16 octobre 2015

Europe 1 pousse le bouchon un peu loin

Si comme moi, vous écoutiez Europe 1 ce matin vers 6h30; vous avez eu droit à un petit festival d'idées reçues à propos du bouchage. "Une bouteille sur 10 est bouchonnée"; "Le liège est irremplaçable pour les grandes bouteilles"; "A Céret, Diam's a trouvé la solution" (laquelle, exactement, c'est moins clair, dans le reportage).

Je tiens à souligner que non loin de là, à Corneilla, mon ami Luc Charlier (Coume Majou) capsule ses grandes et ses petites cuvées...

Que le Grand Cru suisse "Clos du Rocher" capsule aussi depuis 1990. Et j'ai pu déguster le résultat: une grande fraîcheur, mais ni réduction, ni faux goûts.

Que s'il est important de bien protéger les petits vins, il est encore plus important de bien protéger les grands. Même Château Margaux se pose la question. et expérimente la capsule... depuis 20 ans.

Est-ce le lot d'une radio généraliste d'être aussi généralement médiocre dans l'analyse? Une chronique, une interview, une visite d'usine n'entraînent-elles aucune vérification des informations données par le service de presse?

IMG_6450.jpg

Un grand cru sous capsule, oui, ça existe - c'est le Clos du Rocher. Depuis 1990.

 

Si j'étais un fabricant de capsule (ou même de bouchon traditionnel), je crois que je demanderais, non pas un droit de bouchon, mais un droit de réponse.

Mais ce qui m'inquiète encore plus (car cette histoire ne va sans doute pas changer la vie des Français qui ne boivent pas, et pas beaucoup celle des autres), c'est de me dire que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Et que peut-être, sans doute, certainement, l'information qu'on me distille dans d'autres domaines - la guerre en Syrie, les immigrants illégaux, les radars à double face, la prévention routière, l'aluminium alvéolé (tiens, l'alu serait meilleur pour les avions que pour le vin?), les livraisons d'Amazon, les lignes de cars, les abattoirs, Strauss-Kahn, Balkany, la grève des avocats, que sais-je?, est aussi peu vérifié, et donc aussi peu fiable.

Et vous, ça ne vous inquiète pas?

 

07:03 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, France, Suisse | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |

Commentaires

Les informations des médias sont en général peu vérifiées, ce qui compte c'est la vitesse de propagation des nouvelles ou un fait ou une invention bizarre. C'est à nous de vérifier en croisant les informations, en utilisant le bon-sens et en cessant de nous situer dans un système hiérarchique de type royaliste, ou catholique romain, où la vérité ne peut venir que d'en haut ou du poste de télé ou de radio !
Concernant les bouchons, expérimenter la capsule aluminium et joint plastique ne veut pas dire l'adopter. La capsule est acceptable pour les vins à boire vite, en particulier les petits blancs secs, les rosés et les rouges nouveaux. Concernant les vins de garde, il me paraît difficile qu'une capsule aluminium se défende contre la corrosion et le vieillissement aussi bien que le liège de mes bouteilles de 1947, 1955 ou 1961. De plus la capsule aluminium comporte un joint plastique dont des éléments chimiques seront relargués dans le vin ; inacceptable pour les vins biologiques. Rappelons que le liège est du bois naturel et que les viticulteurs bio demandent leur lavage à l'eau oxygénée et non au chlore ; ils demandent aussi le marquage au feu et non à l'encre chimique de synthèse.
Les bouchons ont aujourd'hui plus rarement "goût de bouchon", qui est en réalité un goût de moisi, car les chênes-liège ne sont plus traités comme dans les années 70-80 et que les lots de liège sont analysés.
Un bon bouchon est cher et il convient d'arrêter de dire que la capsule est toujours meilleure ; elle est surtout moins chère, c'est ce que comptent les embouteilleurs qui veulent réduire leurs coûts.
Dans l'état actuel des techniques, une capsule et un bouchon synthétique ne doivent être comparés, comme cela se fait, à des bouchons en liège bas-de-gamme, mais à des bouchons en liège naturel non colmatés et non traités au chlore qui, d'expérience, peuvent passer le demi-siècle.
Peut-être aurons-nous un jour une solution avec une capsule solide, en métal ou autre matériau stable dans le temps, munie d'un joint épais en liège ?

