04 avril 2014

Cépages oubliés - et parfois, c'est tant mieux!

Voici quelques jours, lors de Campania Stories, j'ai découvert à Naples deux cépages rouges que je ne connaissais pas: le Pallagrello Nero et la Casavecchia. 

J'ai immédiatement pensé à ces gens dont on apprend la mort dans le journal, alors qu'on en soupçonnait ni l'existence, ni l'importance: "Décès de Meredith Moitout, pionnier de l'aéropostale et inventeur de la musique sphérique". En plus, on l'oublie aussi sec.

Vous savez que je milite pour les cépages minoritaires, oubliés, délaissés. Pour la diversité. Mais encore faut-il qu'ils soient aptes à produire de belles choses. Pour ces deux variétés, j'ai comme un doute.

L'histoire ne les a pas traité de la même façon. Pour les (très) vieux Napolitains, le Pallagrello était le vin des grandes occasions. Il était même, à ce qu'on dit, très prisé des Bourbons, sous le nom de Piedimonte. Sauf qu'on est pas tout à fait sûr qu'il s'agisse du même. Et je n'ai pas de Bourbon sous la main pour vérifier.

Pour la Casavecchia, c'est un peu plus confus encore: l'expert nous dit qu'elle a des origines mystérieuses. Qu'elle aurait été retrouvée dans la montagne, près d'une vieille maison romaine (d'où son nom), après le phylloxéra; et qu'elle donnait plutôt un vin charnu de consommation familiale. Là, je pense à Ferrat et à son vin qui faisait des centenaires, "à ne plus savoir qu'en faire".

S'il s'agit de deux variétés très différentes, elles ont été sauvées à peu près en même temps, dans les années 90, et à peu près dans le même coin, le Volturno. Les premières mentions sur les étiquettes remontent à 1997.

Cette introduction pour vous situer le contexte local.

Mais ça ne change rien à un constat assez décourageant: sur la quinzaine de vins dégustés, issus exclusivement de ces deux cépages, "in purezza" (jusqu'à preuve du contraire), il n'y en a pas plus de deux que j'aimerais acheter - sans parler de vous les recommander. 

Le problème, à mon sens: leur rusticité, leur côté végétal, et la verdeur de leurs tannins. Sur ce plan, je ne peux pas vous dire le quel est le pire de deux. Tout se passe comme si ces cépages avaient survécu dans quelques zones de l'arrière-pays de Caserte où la polyculture de subsistance leur offrait un débouché local, même s'ils n'arrivaient que rarement à maturité. Raccrochez-les aux Etrusques, aux Grecs, aux Romains ou à Garibaldi, peu importe, ils sont ce qu'ils sont.

Alors, vouloir développer une identité, affirmer une différence, en s'appuyant sur eux, et en monocépage, en plus, pour conquérir des marchés à l'extérieur? Je crie casse-cou.

Je vous cite un des mes commentaires de dégustation, à propos d'un des meilleurs vins de l'après-midi:

Terre Del Principe Terre del Volturno Casavecchia Centomoggia 2005

Nez de moka, épices en attaque (poivre noir), la bouche est relativement ronde. Avec le bois et le temps, les tannins finissent enfin pour se fondre un peu. Quant à dire d'où vient ce vin et quel est son cépage...

On me dit que la Casavecchia aura très bientôt sa DOP, "Casavecchia de Pontelatone" ou quelque chose du genre? J'ai envie de dire que c'est une "pontalonnade".

Je n'ai heureusement aucun pouvoir de décision, et sans doute pas un grand pouvoir de nuisance non plus; mais je ne peux que conseiller aux honnêtes vignerons qui font de leur mieux pour subsister de ne pas mettre tous leurs oeufs dans ces paniers-là.

Peut-être ces deux cépages ont-ils un intérêt en assemblage. J'ai parfois du mal à cerner l'obsession des Italiens pour le mono-cépage, qu'ils semblent vouloir vanter jusque dans le nom de leurs appellation. Mais définir des appellations autour du Pallagrello et de la Casavecchia me paraît avoir à peu près autant de sens que de vouloir relancer le démarreur à manivelle ou le poste à galène. Bon, j'exagère un peu, les vins de Terre del Principe montrent  qu'on peut en tirer quelque chose. Idem pour Vini Alois (tiens, l'oenologue n'est autre que Carmine Valentino, dont j'ai pu apprécier le travail chez Casa Setaro, sur le Vésuve); mais je ne peux m'empêcher de me demander ce que ces magiciens-là feraient avec des cépages qui mûrissent mieux!

Je note par ailleurs que Terre del Principe, encore lui, propose une cuvée assemblant les deux variétés. Et compte tenu de leur faible notoriété, c'est presque de la coquetterie que de le mettre sur l'étiquette; c'est une maison de qualité, voila qui devrait suffire au consommateur. 

http://www.campaniastories.com/C'est mon avis, il n'engage que moi, mais au delà du cas de ces deux cépage, je me permet d'émettre quelques réserves à propos d'une idée trop simple, selon laquelle tout ce qui est petit est forcément gentil, que tout ce qui est vieux est forcément mieux.  

 

 

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, Italie | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

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