16 mars 2016

Vous pouvez remplir mes bouteilles?

La scène se passe à Prowein, lundi, sur le stand d'un producteur que je laisserai dans l'anonymat pour ne pas lui porter tort, ce qu'il ne mérite pas.

Je connais la maison et je viens de m'asseoir, après avoir salué l'oenologue, qui commence à peine à me faire déguster ses nouvelles cuvées, notamment des rosés, quand arrivent deux acheteurs, ou quelque chose du genre, qui veulent discuter affaires.

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Je continue ma dégustation en compagnie du responsable commercial, libérant ainsi l'oenologue qui entame un dialogue avec les deux nouveaux-venus. Je ne peux pas ne pas entendre des bribes de leur échange, qui tourne justement sur le rosé; les acheteurs semblent intéressés; bien qu'ils n'aient pas encore dégusté les vins, ils en discutent la composition. D'abord, il leur faut une analyse; ils veulent de la fraîcheur comme ci, de la rondeur comme ça, et puis une couleur pas trop dense: "C'est ça que veulent nos consommateurs, vous comprenez".

Je comprends surtout que ces deux Messieurs ne s'intéressent guère aux vins existants, sur la table; sans parler du vignoble ou de la région de production - bref, de tout ce qui moi m'intéresse et me motive dans ce métier - un lieu, une histoire, un style, un vigneron - ou une vigneronne.

Et moi qui suis consommateur, aussi, à mes heures, et qui viens juste de terminer ma dégustation des deux rosés 2015 de la maison (une syrah et un grenache), je me dis: mais ils ont tout, ces vins, le fruit, la vivacité, le charme; côté couleur, si vous les préférez pâles, le grenache est tout à fait dans vos cordes; et quand à la syrah, elle a un peps incroyable - vous n'allez quand même pas les mélanger avec d'autres vins, dites?

Si, apparemment, c'est le but.

Ces gens ont une marque, une recette, des bouteilles à remplir; aujourd'hui, ils voudraient les remplir ici; demain, ce sera peut-être le stand d'à côté, ou le pays d'à côté. C'est vraiment une autre approche du vin. Celle d'une commodité, d'un volume, d'un ingrédient.

Pas la mienne, pour sûr, sans vouloir en dégoûter les autres.

 

 

 

00:38 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

Commentaires

Effectivement, il faut de tout pour faire un monde...

Écrit par : Norbert | 16 mars 2016

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