte, actuellement dans la viticulture sud-africaine.

Au Nord-Ouest des grandes zones viticoles traditionnelles du Cap (Stellenbosch, Paarl, Franschhoek, Constantia...), elle offre un climat sec, une faible pression de maladies, des terroirs variés...  et des prix de terrains avantageux. Elle a attiré un joli groupe de jeunes vignerons, ces derniers temps, qui commencent à faire parler d'eux. Leur crédo: liberté et expression. Pas vraiment de profil type, mais des vins à boire, ni trop chaleureux, ni trop confiture, ni trop boisé, pas trop nouveau monde, en gros. 

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Photo (c) Swartland Independent

Cette jeune dénomination est la preuve vivante que la viticulture n'est pas qu'une affaire de tradition, qu'elle se réinvente tous les jours un peu partout - enfin, si on le lui permet. C'est aussi la preuve que la vieille Europe n'a pas le monopole du grand terroir à vin. Ni même de l'exigence qualitative.

Des terroirs, en Afrique du Sud, il y en a, comme ailleurs. Il y en même encore à découvrir; car qu'est-ce que le terroir sans le vigneron pour le révéler?

A noter que bon nombre de ces nouveaux venus sont bio.

Ils ont une association, "Swartland Independent", plutôt sympathique, dont les membres s'engagent à respecter un cahier des charges assez intelligent:

-Une liste de cépages préférentiels (mais qu'on peut compléter de 10% d'autre chose); parmi ceux ci, on note une certaine prédilection pour les variétés rhodaniennes et méditerranéennes (syrah, grenache, mourvèdre, carignan... et même de la tinta barroca). Mais chacun peut les assembler à sa guise, sans états d'âme. On peut donc aussi bien trouver des 100% Carignan ou des 100% Tinta Barroca que des assemblages de 5 ou 6  cépages. La vérité est dans la bouteille.

-L'obligation de n'utiliser que des raisins de la région (pas évident partout en Afrique de Sud, où le blending des régions de vins est le deuxième sport national après le rugby.

-L'interdiction des produits chimiques, du levurage, de l'acidification et de tout traitement susceptible de dénaturer le vin (notamment l'osmose inverse).

-Et par dessus le marché, pour éviter les cuvées trop boisées, pas plus de 25% d'une cuvée ne peut être élevée en bois neuf.

Incidemment, j'ai parfois du mal à comprendre que nos appellations européennes soient si strictes en matière d'encépagement mais si laxistes pour d'autres choses tellement plus importantes.

Quoi qu'il en soit, ces puristes un porte-drapeau en la personne d'Eben Sadie, qui a fait  une belle moisson de médailles ces dernières années. Mais il faut également citer les Badenhorst, Devil's Peak ou Kloovenburg. Sans oublier, même s'ils ne font pas partie de l'association, la famille De Waal (Scalie). 

Les Independents jouent beaucoup sur le concept de Swartland Revolution. C'est un marketing comme un autre. Et puis on est toujours le révolutionnaire de quelqu'un. Tenez, moi qui vous parle...  Enfin bref, moi qui ai eu la chance de visiter la région, il y a 3 ans, j'y ai effectivement bu de bonnes choses.

Voici donc quelques photos prises à l'époque, avec, parmi elles, quelques étiquettes de vins particulièrement remarquables.

Vous devrez sans doute attendre encore un peu avant de les voir débarquer dans votre supermarché, et peut-être même chez votre caviste (c'est le côté frustrant de ce genre de billet). Oui, mais ce jour-là, vous pourrez toujours dire, vaguement blasés, que vous connaissiez déjà...

Merci qui? Merci Hervé!

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Photos (c) Hervé  Lalau

00:17 Écrit par Hervé Lalau dans Afrique du Sud, Pour rire, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

17 janvier 2015

Faut-il réapprendre à déguster?

Voici une phrase qui m'interpelle. Elle est signée Thierry Germain (Domaine des Roches Neuves, Saumur-Champigny).

«Faut-il réapprendre à déguster ? Il est de plus en plus difficile d’apprécier un vin de grande expression tant nous sommes habitués à goûter les vins techniques, ronds, gras et sucrés que le monde nous a dictés».

Association d'idées, ceci me fait repenser à la répartition des vins (et de leurs adeptes) en deux blocs, selon le critique américain Eric Asimov - à moins qu'il s'agisse de mon excellent confrère québécois Marc-André Gagnon (je n'ai pas pu les départager). A savoir, les vins A et les vins B.

Les premiers étant les vins dits "européens", plus acides, plus "tendus". Plus cerise, pour les rouges, au moins.

Les seconds étant les vins du "nouveau monde", plus ronds, plus sucrés. Plus pruneau.

Si on croise les deux conceptions, celle de M. Germain (qui est grosso modo celle de beaucoup de vignerons bio ou biodynamistes, notamment), et celle de MM. Asimov ou Gagnon, on en arrive à la conclusion que les vins européens ont le plus d'expression.

Je ne suis pas convaincu. 

Je pense qu'il y a plein d'exceptions. 

Il faudrait faire le tri selon les cépages et la latitude, notamment. Un grenache n'aura jamais le profil d'un sangiovese. Un viognier celui d'un sauvignon.

Et où classer des vins peu alcooleux, acides ET sucrés comme ceux de la Moselle allemande?

Enfin, j'ai dégusté des pinots noirs chiliens, ou des chenins sud-africains qui n'avaient rien à envier à leurs homologues européens en terme d'expression. Par ailleurs, l'Europe ne manque pas de vins techniques non plus. 

Je crains bien que cette classification ne soit trop réductrice.

Et vous?

09:27 Écrit par Hervé Lalau dans Afrique du Sud, Allemagne, Chili, France, Italie, Languedoc | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |