27 juillet 2015

Merci Carrefour!

En période de vacances, l'actualité vineuse est souvent moins dense. Heureusement, il y a Carrefour! Carrefour Belgique et ses deux conseillers en vins, Bruneau père et Fils, qui nous réjouissent avec leurs fabuleux accords mets/vin. Comme avec ce Carrefour Bourgogne Chardonnay dont le duo d'experts nous dit ceci (attention, c'est du lourd):

"D'une couleur jaune claire, nez typé chardonnay. Florale". 

Analyse de texte

Trions d'abord un peu l'info, pour ne pas s'y perdre.

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Couleur: personnellement, je trouve l'indication peu pertinente. Chez Briko Dépôt, j'achète mes peintures selon la teinte, mais pour le vin, je m'en fous un peu. D'ailleurs, la plupart des blancs sont de couleur jaune clair(e). Et puis, j'ai des yeux pour voir.

Nez: je reste sur ma soif. C'est quoi, un nez typé chardonnay? Question subsidiaire: ai-je le droit d'être remboursé si mon chardonnay n'est pas typé chardonnay?

Par ailleurs, à quoi diable se réfère l'adjectif "florale"? Le seul substantif féminin du descriptif (sic) est le mot "couleur". 

Quoi qu'il en soit, saluons le tour de force: résumer un Bourgogne à une formule aussi lapidaire, c'est impressionnant. A ceux qui se demandent encore pourquoi les Climats de Bourgogne sont classés au Patrimoine de l'Unesco, la réponse est chez Carrefour: "Parce que la Bourgogne fait du typé chardonnay". J'en parlais encore hier avec mes copains Augustin Florent et Honoré Lavigne, sous les ormes de Cambras.

"Ceci n'est pas un accord"

Passons à présent à l'accord mets & vin proprement dit. C'est le plus important. Nous sommes ici au coeur de l'expertise des Bruneau. Rappelons en effet à ceux qui ne les connaîtraient que pour leur travail (ingrat) de vulgarisateurs de la GD que les Bruneau sont d'abord des cuisiniers.

Alors, laissons parler les professionnels de la gastronomie:

"Accompagne idéalement: Servir frais en apéritif".

Si c'était de l'art, ce serait du minimalisme. A moins qu'il ne faille le classer dans le surréalisme à la Belge: "Ceci n'est pas une montre. Ceci n'est pas non plus un accord".

Une chose est sûre: c'est déclinable à volonté. Ca ne se démode pas. C'est peut être pour ça que je ne me lasse pas de vous en parler.

Je vous rassure tout de suite,  je ne vise pas leur place. A chacun sa spécialité! Au fait, pourquoi les acheteurs de Carrefour ne rédigent-ils pas eux-mêmes les notes de dégustation et les accords des vins qu'ils sélectionnent? 

Commentaires

Moi je les aime bien les Bruneau, je viens de découvrir qu'ils s'y connaissaient en vain, ca tranquillise les foules qui se souviennent encore d'eux. Le choix judicieux de Carrouf laisse pantois, quant à lui. Mais bon, c'est une autre histoire...

Écrit par : Boschman | 27 juillet 2015

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Horreur que de descendre aussi bas dans le mélange des genres alors que sans cela on a du talent et de la connaissance ! Que ne ferait-on pas pour du fric...

Écrit par : Michel Smith | 27 juillet 2015

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Tout d'abord, une faute : on écrit jaune clair (jaune est du masculin ; ce n'est pas la couleur qui est claire, c'est le jaune...). Ensuite, les commentaires: quelle tristesse !! Mais comment se contreficher à ce point des consommateurs ?

Écrit par : TRUC Georges | 27 juillet 2015

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Ces experts sont-ils payés pour écrire ça? Mais il y a quoi sur leur contrat de travail? C'est pathétique. Drôle juste un instant parce que c'est Hervé qui raconte mais juste après, c'est honteux. Enfin, si je peux me permettre une contribution pour comprendre le qualificatif féminin, c'est probablement la Bourgogne qui est "florale" puisque le chardonnay, lui, est "typé". Non?

