26 février 2015

200 ans déjà

Juin 2015 marquera le bicentenaire de la bataille de Waterloo, mais la fin de l'Empire napoléonien est marquée par d'autres dates importantes, notamment celle du début des 100 jours.

Or, voici 200 ans, le 26 février 1815, Napoléon quittait l'Ile d'Elbe pour se lancer à la reconquête de la France.  

Comme nous aurons l'occasion, je suppose, d'entendre nos amis britanniques, ou russes, ou allemands rappeler abondamment notre déroute finale; comme il ne manquera pas non plus de Français pour fustiger un régime sanglant et autoritaire, je sens que nous allons nous délecter de notre grande défaite...

En 2007, pour le bicentenaire d'Austerlitz, point d'orgue de l'Empire, la France n'a rien fait. Pas question pour la République de fêter la victoire d'un despote, nous a-t-on dit. Et puis, c'eut été par trop franchouillard. 

Nos amis d'Outre-Manche n'ont pas ces scrupules, et célébreront dignement, jusqu'en Belgique, la victoire d'une monarchie parlementaire qui n'était pourtant pas exempte de tout reproche - seuls les riches y votaient, la noblesse y occupait encore l'essentiel des pouvoirs et les patrons d'une nouvelle ère industrielle y transformaient les paysans en ouvriers esclaves. 

On passera bien sûr sous silence le fait que c'est le pacifique gouvernement de sa Gracieuse et Presque Démocratique Majesté, en mai 1803, qui met fin à la paix d'Amiens (après avoir omis d'en respecter bon nombre d'articles), et non le belliqueux tyran Bonaparte. 

En juin, sans doute débouchera-t-on à Londres quelques bouteilles de Mouton-Rothschild - une partie de la fortune de la dynastie bancaire provient en effet d'un judicieux pari sur la défaite de Napoléon. L'eau a coulé sous les ponts de Bordeaux, depuis, et Rothschild est devenu un des symboles du vin français.

Quant à moi, j'ai décidé de prendre le contre-pied de notre auto-bashing: fier d'être français, j'assume toutes ses époques, toutes ses contradictions. 

Si je ne crois plus guère à l'homme providentiel, je ne peux m'empêcher d'admirer des périodes du passé où notre pays était un acteur majeur de l'Histoire du monde. napoleon-ier-quittant-lile-delbe.jpg

C'est pourquoi, en commémorant un événement symbolique d'une audace, d'une déraison dont je trouve souvent qu'elle nous fait bien défaut - pensez, repartir de zéro ou presque, abandonner la sécurité d'un royaume d'opérette pour une nouvelle vie de combats - je salue, plus que l'acte d'un homme, l'esprit de panache qui n'est d'aucune époque. 

Je laisse aux censeurs internationalistes la joie de m'opposer tous les crimes de Napoléon - tout ce qu'ils pourront dire aura au moins l'avantage de reparler d'un régime, qui, à ce que l'on m'a dit, n'est plus au programme de l'Education nationale.

00:07 Écrit par Hervé Lalau | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

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