14 janvier 2015

Saveurs de l'année

L'autre jour, à Paris, je suis tombé sur une bouteille de Vouvray de Félicien Brou portant le macaron "Saveurs de l'Année". Je connais mal cette opération, et je ne suis guère convaincu par les macarons en général - combien de Vouvrays étaient en lice? Combien d'effervescents?

Car un peu comme dans les concours, c'est toujours le même problème: ne participent que ceux qui le veulent bien. Que le jury soit composé d'experts ou de consommateurs lambda ne change rien: personne ne peut jamais garantir de ne pas être passé à côté d'une autre médaille d'or, d'une autre "saveur de l'année".

Mais ce macaron a eu au moins un mérite: celui de me faire m'intéresser à ce Félicien Brou. Je suis donc allé sur le site de Saveurs de l'Année pour voir ce qu'on en dit.

J'ai d'abord appris que ce n'est pas une, mais deux de ses cuvées qui sont Saveurs de l'année: le brut et le demi-sec. Beau doublé!

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Surtout, j'ai pu lire les commentaires des produits, d'une part par des professionnels, de l'autre par le panel de consommateurs.

Voici ceux relatifs au brut.

D'abord celui des "experts":

"Le Vouvray Demi-Sec présente des notes de citron, de coing confit et de fruits mûrs avec de légères notes grillées. Très bel équilibre entre le sucre et l'acidité qui confère à cette cuvée élégance et harmonie."

Puis celui des consommateurs:

"Odeur entrainante, bulles légères, goût fruité et sucré. Son coloris (sic) jaune pâle lui donne une apparence festive agréable".

Ce petit exemple montre bien l'écart qu'il y a entre le vin tel que nous autres professionnels le percevons, et le vin vu par le consommateur.

Je ne sais pas si cet écart grandit ou non, je ne sais pas s'il est "normal" ou pas, et même si nous devons nous efforcer de le réduire.

Mais j'y vois plusieurs explications.

D'une part, il y a la question du bagage. Il n'est guère difficile à des pros qui dégustent tous les jours d'avoir à leur disposition plus de mots pour le dire, et même - on l'espère du moins - plus d'aptitude à reconnaître tel ou tel arôme, telle ou telle saveur.

D'autre part, le pro déguste pour décrire, tandis que l'amateur déguste pour boire.

Cela m'a fait poser la question qui tue: sommes-nous utiles? Nos descriptions aident-ils le consommateur dans son choix? Le rassurent-ils ou le perturbent-ils? Faisons-nous figure de modèles ou de repoussoirs? 

Mais ne suis-je pas en train en généraliser? Il y a tellement de consommateurs différents! Faut-il, sous prétexte d'être accessible au plus grand nombre, au parfait néophyte, en revenir au degré zéro de la communication, renoncer à tout espoir d'élever le niveau?

Je réponds non. 

08:01 Écrit par Hervé Lalau dans France, Gastronomie | Tags : saveurs de l'année, critique viticole | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

Commentaires

Euh, Hervé, il existe sans doute des entraîneuses (avec le circonflexe, de préférence) odorantes. Mais qu'est-ce que c'est qu'une "odeur entraînante"?

Écrit par : Luc Charlier | 14 janvier 2015

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Je pense - au risque de me tromper - que ce logo Saveur de l'année n'est qu'un moyen de plus qui rapporte beaucoup dans le but de mettre plus en avant les produits dans les hypers, supers et autres. En gros, les produits ne sont pas vraiment choisis pour leur valeur intrinsèque mais pour le chèque qui rentre en caisse.

Écrit par : Michel Smith | 14 janvier 2015

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