06 octobre 2014

Grand Crémant... de Cava

N'allez pas croire que je veuille jouer les indics, les auxiliaires de la police des marques, mais voici une étiquette qui m'étonne. C'est celle du Cava de Castellblanch, la cuvée Grand Crémant.

Je croyais que le nom de Crémant était réservé à un petit club de producteurs - essentiellement français, accessoirement luxembourgeois ou wallons. Voici mes certitudes qui s'écroulent.

De deux choses l'une: ou bien le Cava a rejoint le club (auquel cas cela devrait doper la notoriété du Crémant, au point qu'on se demande si ce ne sont pas tous les Crémants qui devraient revendiquer l'appellation Cava).

Ou bien c'est de l'usurpation d'identité.

De quoi je me mêle, me direz-vous?

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Indécrottable pourfendeur de moulins, j'ai la faiblesse de croire dans la valeur des mentions censées éclairer le consommateur dans ses choix. 

Jusqu'à preuve du contraire.

Je m'étonne quand même que le revendeur de ce Cava (une enseigne de la GD belge, en l'occurrence) n'ait pas tiqué au moment d'acheter cette cuvée. Est-ce de l'opportunisme? Du j'menfoutisme? Ou simplement de l'ignorance?

00:25 Écrit par Hervé Lalau dans Espagne, Europe, France | Lien permanent | Commentaires (8) | | | |

Commentaires

Pourquoi ?

Sauf erreur de ma part - de plus en plus fréquentes à mesure que je vieillis - le terme de "crémant" n'a aucune valeur légale sur le plan international. En France - mais qui êtes-vous? - on désigne ainsi un effervescent obtenu par la méthode champenoise (merde au CIVC) alias traditionnelle et issu d'une zone d'appellation. Cela ne veut rien dire. C'est un mousseux obtenu par prise de mousse secondaire sur un vin de base, suivi d'un dégorgement. Point barre. Pourquoi pas en Espagne?
A Limoux - je les adore, ces vins - il a été CONVENU que la différence avec la blanquette résiderait dans la composition en cultivars de l'assemblage. Pourquoi pas, mais c'est de la cuisine interne et le monde entier n'est pas obligé de dire "amen" aux Audois.
Le champ' entretient une armée de légistes pour maintenir son exclusivité. C'est de bonne guerre mais ne leur confère, à mes yeux écarquillés, aucune légitimité éthique, même si la justice en juge autrement. De tout temps, selon que vous serez puissant et riche ....

Écrit par : Luc Charlier | 06 octobre 2014

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Bonjour,

Allez, je vais vous éclairer de manière pragmatique et vous apporter le contexte légal de la protection du terme "Crémant" au niveau communautaire.
Celui-ci, dans sa dernière version du règlement du 14 juillet 2009, précise les conditions du'utilisation du terme "Crémant" au niveau communautaire.
Je vous les rappelle ci-dessous:
"L’expression «Crémant» ne peut être utilisée pour la désignation de vins mousseux de qualité blancs ou rosés bénéficiant d’une appellation d’origine protégée ou d’une indication géographique d’un pays tiers que si:
a)
les raisins sont récoltés manuellement;
b)
les vins sont issus de moûts obtenus par pressurage de raisins entiers ou éraflés. La quantité de moûts obtenue n’excède pas 100 litres pour 150 kilogrammes de raisins;
c)
la teneur maximale en anhydride sulfureux ne dépasse pas 150 mg/l;
d)
la teneur en sucre est inférieure à 50 g/l;
e)
les vins respectent les exigences fixées au paragraphe 4; et
f)
sans préjudice de l’article 67, le terme «Crémant» est indiqué sur les étiquettes des vins mousseux de qualité en association avec le nom de l’unité géographique qui est à la base de la zone délimitée de l’appellation d’origine protégée ou de l’indication géographique d’un pays tiers en question.
Les points a) et f) ne s’appliquent pas aux producteurs qui possèdent des marques commerciales contenant le terme «crémant», enregistrées avant le 1er mars 1986."
Ce texte est complété par des Cahiers des Charges émanant des pays membres pour fixer des conditions de productions et d'alaboration qui bien évidemment, ne pourront être que plus restrictives et qui sont pour la France les Crémant de Limoux, Crémant de Die, Crémant de Bourgogne, Crémant d'Alsace, Crémant de Loire, Crémant du Jura, et Crémant de Bordeaux. Il en sera de même pour les autres pays bien évidemment.
S'agissant du produit que vous prenez en photo, il entre dans le dispositif d'une marque enregistrée avant le 1ier mars 1986 et est donc exempt de ces conditions de production draconnienes. La preuve en est qu'il ne mentionne aucune région de production à côté du terme "Crémant" alors que cette notion est obligatoire.

