04 décembre 2014

Pour kabbale, t'as plus rien!

Vous avez aimé le Da Vinci Code? Le Rasoir d’Okham? Vous allez adorer cette chronique.

Au commencement, la vigne était une plante. Son fruit donnait un jus, dont les premiers hermétistes, Noé en tête, ont vite découvert le potentiel de transmutation.

De là à dire que la vigne est le fameux arbre de vie, il n’y a qu’un pas que je laisse Dan Brown franchir à ma place. Ajoutez quelques chiffres hébreux, des indices arrachés à de vieux grimoires, quelques graines de vigne, et vous découvrirez, au choix, que Jésus s’appelait Josiane ou que le chardonné est nay à Bethléem.

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Qabbalah-Tree-of-Life

L’arbre de vie de la Kabbale. Cette Kabbale, on la retrouve au Canada, bien plus tard. Et aux Etats-Unis, où parmi les initiés les plus en vue, on trouve  aujourd’hui  Madonna et Jennifer Anniston, transfuges du Cathodicisme.

Mais revenons à nos raisins.

Pendant que la plupart des kabbalistes s’intéressaient aux métaux, tentant de  changer le plomb en or (comme les dentistes), un petit groupe, sous l’égide de Rabbi Weinberg, s’efforçait d’obtenir la transformation du jus de raisin en vin. Avec l’aide du Doktor Lokomotiv et du Professor Bulk, ce groupe allait bientôt faire du vin une kolossale industrie.

Un plus petit groupe au sein de ce groupe, presque une secte, s’est attaché à une opération encore plus radicale: la transformation de la pierre en vin. C’est l’oeuvre au rouge... et blanc, La Pierre Bacchanale.

Kabbale au centre

 

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 «Les grands maîtres de la Kabbale comptaient chaque mot et chaque lettre et alors que leurs nombres étaient représentés par leurs lettres, ils comptaient la numération de tous les noms et titres de Dieu ainsi que tous les noms propres, ainsi que la numération des phrases contenant des commandements divins». Et maintenant, débrouillez-vous!

Ils ont eu bien du mérite. On en trouve encore en France et même ailleurs  – oui, il y avait déjà du vin de terroir en Géorgie, au Liban, en Grèce, à Carthage, bien avant que nos ancêtres les soiffards n’achètent à Rome de quoi arroser leur agapes guerrières.

En Arménie, on a retrouvé des jarres de vinification datant de 6100 ans. Comme quoi ce pays a d'autres gloires à faire valoir que la famille Blingashian. Plus près de nous, à Montalcino, à Toro, à Ribeiro, à Beaune, on a des preuves que la viticulture locale remonte au moins au Haut Moyen-Age, sinon aux Romains, comme à Falerne, à Beaucaire, à Die, à Pessac, en Carnuntum...

Certes, on n’y faisait sans doute pas le même vin qu’aujourd’hui. La technologie est incomparable. Certes, les sols était certainement plus vivants qu’aujourd’hui. Mais il n’empêche, ces lieux chargés d’histoire et leur petites AOC communales ou sous-régionales sont les héritières, plus ou moins dignes, d’une alchimie assez complexe entre des sols, un climat et des habitudes culturales. Bien sûr qu’il y a énormément d’outrecuidance à dire que les vins de Montrachet perpétuent la mémoire de vins des moines de Citeaux. Les kabbalistes de AOC sont des demi-farceurs, mais souvent, aussi, de vrais amoureux de leur vigne et de leur terre. Il produisent des vins à l’image de leur terre, mais également, et c’est aussi important, à leur image à eux; ils sont des catalyseurs humains sans lesquels le vin ne serait pas. Ils ne pètent pas plus haut que leur cru, non, ils le subliment. Si seulement ils étaient plus nombreux…

Parce que j’ai oublié de vous parler de la tendance dominante, aujourd’hui, dans la Kabbale vineuse; de l’Eglise des Faux-Monnayeurs. Ou faut-il parler de Marchands du Temple?

Ceux-là ont fait d’un concept simple, l’AOC, basé sur la défense des usages locaux, loyaux et constants et sur la différence, un fourre-tout, une simple marque, un fantôme, un fantasme. Ils ont récupéré le trésor, l’ont fondu, et en font de la fausse monnaie. 

Mise en Pline…

Oui, l‘Eglise des Faux Monnayeurs, qui a oublié les prophètes pour les profits, a mis la main sur le terroir, elle l’a désacralisé. 

Et nous, les journaleux, leurs porte-voix, leurs porte-plumes, on ferme les yeux ou on tombe dans leurs panneaux.

Ils nous inondent de communiqués à la noix à l’annonce du moindre projet de classement des couilles climatisées des moines de Bourgogne, mais pas un mot sur le concassage d’une parcelle de premier cru à Gevrey.

Ils nous parlent de bon millésime, même en année pourrie. Ils nous parlent d'effet terroir, tout en le gommant par l'osmose inverse, la chaptalisation, les levures, l'irrigation...

Ils veulent bien qu’on leur cire les pompes à vin, quitte à leurrer le consommateur, mais pas question de mettre notre nez dans leurs petits secrets, on passerait pour des ingrats ou des irrespectueux. Pas question d’empêcher quiconque de massifier en rond, sinon, on se plaindra à ton éditeur.  Notre respect, pourtant, c’est d’abord au lecteur qu’on le doit.

Tout ça ne date pas d’hier, bien sûr. Pline, dans son histoire naturelle (un peu pompée, si vous me passez l'anachronisme), nous parle des vins du temps d’Auguste, et notamment du vin de Falerne. Déjà, à l’époque, on distingue le Falerne «de base» et  le Falerne faustien, issu d’une zone bien délimitée, et réputée donner les plus beaux produits. Le précurseur de tous les naturalistes précise que l’âge idéal pour le boire est de 15 ans.

Mais Pline dénonce déjà son «abâtardissement», dû selon lui au fait «qu’on vise plutôt la quantité que la qualité».

Rien de nouveau sous le soleil du Latium, de Campanie ou d’ailleurs.

Sur ce, je m’en vais transmuter un verre de terroir au travers de mon gosier. Pas un Falerne, non. Mais un Chablis Grand Cru Les Preuses 2008 de Brocard, en biodynamie. Quand l’acidité se fait suave, quand la vivacité se fait grasse, presque confite, quand les extrêmes se touchent.

 

Hervé Lalau

00:20 Écrit par Hervé Lalau dans Pour rire | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

Commentaires

Billet à enregistrer. Merci !

Écrit par : mauss | 04 décembre 2014

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