19 mars 2014

Campania Stories (3): Agnanum, la vigne plutôt que le béton

Tout près de Naples, la vigne résiste comme elle peut contre l'expansion anarchique d'une ville dont la taille a quadruplé en 50 ans.
Ou plutôt, quelques vignerons résistent, comme Raffaele Moccia, qui a préféré reprendre le vignoble de son père plutôt que faire carrière dans la consultance agronomique.

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La colline nous cache la ville de Naples (Photo H. Lalau)


La vigne plutôt que le béton

Son petit domaine, toujours familial, borde le même cratère volcanique qu'Astroni, dont je vous ai parlé il y a quelques jours; mais il se trouve de l'autre côté. En haut de la propriété,un mur sépare le vignoble des anciens bois de chasse des rois bourbon de Naples. La nature semble intacte, les oiseaux pépient; on s'attend à voir débouler un renard par le trou dans la vieille muraille.
Retournons nous: là, comme une pieuvre, la ville de Naples étend ses tentacules. Pour prendre de jolies photos, il faut bien choisir des angles.

Si la ville est toute proche, le vignoble la surplombe. Les pentes sont très raides, et pour y maintenir la vigne, il est nécessaire de bien entretenir les terrasses sculptées dans la lave. Les sols de surface sont très légers, il faut donc constamment lutter contre l'érosion. Des plantes légumineuses plantées entre les vignes y contribuent. Mais surtout la bêche.

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Raffaele et sa vigne - franc de pied, évidemment (Photo H. Lalau)


À la suite de son père, Raffaele lutte pour préserver ses terres de l'expansion urbaine. Une seule voie: produire des vins de qualité qui permettent d'en vivre. S'il y avait des grands crus en Campi Flegrei, Agnanum en ferait partie.
De la vigne plutôt que du béton. Joli programme, joli parti auquel vous pouvez adhérer sans cotiser, juste en achetant du vin! Et quel vin!

Falanghina 2012

Alors que la plupart des producteurs semblent vouloir vendre leurs blancs le plus vite possible, chez Agnanum, on vient à peine de mettre le 2012 sur le marché. C'est le temps qu'il faut pour que l'acidité se fonde...
Au nez, c'est la poire qui domine, très mure, complétées de jolies notes florales (rosé et jasmin), et un peu d'herbe coupée; la bouche est bien balancée: juste de qui faut de gras, juste ce qui faut d'acidité pour le dynamique; l'impression générale est celle d'une belle générosité, la finale nous adressant quelques notes de coing. 16/20

Agnanum Campi Flegrei Piedirosso 2012

Pour la maison, là encore, c'est tout jeune.
Ce vin a des faux airs de gamay au nez - cerise, mûre, griottines; en bouche, on passe plutôt au registre du pinot, voire de la syrah; de la fraise écrasée, du cuir, beaucoup d'épices; une belle acidité de l'élégance, de la structure, mais fine; et pour couronner le tout, une finale saline qui n'en finit pas d'aguicher les papilles - allez, une deuxième gorgée! 15/20

 

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Au pied de la muraille de l'ancienne chasse des rois de Naples (Photo H. Lalau)

 

Agnanum Campi Flegrei Piedirosso Vigna delle Volpi 2010

Superbe! A la cerise, à la menthe et aux feuilles de lauriers et de sauge du nez répondent une acidité bien fondue en bouche, des tannins suaves; tout cela laisse une impression de plénitude, mais dynamique. Peut-on être être élégant et sauvage à la fois? Apparemment oui! 16/20

Agnanum Campi Flegrei Vigna delle Volpi 2007

Il paraît que les renards viennent manger des raisins de cette vigne, d'où le nom de cette cuvée. Rusés goupils!
Ils ont sans doute flairé là le joli nez de sauge et de ragoût (qu'on écrira plutôt ragù, à l'Italienne), et puis la belle structure tannique; le vin est vraiment encore très frais pour 7 ans. Heureusement pour nous, les renards nous en ont laissé un peu. 17/20

Falanghina 2003 Vigna del Pino

Ici, l'acidité s'est complètement fondue au point de se faire oublier.
Le nez, avec ses notes viandeuses, presque goudronnes, évoque plutôt le rouge, la bouche, elle, est pleine de feu, de fumée (volcan oblige!) avec, comme de juste, cette salinité dont je ne sais plus trop si elle est la marque de la proximité de la mer, ou celle de la lave à mes pieds; ou encore, celle de mon imagination... 16/20

00:41 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, Italie | Tags : campania stories, agnatum, vin, italie, campanie, naples | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

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