20 avril 2014

MW: Cho devant

Je n'en finirais pas de râler à propos des Bordeaux 2013. Et de la complaisance dont ils sont l'objet.

Passe encore que les producteurs assurent la promotion. Mais que des confrères et consoeurs se croient obligés de les appuyer, cela dépasse les bornes.

C'est pourtant ce que fait Jeannie Cho. Cette Master of Wine venue d'Asie n'hésite pas à parler d"un équilibre entre tannins légers et acidité comme on en n'avait plus vu depuis longtemps". Et à vanter les qualités rafraîchissantes de ces vins (la fraîcheur étant aujourd'hui au Grand Cru ce que les plumes sont au lapin). Quant au prix au litre de cette étonnante fraîcheur, Mme Cho n'en souffle mot; il n'y a que des esprits mesquins comme le mien pour s'intéresser à de si basses considérations.

Même en ce jour de Pâques, Mme Cho (MW) pousse un peu loin la charité chrétienne.

J'ai lu avec attention les notes de dégustation d'autres collègues ayant assisté aux primeurs, et dont j'ai déjà eu l'occasion d'apprécier les efforts d'objectivité, comme l'oenologue Fabian Barnes. L'image que je me suis faite ressemble plutôt à celle d'un échouage massif de globicéphales amaigris et désorientés par le mauvais temps qu'à celle d'une pêche miraculeuse. Même en tirant sur l'élastique du langage, la dilution et la verdeur ne deviendront jamais de la fraîcheur. Pour employer une autre comparaison, plus automobile, celle-là, j'ai l'impression que Mme Cho (MW) veut nous vendre une Ferrari avec un moteur de 2CV, mais au prix habituel, en nous vantant le fait que la sous-motorisation nous évitera des accidents.

Ce qui me fait me poser deux questions très existentielles.

Primo, le meilleur équilibre à Bordeaux est-il atteint lors des années de sous maturité, comme 2013? Avec comme question subsidiaire: doit-on modifier l'encépagement bordelais pour être sûr que les cépages ne mûrissent jamais, même dans les années correctes?

Secundo, le titre de MW est-il toujours une garantie de sérieux, de compétence à la dégustation et d'indépendance d'esprit?

Ou s'oriente-t-on vers une nouvelle définition de ce prestigieux acronyme, à savoir "Merchant of Wine"?

 

11:12 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, Chine | Lien permanent | Commentaires (9) | | | |

Commentaires

il n'y a que les imbéciles - et encore - pour se pavaner devant le sigle MW. Ils ont néanmoins un avantage: ils connaissent par coeur toutes les amourettes de tous les propriétaires de grand cru bordelais et toutes les pluviométries moyennes de toutes les régions de la Tasmanie. C'est là-dessus qu'on les juge.

Écrit par : Luc Charlier | 20 avril 2014

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Excellent papier Hervé . Personne ne peut prétendre à de l'objectivité en parlant du vin. Les Masters of Wine sont comme tout groupe, si petit et "élitiste"qu'il soit : il contient des membres qui sont honnêtes, très bons, bons, mauvais, et même malhonnêtes (Pancho Campo, es-tu là ?). Il ne faut donc pas les encenser plus que d'autres groupes professionnels, comme les sommeliers, par exemple. Après, ils (Les MW) sont censés adhérer à une charte déontologique, et c'est là ou on peut commencer à faire le tri. Luc a un peu raison sur les critères de sélection, mais juste un peu, car c'est quand -même très exigeant comme examen. Mais pas du tout indispensable pour avoir de la discrimination, ce qui ne semble pas être le cas de Mme Cho.

Écrit par : David Cobbold | 20 avril 2014

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Discernement / discriminating intelligence ?

Écrit par : Jean Charles Bischoff | 21 avril 2014

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Merci Jean Charles pour cette correction finement présentée !

Écrit par : David Cobbold | 21 avril 2014

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Et si notre anglophone maniant pourtant si finement le français avait finalement (eventually) raison? Les MW sont les rois de la discrimination: tout ce qui n'est pas britannique (ou à la limite anglo-saxon) est automatiquement moins digne d'intérêt et sujet à soupçon. D'accord, David, je caricature un peu. J'ai rencontré dans ma vie quelques MW's qui connaissaient le vin et étaient des compagnons de route tout à fait charmants. J'ai surtout vu une floppée d'enfoirés imbus d'eux-mêmes, scolastiques et surtout "auto-proclamés". J'ai aussi rencontré des dégustateurs excellents ayant échoué aux épreuves.

Écrit par : Luc Charlier | 21 avril 2014

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Ah bon ? Parce qu'il faut faire du vin pour en parler ? Comment fait-on alors pour intéresser les gens aux vins que vous faites dans ce cas ? Si on n'écoutais que les producteurs, il n'y aurait aucun vin moins bien qu'un autre, pour ne prendre qu'un exemple. En transposant votre idée ailleurs, tout commentaire sur la politique fait par d'autres que les gens qui en font (de la politique) serait superflu et stérile. C'est un joli monde que vous nous proposez !

Écrit par : David Cobbold | 22 avril 2014

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Verjaune? Indésirable ici comme tout les anonymes.

Écrit par : Hervé LALAU | 22 avril 2014

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Les anonymes ont le courage de leur transparence, et la couleur de leur opacité.

Écrit par : David Cobbold | 22 avril 2014

Euh, et moi, M'sieur, je viens de commencer mon .... dixième millésime. Je sais, ce n'est pas grand chose, mais c'est un début quand même. Et 35 étoilés français en proposent à leur carte, sans jamais être passé par un commercial. Peut-être que Christine et moi n'en parlons pas si mal, après tout ?
Humblement, David et Hervé, je pense que ceux qui ne connaissent rien à la technique doivent s'abstenir de donner des leçons aux vignerons. Ca, c'est sûr. Mais TOUT LE MONDE a le droit d'avoir un avis sur un vin, sur les vins, et de le faire partager. Après, la manière de le dire, le degré d'expérience et l'honnêteté varient d'une personne à l'autre.
Le bon côté des blogs, c'est qu'on les lit - et qu'on intervient - si on en a envie, et puis qu'on zappe dans le cas contraire. A l'école ou à la messe - paraît-il, je ne suis pas un spécialiste de cette dernière - on est souvent obligé de rester jusqu'à la fin !

Écrit par : Luc Charlier | 22 avril 2014

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