15 février 2015

A propos du Grand Jury Européen, de la critique, de la théorie du complot, de l'anonymat...

Le Président du Grand Jury Européen, François Mauss, a posté sur son blog un article traitant de sa méthodologie et de son évolution. C'est ICI.

Les commentaires, nombreux, ont vite tourné à l'aigre. Je n'ai pas pu m'empêcher de poster le mien, que je me permets de reproduire sur ce blog.

Je trouve assez effarante la polémique sur l'indépendance du GJE. Pourquoi tant de suspicion? On ne demande pas autant de garanties aux magazines recevant de la publicité, ni aux concours qui ne publient jamais aucune note et ne sélectionnent jamais de vin à l'entrée, ni aux guides qui utilisent des courtiers, négociants et producteurs! Et que faut-il penser des comptes rendus des Primeurs, dégustations-abattages de vins non finis et préparés pour l'occasion?
Je précise que je n'ai aucun lien avec le GJE. Et que je ne suis pas un inconditionnel des grands crus. 
D'ailleurs, mon souhait serait qu'il ouvre ses dégustations à des vins moins cotés - tiens, vu la polémique sur le dossier Roussillon de Decanter, j'aimerais bien que le GJE s'intéresse aux rouges de cette belle région.

J'ajoute que je suis gavé de l'esprit négatif qui règne aujourd'hui dans bien des domaines; rien de ce qui préexiste, rien de ce qui se crée, rien de ce qui se transforme ne trouve grâce aux yeux de certains de nos contemporains. 

Vous êtes Charlie? Vous faites partie du complot. Vous n'êtes pas Charlie? Vous faites partie de l'autre complot. Vous primez un vin? C'est que vous aviez un intérêt caché, des accointances suspectes; vous critiquez un vin nature - vous n'êtes qu'un incompétent - pire, un vendu à la solde du grand capital. Vous ne le critiquez pas? Vous avez succombé à une mode.

Bien sûr que tout est critiquable, que tout doit pouvoir être examiné. A condition bien sûr qu'il y ait matière à questionnement. Mais pourquoi toujours voir le mal partout? Pourquoi toujours chercher un agenda caché dans les choix les plus simples?

Qu'est-ce qui a fait, par exemple, que je vous parlais hier d'un Rivesaltes des Vignerons de l'Agly, plutôt qu'un autre vin? Rien d'autre que de l'avoir vu dans les rayonnages d'un magasin, et d'avoir été attiré par le nom de François Arago. De l'avoir acheté, par curiosité.

Dans la même semaine, j'ai reçu plusieurs échantillons de vins que je n'ai pas commentés, parce que je ne leur ai pas trouvé un intérêt suffisant pour vous en parler. Ca aurait pourtant été plus facile, et ça ne m'aurait rien coûté.

Je dis ceci pour ceux qui pensent que des considérations économiques dictent toutes nos dégustations, et nos coups de coeur. Et bien non!

Notez que s'en défendre, c'est aussi prêter le flanc à la critique: "vous voyez bien qu'il a quelque chose à se reprocher"... C'est aussi imparable qu'un réquisitoire du temps de la justice soviétique. Ou qu'un prêche, au choix.

Ma conclusion provisoire, si vous le voulez bien, sera la suivante: croyez ce que vous voulez. Je peux me tromper, mal écrire, faire des erreurs de jugement, mais ce sera toujours de bonne foi. Et puis, il y a bien d'autres blogs à visiter.

D'un autre côté, sur celui-ci, contrairement au GJE, je n'accepte plus les commentaires anonymes depuis longtemps.

C'est une question de dignité. Je m'expose, je signe chaque billet, j'attends la même honnêteté de ceux qui me critiquent.

00:34 Écrit par Hervé Lalau dans France, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

Commentaires

Merci Hervé de ce coup de gueule… sans grosse bertha :-)

En fait, il suffit simplement de ne plus donner d'importance à ceux qui critiquent systématiquement avec toujours ce sous-entendu pénible que, quelque part, on "touche".

Ici comme sur notre blog, il y a des lecteurs qui passent outre ces commentaires oiseux, sachant parfaitement lire comme il se doit, c'est à dire avec toujours un sens du relatif.

Et on revient à notre Tonton favori : "j'parle pas aux cons, ça les instruit".

Écrit par : mauss | 15 février 2015

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Hervé, mon clavier subit les doigts d'un de ceux dont tu parles, ceux qui critiquent TOUT, mais tjs à visage découvert. C'est un parti-pris de ma vie: ne rien croire, ne rien prendre pour argent comptant. Il y a tjs un agenda caché, mais il est souvent inconscient. Toutes nos actions visent à satisfaire un besoin, reconnu ou non.
Cela étant, nous devons être capables d'accepter la critique, de la laisser glisser avec indifférence ou de l'analyser avec honnêteté (ces alternatives ne sont pas mutuellement exclusives et peuvent se succéder dans le temps).
C'est même ainsi que j'ai tenté d'élever mes enfants, croyant bien faire.
Je te retourne l'argument: pourquoi accepter d'emblée que "l'autre" est brave et honnête? Ce n'est pas ainsi que le monde tourne.
TOUTEFOIS: dès lors que l'on a la suspicion raisonnable du caractère "OK" de ce que l'on a analysé, et c'est la majorité des cas, alors on peut se laisser aller à l'enthousiasme, au plaisir, à l'amitié, aux péchés en fait. Voilà bien où réside le hic: tout ce que l'homme aime, individuellement, tout, comporte un risque de dérapage très dangereux pour la société dans son ensemble. C'est pour cela que les religions, les morales et les dirigeants qui sont souvent leurs acteurs ("implémentants") ont cette attitude. Tu as posé une question et je t'y réponds.
En ce qui concerne le GJE, il avait (années '80, voire même peut-être fin des '70, je vieillis) édité une "grille d'évaluation" dont je me servais dans les clubs autour de moi ou pour les soirées qu'on me demandait d'animer. Elle était bien faite et formait une très bonne base de travail. C'est le témoignage que je souhaitais apporter.
Feu mon père était enfant unique, et ma mère l'est encore toujours. Par conséquent, à l'inverse de M. Mauss, je n'ai pas de Tonton. Toutefois, je conclurais - moins méchamment - dans le même sens: "Comme je suis sourd, je n'entends pas les cons .... ".

Écrit par : Luc Charlier | 16 février 2015

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