03 janvier 2016

Cépages en liberté surveillée

Vous pensiez que les cépages étaient libres? Qu'ils pouvaient toujours jouer à saute-frontières, comme ils l'ont fait allègrement au fil des siècles (imaginez un peu le Midi de la France sans le Grenache ou le Muscat!)?

En France, ce n'est pourtant plus le cas depuis longtemps - il faut se référer au Catalogue officiel des variétés de vigne.

Pour pouvoir multiplier du matériel végétal de vigne, la variété doit être inscrite au Catalogue officiel national ou au catalogue d’un autre Etat membre de l’Union européenne. Les inscriptions au Catalogue officiel se font par arrêté du Ministère chargé de l’agriculture, suite à l’avis d’expert du comité technique permanent pour la sélection des plantes cultivées (CTPS), section vigne.

Pour la Festung Frankreich, c'est l'incontournable FranceAgriMer qui assure le secrétariat technique de cette section.

Ce Catalogue officiel des variétés de vigne est composé de plusieurs listes (je cite):  

raisin muscat d'alexandrie - vigne.jpg

  • Liste A1 : Catalogue officiel variétés éligibles au classement vitivinicole (variétés de vigne dont les plants peuvent être commercialisés (on ne passe donc pas automatiquement de l'agrément en Europe à l'agrément en France - c'est ce que l'on pourrait appeler l'exception culturale française).

  • Liste A2 et A1 - Table/autres  : Catalogue officiel variétés commercialisables mais non éligibles au classement vitivinicole (variétés de vigne dont les plants peuvent être commercialisés au sein de l'Union européenne, mais qui ne sont pas éligibles au classement viti-vinicole en France).

  • Liste B : Catalogue officiel variétés uniquement destinées à l'export (variétés de vigne dont le matériel de multiplication peut être produit en France en vue de son exportation vers les pays tiers).

 

De plus, une décision du Directeur général de FranceAgriMer définit, pour les variétés qui en sont pourvues, la liste des clones agréés (INTV-CONTNORM-2014-87 du 18/12/2014) suite à avis favorable du CTPS.

Pas sûr que le stockage des matières radio-actives ou la circulation des djihadistes soient vraiment plus encadrés, plus "agréés"...

Ca rassure, non?

13:04 Écrit par Hervé Lalau dans Ecologie/Bio/Biodynamie, Europe, France, Pour rire | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

Commentaires

N'en faites pas trop dans le "French bashing" à propos de la réglementation: le contrôle de la circulation du matériel végétal fait l'objet de dispositions internationales depuis la terrible crise du phylloxera (qui vallait bien les matières radioactives, du moins pour la vigne). C'est à l'initiative de la Suisse qu'une convention phylloxérique internationale fut conclue à Berne le 17 septembre 1878. Depuis 1951, ces dispositions sont intégrées dans un cadre général de protection des végétaux par les Nations unies...
Ensuite des préoccupations qualitatives (et productivistes) ont conduit à établir des catalogues officiels pour les semences et les plants dans la plupart des pays (en France, depuis 1941), et comme vous le mentionnez, c'est une affaire européenne.

Écrit par : Norbert Olszak | 04 janvier 2016

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Merci Norbert.
French Bashing? Comme Français, c'est bien mon droit d'aimer et de châtier bien!
Mais vous avez raison, primo le phylloxéra a changé la donne, et secundo, et surtout, l'Europe.
Si lutte et contrôle il doit y avoir, c'est à l"échelon européen, pas à l'échelon français. Tout cépage agréé en Europe devrait automatiquement être inscrit au catalogue français, sans autre forme de procès. Nous n'en sommes plus en 1941, j'espère! Et les règles que j'ai publiées montrent que nous nous moquons bien des normes européennes - pour la libéralisation des plantations aussi, d'ailleurs...

A propos de phylloxéra, vous savez certainement qu'il y a encore quelques vignes préphylloxériques en France, et même encore du phylloxéra. Le catalogue n'a donc pas résolu le problème!
Par ailleurs, quand on voit l'efficacité de la lutte contre la flavescence dorée, on s'interroge sur la réalité de l'encadrement.

Écrit par : Hervé Lalau | 04 janvier 2016

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