23 mars 2014

Abstention record?

Les grands oracles de la politique nous expliquent que le scrutin de ce dimanche pourrait se traduire par une abstention record. Des analystes encore plus performants nous révèlent qu'il y a au moins deux types d'abstention: l'abstention de rejet (je ne dis rien, mais je n'en pense pas moins) et l'abstention de désintérêt (bof). Ajoutez l'abstention de soutien (qui ne dit moi consent) et je crois qu'on aura fait le tour de la question.

Ceux qui ne votent pas pourront ainsi être embrigadés soit dans les troupes pro-gouvernementales, soit dans celles de l'opposition, selon la couleur politique du commentateur; c'est pratique. Et puis, les partis perdants feront des municipales un scrutin local sans aucune portée nationale, tandis que les partis gagnants voudront y voir l'expression d'une exigence d'alternance.

Cette pièce, nous l'avons tous vu jouer 100 fois, à se demander pourquoi nous regardons toujours les "Soirées électorales". Une forme très élaborée de masochisme, sans doute.

Pour ce qui est de ce blog, le thème de l'abstention m'intéresse à un tout autre titre. Car je considère que je n'ai pas à vous imposer mes vues politiques, si tant est que j'en aie. 

Je me demande ce qui fait qu'une partie croissante des Français s'abstiennent... de boire du vin.

C'est pour moi un thème au moins aussi sérieux que la vie téléphonique de Paul Bismuth ou les frasques de M. Cahuzac.

Je me permettrai d'avancer plusieurs pistes, qui méritent à mon sens d'être explorées par les sondeurs.

-Le vin boisson a disparu. Il ne faut pas le regretter. C'était peut-être la plus hygiénique de toutes, mais aujourd'hui où l'eau est propre, plus besoin de s'ingurgiter 3 litres de mauvais jaja à 9° par jour pour continuer à casser du charbon, à fondre de la fonte ou monter des parpaings.

-La modération est partout, dans les messages publicitaires, dans les salaires aussi. Et les marques de vin sont bien moins puissantes que celles des alcools ou des sodas. Car le vin reste un produit compliqué, un secteur atomisé - c'est sa richesse, sa force d'image et sa faiblesse commerciale.

-Le (bon) vin est plutôt plus cher que d'autres boissons alcoolisées, rapportées à la dilution à laquelle elles sont consommées. Une bouteille de whisky ou de vodka coûte en moyenne 10 euros, mais titre 40% d'alcool. Ramené à 12%, cela nous donne un prix de moins de 3 euros la bouteille. Et en plus, vous pouvez choisir la dilution (tout le monde ne suit pas les conseils de modération).

-La population française a changé. La population d'origine musulmane s'est accrue, et le vin ne fait pas partie de ses habitudes.

-Le taux d'alcool en augmentation dans les vins décourage peut-être certains consommateurs.

-La transmission du vin se fait plus difficilement dans les familles. Beaucoup ont peur de parler du vin aux ados, c'est devenu presque tabou, alors qu'une bonne information, une éducation au goût serait sans doute la meilleure façon s'éviter les dérives.

-Le vin, c'est la boisson de Papa. Pas très glamour. En France, en tout cas. Parce que quand même, Brad et Angelina ont un Château (Miraval) en Provence, et aux States, c'est très mode...

-Les codes du vin sont trop compliqués. Le succès des boissons aromatisées à base de vin démontre peut-être une chose: que les Français sont à la recherche de produits plus faciles à identifiés, plus normés, sans surprises - tout le contraire de ce que j'aime dans le vin, mais les Français n'ont pas à être d'accord avec moi.

Je suis loin d'avoir épuisé la matière, alors à vous de me dire ce qui, d'après vous, peut expliquer le nombre croissant d'abstentionnistes du vin.

 

12:50 Écrit par Hervé Lalau dans France | Tags : vin, abstention | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

Commentaires

Niveau record d'abstention des commentaires...

Écrit par : Hervé LALAU | 24 mars 2014

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