Écrit par : nadine Franjus | 27 juillet 2015

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Très juste, Nadine, c'est le nez qui est floral. Double faute...La Bourgogne n'a pas besoin d'être florale.

Écrit par : TRUC Georges | 27 juillet 2015

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Cher Hervé, à ta question "pourquoi les acheteurs de Carrefour ne rédigent-ils pas eux-mêmes les notes de dégustation et les accords des vins qu'ils sélectionnent? ", je te dirais que c'est ce qu'il font justement, tu ne crois tout de même pas que Bruneau Father & Son s'abaisseraient à rédiger ce genre d'ineptie. La vrai question serait : cautionnent-ils cette parfaite foutaise? Si oui, pour quel montant? Sûrement pour une somme supérieure à n'importe quel bon article de fond écrit par un journaliste professionnel et presque impartial...
Ceci dit j'ai bien apprécié que notre Eric national réagisse à ton billet car ne l'oublions pas il y a moins d'un an c'était notre HYPER sommelier...

Écrit par : Marc Ledan | 27 juillet 2015

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J'ai eu le bonheur (réel) de m'attabler souvent chez M. Bruneau, déjà avant que son restaurant ne déménage, plus bas dans la même rue. J'ai longtemps habité ce quartier populaire. C'était excellent. En plus, ce n'est jamais moi qui ai payé (famille, rarement; une société pharmaceutique, le plus souvent). J'ai des dizaines d'anecdotes à raconter, que je certifie toutes comme vraies, à propos des "bourdes" de son épouse, autant de fautes contre l'hospitalité qu'on attend d'un pareil établissement. A la fin, j'exigeais lors des réservations (dans un cadre professionnel) qu'on m'assurât qu'elle n'entrerait pas en contact avec les invités du sponsor. Mais les repas furent toujours d'un très bon niveau, même lorsque la compagnie comptait une vingtaine de personnes.
Par après, j'ai eu le plaisir d'assister à un panel de dégustation d'une trentaine de portos vintage 1977, organisé largement par feu l'importateur de Niepoort, Jan de Zwart et par M. Cocquyt pour le compte du magazine "Ambiance Culinaire". En incidente, je signale que HUIT des flacons étaient malheureusement bouchonnés. J'étais assis en face de M. Bruneau père, qui a annoncé derechef ne pas être un expert en porto. Pourtant, il dégustait avec application et ses avis étaient très intéressants. Je confirme donc l'affirmation d'EB: le père, au moins, apprécie le v(a)in, avec application.
Autre monstre sacré de la table, qui s'est abaissé à prendre du blé pour vanter les bibines de la GD (et du Savour Club): M. Wynants. Grand chef s'il en fut, ses interventions viniques étaient toujours d'un "tarte" consommé.
Pire encore, remplaçant au pied levé, à la demande d'André Parcé, un plumitif belge indisponible au sein de l'Académie du vin, j'ai eu la surprise de voir s'installer à notre table, avant la fin du service, M. Senderens lui-même (toque sur le crâne et vareuse même pas souillée). Les commentaires qu'il a faits à propos de tout l'emportaient en ineptie sur ce qu'il m'avait été donné d'entendre dans ma vie avant cela (j'étais plus jeune il est vrai).
Que déduire ce cette petite série d'exemples?
Certains chefs feraient souvent mieux de l'ouvrir pour déguster leurs nouvelles recettes, mais de la fermer quand ils n'ont rien d'intéressant à expliquer sur le vin.
Evidemment, il y en a parmi eux qui adorent le vin, le connaissent bien, et l'intègrent harmonieusement à leurs préparations. Mais ce n'est pas automatique, parmi ceux que je côtoie en tout cas.
Enfin, règle orthographique "à la Charlier", qui se passe d'explication fumeuse: tous les adjectifs de couleur COMPOSES (plus d'un mot, ça veut dire) sont invariables. C'est facile à retenir ... et ça marche.
Ex: des yeux bleu clair, des nappes rouge pivoine, un troupeau d'éléphants gris souris (amusant, celui-ci, à plus d'un titre), des éminences gris foncé .... L'orthographe, la science des imbéciles, dont j'aime à me faire le champion.

Écrit par : Luc Charlier | 28 juillet 2015

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