04 avril 2016

Bordeaux Primeurs: et si on s'intéressait aux vins faits?

Revoici le temps des Primeurs de Bordeaux.

J'ai beau avoir écrit à de nombreuses reprises que je ne souhaitais pas participer à ce genre d'opération, qui relève pour moi d'une forme de pédophilie vineuse, je continue chaque année à recevoir des invitations.

A croire que les personnes qui souhaiteraient me voir écrire sur les Bordeaux Primeurs... ne me lisent pas.

Mais soyons positifs. Critiquer, c'est facile; mais ne serait-il pas temps de proposer?

Partant du principe que les Bordeaux - au moins les grands crus classés - sont des vins de garde (et non, comme l'a écrit une consoeur chinoise à propos des 2013 dégustés à l'âge de 6 mois, d'aimables vins à boire sur le fruit, car leur prix n'a rien d'aimable), je suggère donc à mes amis bordelais d'organiser des dégustations de vins faits. Des 2005 et des 2006, par exemple. Voire des 1995 et 1996.

Mouton2005.jpg

Ca vous dirait de savoir ce que ce vin "vaut" aujourd'hui? Et je ne parle pas de son prix...

 

Cela serait d'autant plus intéressant qu'il s'agit de millésimes bien différents. Et que l'oenologie progresse.

On me rétorquera que cela ne servirait à rien, vu que les vins sont déjà vendus depuis longtemps. Et même bus, pour certains.

A la deuxième partie de la remarque, je répondrai: c'est dommage, car cela veut dire que le consommateur n'a pas bien été informé. Peut-être que l'opération Primeurs, qui conduit les producteurs à élaborer des vins buvables très jeunes, est justement à l'origine de cette confusion.

A la première partie de la remarque, je répondrai: ce n'est pas une raison! Déguster des vins de 10 ans et établir un diagnostic sur leur état de santé à cet âge serait une indication précieuse pour tous ceux qui en ont dans leur cave et ne savent pas trop quand les ouvrir; on pourrait non seulement juger le vin sur sa forme actuelle, mais également sur son potentiel.

Bien sûr, cela suppose que les producteurs gardent des bouteilles de millésimes de 10 ans ou plus. Je ne pense pas que ce soit si compliqué. Ni même trop cher pour ce que cela pourrait rapporter en termes d'image; tout le monde s'accorde aujourd'hui à dire que les grands crus classés sont devenus des produits de luxe, avec des prix de luxe. Etablir, de façon certaine, que ces vins ont pour eux l'atout de la longévité, voici qui permettait d'atténuer les craintes des oenophiles qui n'osent pas dépenser de peur de manquer le bon moment pour boire leur vin; et même, les craintes des investisseurs qui ne savent pas s'ils pourront le revendre à bon prix - même si, je vous l'avoue, cette dernière catégorie n'est pas vraiment la cible de journalistes tels que moi.

Alors, chiche que Bordeaux lance ces dégustations "Tardives"? Et chiche que j'y aille!

09:33 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

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