04 octobre 2015

Des Springboks en Roussillon

Des Français partis faire du vin en Afrique du Sud, ça n'a rien d'un scoop - c'est de l'histoire. 

Mais des Sud Africains qui viennent en France pour faire du vin, c'est plus rare.

Par atavisme, on aurait pu penser qu'ils reviendraient au pays du Chenin, dans ce Saumurois d'où pas mal de leurs ancêtres vignerons sont partis.

Ou alors, qu'ils se paieraient un château à Bordeaux - tant qu'à faire tout ce chemin...

Et bien non, pas les Grier, en tout cas.

Eux, qui ont un domaine à Stellenbosch, au cœur de la région viticole la plus ancienne d'Afrique du Sud, se sont acheté 25 ha... dans le Roussillon. Et même, dans le Far West du Roussillon, le Fenouillèdes!

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Pas vraiment la voie la plus facile vers la notoriété....

Mais ce fut un choix réfléchi, dicté notamment par l'élément humain: les Grier ont développé une relation privilégiée avec Jean Louis Denois, un Champenois qui a vinifié les premières fines bulles d'Afrique du Sud, avant de tenter l'aventure dans le Midi de la France - lui, c'est à Limoux (Domaine de L'Aigle).

À Saint Paul, sur 25 ha, les Grier produisent blanc et rouge, mettant à profit une situation originale, sudiste, certes, mais tempérée par l'altitude et même quelques entrées océaniques.

Leur rouge reflète ces influences diverses. 

Il est fruité, d'un fruit plutôt rouge et solaire; groseille, fraise, framboise; mais aussi pas mal d'épices et de fraîcheur - la marque de la Syrah? 

La bouche est ouverte, sans chichis, les tannins sont solides mais juteux, ce vin se donne sans façons, il est prêt à boire.

Alors que la dernière gorgée file dans le gosier - et oui, j'ai avalé, c'était le déjeuner, et j'avais soif - je me dis que le vin n'a pas de frontières, que Stellenbosch est la banlieue de Perpignan, que le monde est Un, que tout est à tout le monde - c'est vous dire si je suis parti loin.

 

Même le fait que cette cuvée soit vendue - ou plutôt discomptée - en GD n'a pas réussi à m'ôter ma bonne humeur!

11:14 Écrit par Hervé Lalau dans Afrique du Sud, France, Roussillon | Tags : grier, roussillon, vin, stellenbosch | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

22 janvier 2015

Le Swartland, nouvel eldorado du vin sud-africain?

C'est la région qui monte, actuellement dans la viticulture sud-africaine.

Au Nord-Ouest des grandes zones viticoles traditionnelles du Cap (Stellenbosch, Paarl, Franschhoek, Constantia...), elle offre un climat sec, une faible pression de maladies, des terroirs variés...  et des prix de terrains avantageux. Elle a attiré un joli groupe de jeunes vignerons, ces derniers temps, qui commencent à faire parler d'eux. Leur crédo: liberté et expression. Pas vraiment de profil type, mais des vins à boire, ni trop chaleureux, ni trop confiture, ni trop boisé, pas trop nouveau monde, en gros. 

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Photo (c) Swartland Independent

Cette jeune dénomination est la preuve vivante que la viticulture n'est pas qu'une affaire de tradition, qu'elle se réinvente tous les jours un peu partout - enfin, si on le lui permet. C'est aussi la preuve que la vieille Europe n'a pas le monopole du grand terroir à vin. Ni même de l'exigence qualitative.

Des terroirs, en Afrique du Sud, il y en a, comme ailleurs. Il y en même encore à découvrir; car qu'est-ce que le terroir sans le vigneron pour le révéler?

A noter que bon nombre de ces nouveaux venus sont bio.

Ils ont une association, "Swartland Independent", plutôt sympathique, dont les membres s'engagent à respecter un cahier des charges assez intelligent:

-Une liste de cépages préférentiels (mais qu'on peut compléter de 10% d'autre chose); parmi ceux ci, on note une certaine prédilection pour les variétés rhodaniennes et méditerranéennes (syrah, grenache, mourvèdre, carignan... et même de la tinta barroca). Mais chacun peut les assembler à sa guise, sans états d'âme. On peut donc aussi bien trouver des 100% Carignan ou des 100% Tinta Barroca que des assemblages de 5 ou 6  cépages. La vérité est dans la bouteille.

-L'obligation de n'utiliser que des raisins de la région (pas évident partout en Afrique de Sud, où le blending des régions de vins est le deuxième sport national après le rugby.

-L'interdiction des produits chimiques, du levurage, de l'acidification et de tout traitement susceptible de dénaturer le vin (notamment l'osmose inverse).

-Et par dessus le marché, pour éviter les cuvées trop boisées, pas plus de 25% d'une cuvée ne peut être élevée en bois neuf.

Incidemment, j'ai parfois du mal à comprendre que nos appellations européennes soient si strictes en matière d'encépagement mais si laxistes pour d'autres choses tellement plus importantes.

Quoi qu'il en soit, ces puristes un porte-drapeau en la personne d'Eben Sadie, qui a fait  une belle moisson de médailles ces dernières années. Mais il faut également citer les Badenhorst, Devil's Peak ou Kloovenburg. Sans oublier, même s'ils ne font pas partie de l'association, la famille De Waal (Scalie). 

Les Independents jouent beaucoup sur le concept de Swartland Revolution. C'est un marketing comme un autre. Et puis on est toujours le révolutionnaire de quelqu'un. Tenez, moi qui vous parle...  Enfin bref, moi qui ai eu la chance de visiter la région, il y a 3 ans, j'y ai effectivement bu de bonnes choses.

Voici donc quelques photos prises à l'époque, avec, parmi elles, quelques étiquettes de vins particulièrement remarquables.

Vous devrez sans doute attendre encore un peu avant de les voir débarquer dans votre supermarché, et peut-être même chez votre caviste (c'est le côté frustrant de ce genre de billet). Oui, mais ce jour-là, vous pourrez toujours dire, vaguement blasés, que vous connaissiez déjà...

Merci qui? Merci Hervé!

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Photos (c) Hervé  Lalau

00:17 Écrit par Hervé Lalau dans Afrique du Sud, Pour rire, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |