24 janvier 2011

Le chenin de Cederberg

Ma première après-midi au Cap m'a conduit au bord de l'eau. A défaut de Tafelberg (téléphérique fermé pour cause de vent à décorner les antilopes), nous nous sommes rabattus sur la côte, les plages et les falaises environnantes.

Bleu bleu le ciel du Cap, bleu encore plus profond, celui de l'océan ourlé d'écume.

LeCap.JPGUn garçon dans le vent

Puis nous nous sommes rendus à la première dégu officielle, qui regroupait des producteurs du Nord du Cap, essentiellement.

Comme Cederberg, par exemple.

Cette cave tire son nom d'un massif à 3 heures de route du Cap, (la Montagne du Cèdre) où l'on trouve les plus hautes vignes d'Afrique du Sud (1.100m). Elle est affiliée à l'organisation pour la protection de la Biodiversité, et se trouve elle même à proximité immédiate d'un parc naturel.  

La zone est assez particulière: elle est séparée de l'Olifantsrivier -et de l'Atlantique - par deux barrières de montagnes; aussi son climat est-il assez différent (peu d'influence océanique, plus de chaleur, mais tempéré par l'altitude), et ses sols aussi (glenrosa, granites plus ou moins décomposés). D'où l'obtention, dès 1978, d'un nom de district particulier (ward), un des rares qui ne soit pas inclus dans une région.

Sans surprise, cela se traduit dans les vins par un surcroît de fraîcheur, mais aussi, et c'est plutôt lié aux sols et aux expositions, à un surcroit de punch. Notez que la cave achète aussi des raisins ailleurs, comme bien d'autres en Afrique du Sud, aussi ne faut-il pas exagérer l'effet terroir.

Cederberg produit surtout des blancs; son chenin m'a particulièrement séduit.

Ne vous attendez pas à Vouvray ou à un Montlouis, encore moins à un Coteaux du Layon (les chenins d'ici n'ont pas grand chose à voir).

Bien sec, il présente un nez assez explosif de fruits tropicaux et d'agrumes (pamplemousse rose, mangue), une bouche très alerte, tout sauf fluette, plus complexe qu'il n'y paraît (du gras sous l'acidité) et une longue finale sur les fruits confits (cédrat). 13°, 50 hl/ha, pas de bois.


Cederberg.jpgCederberg: le sauvignon et le chenin

Le genre de vin que l'on peut apprécier à plusieurs niveaux, pour le plaisir immédiat ou pour une analyse sensorielle un peu plus poussée. Un vin de gastronomie. Tout à fait délectable aujourd'hui, mais avec un certain potentiel (5 ans).

Du même Cederberg, les sauvignon, toujours en 2010, ne fait pas figure de parent pauvre, je l'ai apprécié pour sa franchise et un petit côté civilisé qui tranche avec beaucoup de sauvignons d'ici, un peu végétaux à mon goût (mais il y a d'autres exceptions, comme l'excellent Iona, à Elgin, dégusté ce midi au restaurant).

Contact: Cederberg, +27 27 482-2827, courriel: pieter@cederbergwine.com


17:55 Écrit par Hervé Lalau dans Afrique du Sud | Tags : vin, vignoble, afrique du sud, cederberg | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

South African Wine Initiative: explication de texte

Cela sonne comme un plan d'investissement ou de marketing des vignerons sud-africains. Il n'en est rien: il s'agit d'une organisation regroupant des syndicalistes et des écologistes.

Leur but principal est d'interdire ou au moins de limiter la vendange mécanique, au motif qu'elle a mis un grand nombre de travailleurs agricoles au chômage, et qu'elle met en danger des espèces menacées comme le caméléon nain (les animaux étant "vendangés" en même temps que les raisins). Pour ce faire, l'association émet des certificats pour ceux des opérateurs qui acceptent de ne pas recourir aux machines à vendanger et milite pour que la loi oblige les producteurs à mentionner sur les étiquettes de vin s'ils vendangent à la machine.

Les employeurs du secteur viticole, quant à eux, rétorquent que l'introduction des machines à vendanger a été le seul moyen pour eux de contourner les grèves à répétition des ouvriers agricoles, et plus généralement, ce qu'ils qualifient de "sous-productivité organisée par les travailleurs et leurs représentants".

South African Wine Initiative reproche aussi à l'industrie sud-africaine du vin d'avoir provoqué un grand nombre de syndromes d'alcoolisation foetale, en payant une partie des salaires de ses ouvriers en nature (ce qui était courant sous le régime de l'Apartheid, mais qui a été interdit depuis).