18 juillet 2014

Une question de rendement

Le CIVC vient d'annoncer la limite officielle du rendement pour la récolte 2014 - celui-ci reste à 10.500 kilos de raisin par hectare. 

La Champagne est un des rares vignobles français à exprimer ainsi ses rendements, et il faut une bonne calculette pour le transposer en hectolitres: le ratio retenu par la profession est de 0,006375.

Si on l'applique, les 10.500 kilos se transforment en 66,93 hectos à l'hectare.

Rien ne dit, bien sûr, que le ration soit exact pour chaque producteur: en fonction de la date de récolte et de l'année et même du cépage, un kilo de raisin peut fournir plus ou moins de liquide. 

Plus généralement, les chiffres de rendements sont à prendre avec beaucoup de pincettes.

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Et l'irrigation? (Photo (c) H. Lalau)

Qu'ils soient exprimés en kilo ou en hectolitres, plusieurs facteurs peuvent fausser l'analyse: la densité de plantation à l'hectare; les cépages (et notamment la couleur, le rendement étant en général plus élevé en blanc qu'en rouge); le type de vin (avec notamment le cas des vendanges tardives, des VDN et des mistelle). La possibilité ou non d'irriguer (un élément déterminant dans les zones du Sud de l'Europe) .

Une mesure au pied de vigne serait plus exacte. Mais les habitudes ont la vie dure.

Certains utilisent le rendement (et plus précisément, la faiblesse des rendements) comme argument qualitatif.

C'est exagéré.

Certaines zones sèches du Sud de l'Europe, et à faible densité de plantation ont naturellement de faibles rendements, qui ne confèrent pas forcément à leurs vins un avantage qualitatif, par exemple. Par ailleurs, si l'on compare les chiffres officiels entre différents pays, on s'aperçoit que les plus faibles rendements ne sont pas focément associés aux pays et aux vignobles les plus prestigieux.

Ainsi, les rendements les plus bas en Europe sont relevés à Chypre (13 hl/ha), et les plus élevés au Luxembourg (122 hl/ha). La France et l'Italie se situent en situation médiane, avec respectivement 58 et 68 hl/ha. 

L'Espagne est nettement plus bas, à 33h/ha, la Suisse plus haut, à 81 hl/ha.

 

14:58 Écrit par Hervé Lalau dans Champagne, France, Portugal, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

Commentaires

Il est difficile de prouver quoi que ce soit en matière de rapport qualité/rendement. Toutefois, et je ne suis pas suspect de partialité car mes rendements à moi sont scandaleusement, dangereusement, anormalement bas, il est certain qu’on ne gagne rien à tomber en-dessous de certains chiffres (20-25 hl en rouge et sans doute un peu plus en blanc) mais que par contre il n’existe aucun vin à grande typicité susceptible de plaire aux amateurs chevronnés – tu vois, je suis prudent – au-delà de 50 hl (en rouge) et un peu plus en blanc. Le « hic » est de définir et de quantifier la notion de « qualité ». Dans le même ordre d’idée, la notion de « densité de plantation » idéale est un concept très difficile à appréhender, d’autant que le lobby des pépiniéristes et des vendeurs de produits phyto pousse à l’augmenter.
Enfin, « pays les plus prestigieux », cela veut dire quoi ? Il y a au moins 1.000 blancs au monde que j’échange volontiers, bouteille contre bouteille, à la place d’un Montrachet. Et encore beaucoup plus si tu prends Petrus ou Lafitte comme exemple en rouge.

Écrit par : Luc Charlier | 18 juillet 2014

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Le prestige d'un vignoble, c'est la valeur d'image ajoutée, une sorte de rente de situation, et pour moi, cela ne signifie rien. Pour l'investisseur et le buveur d'étiquette, par contre, c'est capital, dans tous les sens du terme.

Écrit par : Hervé Lalau | 18 juillet 2014

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