Écrit par : Pierre Von Carle | 16 octobre 2015

Répondre à ce commentaire

M. Carle, je me permettrai de vous contredire, dégustation du 5 juin 2015 à l'appui.
Verticale sur 33 ans des vins du Grand Cru Clos du Rocher, embouteillé depuis 1990 sous capsule.
Il y avait 3 millésimes antérieurs à cette date, 1988, 1984 et 1982. 1988 est bouchonné. 1984 présente un petit doute qu'il est difficile d'attribuer au vin ou au bouchon, il est fatigué.
1982 sans problème.
TOUS les autres millésimes (dont le plus ancien présenté, le 1994, a donc 21 ans), sont d'une pureté exemplaire. Mais ont cependant, pour les plus vieux (1994 et 98), quelques belles notes d'évolution - une pointe de pétrole, un peu de fruits secs et de fenouil, selon les cas. Alors je ne dis pas que la capsule est TOUJOURS meilleure, mais je peux affirmer que pour ces vins de PRIX, et de GARDE, elle fonctionne très bien. Elle conserve bien, mais pas trop quand même. En plus, comme pour le bouchon, il y a pas mal de recherche, et je crois savoir que les nouvelles versions s'améliorent.
Je ne suis pas chargé des relations publiques des capsuleurs, je peux juste faire état de mes dégustations - forcément plus nombreuses que la moyenne des consommateurs, et ma conclusion est que la capsule est l'avenir du bouchage.
Par ailleurs, concernant Margaux, l'expérimentation n'a certainement pas été été moins probante que chez Laroche à Chablis, ou chez les Grands Crus en Suisse . Mais je pense que c'est l'image qui retient surtout M. Pontallier.

Écrit par : Hervé Lalau | 16 octobre 2015

Répondre à ce commentaire

Dans le même sens que notre Hôte : au GJE, nous avions eu une session où comparer à l'aveugle un GC alsacien mis à la même date, à partir de la même cuve, l'un en bouchon de liège, l'autre sous capsule.

Résultat de 15 dégustateurs GJE : 14 nettement en faveur du vin capsulé. Il s'agissait d'un millésime ayant déjà 10 ans d'âge.

Écrit par : François Mauss | 16 octobre 2015

Répondre à ce commentaire

Moi aussi ça m'a fait sursauter... Seulement il faisait nuit noire et j'étais seul au volant de ma voiture en conséquence de quoi je me suis retenu ! Et mauvaise expérience en plus hier soir dans un B à V Bordelais où le vin servi était bouchonné et remplacé vite fait bien fait par la serveuse qui, en plus d'être souriante, en connaissait un rayon sur le vin et même sur le Carignan !

Écrit par : Michel Smith | 16 octobre 2015

Répondre à ce commentaire

Le commentaire de Carle reflète malheureusement la méconnaissance des résultats obtenus dans de nombreux vignobles depuis les années 90 (Peter Godden, The Hogue, Vincent Gerbaux) Ces résultats sont revus par des pairs chercheurs et publiés dans des revues scientifiques.
En vrac : l'aluminium ne craint pas la corrosion / des relargages des joints alimentaires n'ont jamais été constatés / l'eau oxygénée n'est pas "naturelle" / le marquage au feu induit des relargages / la bouteille est plus onéreuse du fait du pas de vis et d'une production moindre.
Avec un bouchon haut de gamme, certaines bouteilles passent l'épreuve du temps mais je pense que la proportion est bien loin de 100 %. Et vous ?
La capsule à vis apporte homogénéité, bouquet et longévité au vin (si le joint est approprié). Elle contribue aussi à réduire l'emploi des sulfites.

Écrit par : Ansen Daniel | 16 octobre 2015

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.