13 mars 2014

Une déception: le Crémant d'Alsace Cuvée Prestige de Muré

J'ai ouvert cet après midi une bouteille du Crémant d'Alsace Cuvée Prestige de Muré. Une maison alsacienne de belle réputation, sise à Rouffach. J'ai déjà eu l'occasion d'apprécier quelques uns de ses Grands Crus (notamment le Clos Saint Landelin Riesling, en 2010, je crois).

Cette cuvée  de Crémant très joliment habillée a aussi été plébiscitée un peu partout, de Bettane à In Vino Veritas. Il s'agit d'un assemblage de 5 cépages alsaciens, élevé sur lattes 18 mois, un travail d'orfèvre. Je m'attendais donc à faire  des "Oh!" et des "Ah!".

Mais j'ai eu beaucoup de mal à comprendre ce vin; le nez, qui réunissait en vrac pomme granny, framboise, miel, levures de boulangerie, pain grillé et fruits secs, m'a semblé vraiment "too much"; presque écoeurant. Est-ce de la surmaturité? Est-ce le choix des cépages? Quant à la bouche, sur l'acidité, elle est surtout très marquée par l'oxydation, et ne me semble pas en phase avec ce nez si solaire. 

Au final, je n'ai ni le plaisir de la complexité, ni le rafraîchissement.

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Vu le prix, je suis déçu. Il est rare que je fasse état de mes déconvenues, mais pour le coup, je pense que cela peut être instructif.

Au-delà de ce cas particulier, je me demande si les vignerons alsaciens (même les plus réputés) maîtrisent toujours bien la bulle.

Est-il normal que tant de maisons de la région aient aujourd'hui leur Crémant?

Et combien l'élaborent-ils eux-mêmes, au fait?

Muré, à Rouffach

00:31 Écrit par Hervé Lalau dans Alsace | Lien permanent | Commentaires (7) | | | |

Commentaires

Curieux billet de ta part, Hervé.

J’ai rendu visite plusieurs fois à René Muré, mais il y a bien longtemps. C’était un homme très aimable. Ensuite, je pense ne pas me tromper (?), une de ses filles a eu un accident de voiture sur la nationale en bas du domaine et cela avait, évidemment, été une catatstrophe pour tout le monde. Ses vins tranquilles avaient l’habitude de faire la malo – actuellement, je ne sais pas – ce qui les rendait ronds d’emblée mais de moins longue garde (pas un drame en soi). Pour être franc, ils manquaient un peu de « peps » à mon goût mais offraient de beaux arômes, bien nets. Le Clos St Landelin, monopole du domaine, est en fait une excroissance du GC Vorbourg (à sa partie sud), qui chevauche Rouffach et Westhalten. D’autres maisons, dont le lycée de Rouffach d’ailleurs, comme Doppf, Preiss, et la coop de Pfaffenheim, y exploitent aussi des vignes.
Cette bouteille-ci maintenant. Si elle est aussi bizarre que ça, demande-toi si ce n’est pas un problème spécifique à ce flacon (coup de lumière, bouchon défectueux, surchauffe ...). Tu le mentionnes d’ailleurs. Dix-huit mois de lattes n’a rien d’exceptionnel. J’ai déjà goûté d’innombrables crémants « bien maîtrisés » et je ne crois pas que les manipulants haut- ou bas-rhinois soient automatiquement moins experts que les arrogants Champenois.
Oui, il est normal que les vignerons fassent du crémant : la clientèle en demande (même moi), c’est souvent bon, et cela permet de vinifier de manière intéressante des raisins « moins que parfaits », notamment au plan de la maturité. Il fait partie de la gamme, au même titre qu’un SGN ou que du marc de gewürz.
Tu es un Français qui revendique haut et fort sa « francitude » et tu as raison. Mais tu traînes derrière toi, bagage culturel commun à la majorité de tes compatriotes, l’idée que « il n’est de bulles qu’en Champagne ». Bon, je caricature un peu. Or, c’est l’inverse : cette région élabore surtout des effervescents car ses raisins l’empêchent de faire autre chose. Ce sont plusieurs siècles de capitalisme et de marketing débridés qui l’ont assise, et qui tentent tant bien que mal de la maintenir en l’état. Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de très grands champagnes, et aussi d’excellents à des prix raisonnables chez des vignerons-artisans, je ne tombe pas dans cet extrême non plus.
Amitiés, Hervé et à bientôt. Tiens, si tu ouvres un flacon d’Anselme Selosse, tu me gardes une gorgée ... c’est bon !

Écrit par : Luc Charlier | 13 mars 2014

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Mauvaise bouteille? Je me suis posé la question. Mais ma Maman à payé le prix, la bouteille a été correctement stockée chez elle, avant je ne sais pas.

Écrit par : Hervé Lalau | 13 mars 2014

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Luc, il n'y a pas une once de morgue de ma part envers les producteurs de Crémants, d'Alsace ou d'ailleurs.Et surtout pas de comparaison même indirecte avec le Champagne, un produit que je respecte, certes, mais que je trouve souvent trop cher, surtout dans les prix bas - ce n'est pas que je cultive le paradoxe mais un mauvais vin est toujours beaucoup trop cher.
Mais pour revenir à l'Alsace, je constate que certains vignerons qui proposent du Crémant sont vraiment spécialisés dans la bulle, d'autres pas du tout. Et tu sais que bon nombre font faire leurs bulles ailleurs faute d'équipement (ce n'est pas le cas de Muré, je crois). Mais je pense qu'il est bon de rappeler cette distinction. Cette bouteille en a été l'occasion.
Puisqu'on parle beaucoup de règles, de lois respectables ou pas, etc, je trouve que le consommateur devrait avoir le droit d'être mieux informé sur qui fait quoi. Il y a des codes en tout petit sur les étiquettes et les capsules, certes, mais qui connaît leur sens?
Autre aspect de la question: certains cépages d'Alsace, très aromatiques, ou très gras, ne me semblent pas toujours les mieux adaptés à la "champagnisation".
C'est juste une impression, on peut l'infirmer, mais c'est la mienne.

Écrit par : Hervé LALAU | 13 mars 2014

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Je suis moi aussi très étonné, j'ai visité les Muré plusieurs fois et dégusté leurs crémants parmi les meilleurs d' Alsace !
Je te conseille d'acheter une nouvelle bouteille chez son distributeur les Pirard de Genappe et de m'inviter chez toi. J'apporterai une tarte al djote !
Louis

Écrit par : Louis HAVAUX | 13 mars 2014

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Bonne idée Louis.

Écrit par : Hervé Lalau | 13 mars 2014

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Hervé (et Louis), comme tjs, il y avait une part de provoc' dans mon billet (modérée cette fois). Je me demande, en toute sincérité, s'il ne vaut pas mieux faire champaniser (moi, je l'écris sans "g", ce mot) ses vins par qqun dont c'est le métier, et qui ne fait que cela. Idem pour la mise en bouteille d'ailleurs. Par contre, d'accord avec toi pour l'indiquer clairement. Maintenant, quand des "grandes maisons" de champ. rachètent des gros lots à G et à Dr et, après avoir ouvert tout, refont une prise de mousse et une nouvelle mise, le consommateur n'est pas averti non plus. Et cela se passe tout le temps !

Écrit par : Luc Charlier | 13 mars 2014

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Voici l'avis de Decanter

http://www.decanter.com/wine/labels/34442/slideshow/0/top-10-alsace-new-generation-dry-wines#slideshow

J'ai vraiment dû tomber sur une drôle de bouteille... Mais le prix est le même que pour une bonne bouteille.

Écrit par : Hervé LALAU | 26 mars 2014

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