20 octobre 2015

Beau comme un communiqué pour le "Domaine du Pigeonner"

Bien sûr, on ne va pas demander à un(e) attaché(e) de presse de "démonter" son client, ni même de chercher la petite bête. Celui qui paie a droit à un certain nombre d'adjectifs flatteurs, c'est le jeu. D'aucuns diraient: on n'en fait jamais trop.

N'empêche, parfois, les communiqués que nous recevons sont tellement beaux que même nous, les journalistes au coeur sec, en sommes émus. 

J'en veux pour preuve le texte suivant.

Ca commence doucement, presque factuellement; on prend ses marques:

"Alain Dominique Perrin et sa fille Julie présentent ce coffret d’exception en série limitée constituée d’un rouge, d’un rosé et d’un blanc. Ces 3 vins du domaine «Le Pigeonner» sont unanimement salués par les critiques du monde entier".

Je suppose que le mot "Pigeonner" est un lapsus involontaire, pas l'expression d'un acte manqué.

La passion du Beau

Quoi qu'il en soit, la suite va crescendo (comme le texte est assez long, je me suis permis d'en extraire quelques morceaux choisis, la substantifique moelle):

"Alain Dominique Perrin : Itinéraire d’un esthète

Très tôt, Alain Dominique Perrin a montré son goût de l’exception, sa passion du Beau sous toutes ses formes et son envie de donner vie à des projets réputés difficiles, voire impossibles (...)".

L'esthétisme, ça veut aussi dire le camping: 

"Toujours sur la brèche, il créé en 2005 l’Institut Supérieur de Marketing du Goût à Paris La Défense et se consacre également au développement de ses campings haut de gamme : «Original Camping» (...)."

Mais son goût du Beau s'illustre aussi dans la viticulture, et c'est plus directement lié à ce blog... de vin:

"On connait l’amour et la détermination d’Alain Dominique Perrin pour le Château Lagrézette à qui il a su redonner vie et pour le Malbec auquel il a conféré ses plus belles lettres de noblesse grâce de lourds investissements. Mais cette passion, il a également su la faire partager par les plus grands. Parmi eux, Claude Boudamani, Œnologue et Directeur Général. Autre passionné membre de l’équipe depuis 25 ans, Michel Rolland. Personnalité très influente dans le monde oenologique, ce consultant apporte sa parfaite connaissance des goûts des plus grands critiques comme des simples consommateurs pour faire des vins Lagrézette de véritable best-seller en France et à l’étranger".

On notera toute la modernité de cette définition du rôle d'un oenologue-conseil, qui n'est pas tant de faire un vin fidèle à son origine, de magnifier un terroir ou un cépage, que de plaire aux préconisateurs et à M. Toutlemonde.

Et tant pis si moi, très humblement, je trouve souvent Lagrézette trop boisé, et pas assez Cahors; poursuivons: 

"Les différents vins du Domaine Lagrézette ont d’ailleurs obtenu récemment au Parker des notes exceptionnelles entre 90 et 95/100. C’est ainsi une vraie reconnaissance qui situe le Château Lagrézette parmi les plus grands vins du monde!"

L'esthète... de gondole

Séchant mes larmes devant ce monument construit au sucre filé (Aux Attaché(e)s de Presse méritant(e)s, la Presse Reconnaissante), j'ai tout de même tenu à réparer un petit oubli.

Car l'éloge est incomplet: non seulement M. Perrin a réussi à faire partager sa passion aux plus grands dégustateurs, mais il tient aussi, depuis quelques années, à la faire partager aux grands... distributeurs. Je rappelle en effet que lors de la Foire aux Vins de Carrefour, le Château Lagrézette 2009 était proposé à la moitié du prix pratiqué au domaine.

Accessoirement, il serait peut-être utile d'associer à la réussite du Grand Homme, de son Directeur-Général et de son Grand Consultant, les petites mains de son domaine, non citées dans le communiqué.

Je m'en chargerai donc. A tous ceux, passés, présents, et à venir, qui ont oeuvré, oeuvrent ou oeuvreront dans le cadre de cette Recherche du Beau Vin, même dans l'ombre de l'Esthète, merci!

13:09 Écrit par Hervé Lalau dans France, Pour rire, Sud-Ouest | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |

Commentaires

Sévère mais bien vu mon cher Hervé !

Écrit par : Jean-Luc Bonnin | 20 octobre 2015

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En voilà un qui va se faire des amis !

Écrit par : Anne Georget | 20 octobre 2015

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C'est assez singulier de voir à quel point, un Homme comme Monsieur Perrin qui a fait un travail dantesque chez Cartier, se croit obligé aujourd'hui, avec tous les nouveaux outils de communication, de pondre un papier de ce type.

Une simple étiquette ajoutée au coffret, avec sa signature personnelle, une sorte d'engagement qualitatif, cela aurait eu plus de gueule non ?

Écrit par : François Mauss | 20 octobre 2015

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Tu deviens "léoniste", Hervé? David va te reprocher de ne pas aimer le succès. Michel trouvera que tu manques de respect pour l'Hospitalet ou la famille Grassa. Jim dira qu'il n'y a pas eu de dopage (never!). Marc voudra que tu écrives d'un hélicoptère ou bien dans une barrique en marbre hissée sur l'Anapurna. L'argent n'a pas d'odeur, mais il donne du bouquet au vin.

Écrit par : Luc Charlier | 21 octobre 2015

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Et puis je crois que Desproges, que j'aime beaucoup, commençait parfois des chroniques par ces mots.

Écrit par : Hervé Lalau | 22 octobre 2015

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