11 décembre 2015

Votre vin, avec ou sans eau?

Mon copain Marc consacre ce matin un billet sur le blog des 5 du Vin aux vieilles vignes de Carignan chilien.

On y apprend que dans l'intérieur du Maule, on trouve encore de vieilles vignes non irriguées - une sorte d'exception dans un pays où le goutte à goutte règne en maître? Au point que certains vignerons ont décidé d'indiquer sur l'étiquette qu'ils ne l'utilisent pas: "Dry Farmed", peut-on lire sur l'étiquette de ces producteurs apparemment fiers de respecter le cycle naturel de la vigne, et ce, dans une région assez sèche pendant l'été.

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En France, le "dry farming" est encore la règle. Mais les lignes sont en train de bouger. 

La semaine dernière, je visitais un vignoble au Plan de Dieu, près d'Orange, et j'y ai eu la surprise de constater que de grands domaines utilisaient l'irrigation.

Oui, en AOC. Et même, en AOC Villages.

Comment peut-on à la fois revendiquer une origine et un terroir (ah, le joli mot!) et en changer à ce point un des éléments fondamentaux - le climat, qui détermine le millésime?

Je vous renvoie à un billet précédent, sur le même sujet.

C'est à ce genre de thématique que je mesure à quel point nous, les journalistes, avons peu d'influence.

Il me semble pourtant oeuvrer, en la matière, pour la protection du consommateur; car quoi, on lui promet un vin issu d'un sol, d'un climat, de méthodes culturales déterminées. Et en définitive, cependant, tout se vaut, sous une même bannière, on retrouve des vins qui respectent le lieu et d'autres axés sur le productivisme. Je pensais pourtant qu'il y avait les vins sans indication de provenance, pour ça. Mais qui abandonnerait "son" AOP s'il n'y est pas expressément obligé? 

Verra-t-on bientôt en France aussi des mentions "viticulture sèche" sur les étiquettes? 

Un chose est sûre, le jour où on obligera les producteurs à mentionner "vigne irriguée" ou "vin osmosé" sur l'étiquette, il fera plus sec qu'aujourd'hui. Parce qu'en France, on peut bien s'arranger avec le terroir, mais on ne le dit jamais à ce benêt de consommateur - il ne comprendrait pas. Qu'il achète et qu'il boive, c'est tout ce qu'on lui demande!

10:13 Écrit par Hervé Lalau dans Chili, France, Rhône | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

Commentaires

Je comprends bien ton point de vue, Hervé. Mais je ne le partage pas entièrement. La légende selon laquelle la vigne "doit souffrir" a fait long feu. Bien sûr, il ne s'agit pas de "faire pisser" pour augmenter le rendement (on peut aussi contrôler ce genre de choses). Mais une plante en arrêt végétatif ne produit rien de bon. Mes vignes à moi sont IMPOSSIBLES à irriguer pour des raisons d'éloignement (accessibilité, pente, aucune présence de réserves d'eau ou d'un flot) mais je le regrette. Parfois, quelques litres feraient merveille, et ils n'augmenteraient pas le volume produit. Chez Iris, derrière Bédarieux (Lisson), c'est patent aussi. Mais nous avions déjà eu cette discussion au sujet du concassage. Je comprends que tu trouves qu'une vieille AOC doit rester telle quelle. Mais alors, quid de la création d'une nouvelle (Vacqueyras par exemple)? Quid de l'extension (le domaine planté à Chablis pe, CNP du temps de Quiot à son extrémité Courthézon ...)? Quid des changements climatiques ? Quid de l'acceptation (voire de l'obligation) de nouveaux cépages, absents ou inconnus jusqu'alors? En fait, on tourne en rond. C'est l'AOC elle-même qui est en cause. Je trouve qu'on devrait garantir (et donc vérifier) la PROVENANCE géographique d'un vin par l'appellation d'origine, mais rien d'autre.

Écrit par : Luc Charlierluc | 11 décembre 2015

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J'ai tendance à être d'accord avec Luc. L'irrigation est une technique, comme il en existe plein d'autres autant pour la viticulture que pour la vinification. Ce qui importe, à mon humble avis, c'est la façon dont on l'utilise. On pourrait limite la comparer à l'utilisation d’engrais chimiques, ou au recours aux sulfites pour la vinification : c'est l'usage qu'on en fait plus que la pratique qui est à remettre en cause.

Ma passion du vin est née lors d'un périple d'un an en Australie, notamment à travers les vignobles où j'ai travaillé. L'irrigation est de mise presque partout. Mais il y a une énorme différence entre des vignobles démesurés où des vignes de quelques années à peine atteignent de rendements records grâce à une irrigation étudiée pour, et des "bush vines" de 150 ans auxquelles on prodigue un léger arrosage les années où, sans cela, elles ne passeraient sans doute pas à la saison suivante.

Bien entendu, tout ça est à mettre en relation avec le climat. Certaines régions d'Australie ou du Chili, pour ne citer que ces deux pays, ne pourraient tout simplement pas pratiquer la viticulture de façon durable sans irrigation. Pour la France évidemment, le débat est tout autre...

Écrit par : Vincent Dasnoy | 11 décembre 2015

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Je cite M. Tassan, Sommelier Ambassadeur des Vins du Rhône:
"Modèle de longévité, le Plan de Dieu possède cette force de la résistance à la dureté du climat, d’où naît ce caractère unique des Côtes-du-Rhône, fleur de la terre qui devient vin".
Un bel hommage publié sur le site Vins-Rhône.
Avec l'irrigation, cependant, la dureté du climat s'estompe. Mais pas "le caractère unique", bien sûr. Jamais.

Écrit par : Hervé Lalau | 11 décembre 2015

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