J'espère avoir répondu à votre question d'une part, mais à vos inquiétudes d'autre part.
Conclusion: il faut boire du Crémant d'origine française pour être certain du respect intégral des conditions de production et avaoir la garantie d'un produit élaboré à partir d'un cahier des charges spécifique pour un produit final de grande classe et de qualité! cqfd :-)

Bien cordialemment, Olivier SOHLER Directeur de la Fédération Nationale des Producteurs et Elaborateurs de Crémant

Écrit par : SOHLER | 06 octobre 2014

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M. Sohler, merci, j'ai appris quelque chose.
Et je regrette d'avoir douté de la capacité des Crémants à défendre leur nom, puisqu'il s'agit d'une sorte d'exemption du fait d'antériorité.
J'ajoute quand même que le producteur espagnol serait bien inspiré de retirer cette marque du marché, afin d'éviter toute confusion.

Écrit par : Hervé LALAU | 06 octobre 2014

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J'aime bien ce genre de post.
Tout d'abord une interrogation, un étonnement... et ensuite un éclaircissement par un expert. Et on a tous appris quelque chose.
C'est bien les réseaux sociaux !

Écrit par : Pascal Hénot | 06 octobre 2014

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Ouaip, moi aussi j'ai appris quelque chose... En attendant les premiers Crémants de Savoie !

Écrit par : Michel Smith | 06 octobre 2014

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Mais M. Lalau, cher amateur de Crémant, je ne peux être que de votre avis et votre conclusion est particulièrement pertinente et résume l'ensemble de la problématique.
Le Crémant est défendu au niveau internationnal et les élaborateurs investissent dans les efforts qualitatifs depuis près de 4 décennies pour en faire un produit de grande qualité. Le Syndicat contribue quant à lui à sa notoriété et à son image et le podium du Rallye de France y a surement un peu contribué encore hier à Strasbourg avec les jéroboams qui y ont été servis!
Le Crémant de Savoie sera le 8e petit frère annoncé, comme l'indique à juste titre M. Hénot. Il est encore un peu en gestation mais sa naissance est proche, et surtout ..... prometeuse!!!
Vive les Crémants !!! Ils en font pétiller plus d'un !!!

Écrit par : SOHLER | 06 octobre 2014

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Merci pour cette information.
Dans cette affaire, c'est plutôt la Société CODORNIU qui pourrait se plaindre de l'atteinte à sa marque "Gran Creman" par CASTELLBLANCH, mais je ne connais pas les liens effectifs entre les deux.
C'est la marque "Gran Creman" qui a bénéficié d'un arrêt C 309/89 de la Cour de justice des Communautés européennes du 18 mai 1994:
http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:61989CJ0309&rid=1
Alors, bien sûr on pourrait faire le ménage dans ce paysage compliqué où l'on a offert une dénomination champenoise (crémant) pour consoler certains producteurs de la perte de la possibilité de parler de "méthode champenoise", sans trop réfléchir aux règles de la propriété industrielle.
Mais les marques ont une valeur patrimoniale et nul ne peut être privé de sa propriété sans une juste et préalable indemnité.
Allez, créons une taxe sur chaque bouteille de crémant pour exproprier les marques anciennes...
Bon, c'est pas trop politiquement correct.

Écrit par : Norbert | 07 octobre 2014

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Le grand Proudhon s'est exclamé: "La propriété, c'est le vol". On peut en débattre. La propriété "intellectuelle" lui donne certaienemnt raison.

Écrit par : Luc Charlier | 07 octobre 2014

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