19 février 2014

A Boüard et à manger

Piquée chez Jacques Berthomeau, cette jolie phrase qui fera pouffer Saint-Emilion - enfin, ceux qui jugent que pouffer n'est pas au-dessous de leur condition: «Si la Dordogne déborde, Angélus risque fort de devenir une première crue...»

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Le reste, tiré de Vinobusiness (Isabelle Saporta, chez Albin Michel) est à peu près du même tonneau, parfois même avec un peu plus d'acidité, un pH aussi bas que l'empathie de l'auteur pour le petit monde bordelais du vin: "Petit Machiavel du vin, Sarkozy des vignes", "Parvenu", le bon Hubert est habillé pour l'hiver.

L'homme a sûrement des mérites, mais ce n'est pas ce qui ressort le plus de ce florilège. Le livre (à paraître le 6 mars) est une charge contre le "système", l'establishment du vin, et c'est le droit le plus strict d'Isabelle Saporta. Il ne faut cependant pas le prendre pour argent comptant. C'est une vision, un engagement.

Ma consoeur a des opinions; elle est passé par France Inter et Marianne (pas vraiment les premiers choix  de la nomenklatura saint émilionnaise en matière de presse, je suppose), elle ne donne pas dans la langue de bois, même du Tronçais. Et c'est très bien. Il faut parfois des livres de ce genre pour bousculer la fourmilière.

D'un autre côté, elle semble parfois se fier un peu trop à Fréquence-Potins et à Radio Fiel. La présentation de l'éditeur parle de "Dallas hexagonal", de rivalités, de haines et d'intrigues. Elle en fait son miel. C'est un aspect du microcosme, on ne peut pas le nier, mais n'est-ce pas là un angle un peu "trash", pour du journalisme d'investigation, et pour un secteur qui a tellement d'autres choses à montrer?

Si j'en juge par les citations de Jacques, et sous réserve d'inventaire du livre dans sa totalité, je dirai qu'il y a à Boüard et à manger.

C'est à lire ICI

En définitive, ce qui me choque le plus, dans le "système" des grands crus, ce ne sont pas tant les magouilles de leurs propriétaires (même si je les réprouve); c'est quand les vins promettent plus qu'ils ne tiennent. Parce que le client n'achète pas M. Hubert, M. Edmond, M. Nathan ou Mme Aline; il achète du vin. J'ai eu la chance, hier, de pouvoir déguster Pichon-Longueville Baron 2005, Le Clos du Marquis 1995, Lafite Rothschild 1985 et Château L'Evangile 1975 (ma chance est aussi de ne pas avoir eu à les payer).

Avec tout le respect que je dois à ces illustres étiquettes, je n'ai guère été séduit. "Tout ce manque de tendre", comme aurait dit Brel. Toute cette austérité, ce manque de fruit, de chair... Très peu pour moi. Surtout à ce prix.

Ce n'est pas pour passer la brosse à reluire à ce cher Hubert, mais je me demande si, à tout prendre, je ne préfère pas son Angelus. "Parvenu", peut-être, ambitieux, certainement; mais au moins son vin ne sent-il pas la naphtaline.

08:09 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |

Commentaires

S'il est parfaitement normal que certains journalistes (?) s'en prennent à Hubert de Boüard, c'est un peu dommage qu'ils (qu'elles) ne parlent que de ce qui est forcément critiquable, chacun sachant parfaitement que pour ne pas se mettre dans un quelconque porte à faux, il suffit simplement de ne rien faire.
Hubert de Boüard qui n'a surtout pas besoin de défenseurs devant de telles vues biaisées est quelqu'un qui a sacrément remué le monde assez grallouilleux de Bordeaux. Il n'est pas un saint, ne le revendique pas, mais il a sacrément travaillé pour cette histoire du classement quand bien même il y a eu des lacunes qu'un bon avocat aurait notées et corrigées alors que ce ne fut pas le cas.
Restons sereins et goûtons ses vins. Ça tient la route et si quelqu'un en doute, qu'il goûte plusieurs millésimes à l'aveugle avec d'autres noms de même calibre.
Certes, il n'y a pas à Bordeaux de pointures comme l'est en Bourgogne un Aubert de Villaine ou un Coche Dury.
Mais les tâches assez dingues qu'il fallait prendre en charge, et remuer au canon, impliquaient forcément à un moment que certains esprits s'attardent sur le mineur en oubliant le majeur.
Pas grave, on a connu pire et on achètera cet opus pour en lire d'autres lignes qu'on espère d'un calibre supérieur.

Écrit par : mauss | 19 février 2014

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Nous sommes sur la même longueur d'ondes.

Écrit par : Hervé Lalau | 19 février 2014

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Qualifier de parvenu un aristocrate dont la famille a une présence ininterrompue sur les terres qu'il occupe depuis plus de deux siècles, voilà qui ne manque pas de saveur!

On eût pu plus justement le qualifier d'héritier, tout aussi insultant sous la plume d'une journaliste de gauche, mais "parvenu" est probablement ce qui qualifie le moins ce personnage haut en couleur, incontestablement ambitieux, mais avant tout grand vigneron comme en témoignent la qualité et la régularité de ses vins.

L'inversion sémantique est semble t-il très prisée dans ce "romanquête" pour la ménagère de moins de 50 ans, écrit dans un style que ne renierait pas l'inénarrable Patrick Dussert-Gerber. Une diatribe "inédite" contre les Hubert de Bouard, Michel Rolland et autres Robert Parker, voilà en effet un exercice à haut-risque qui est tout à fait nouveau et osé. Mademoiselle Saporta sera t-elle en lice pour le prochain Pulitzer? Suspense, suspense...

Écrit par : Marc de Cyrène | 03 mars 2014

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Et si on prenait ses responsabilités?

Qu'on attaque ou qu'on défende, ce qui est également honorable à mes yeux quand c'est fait avec sincérité, il vaut mieux ne pas se cacher derrière un pseudo. Qui est "Cyrène"? Pour des initiés du landerneau, c'est peut-être évident. Pour un lecteur lambda comme moi, ce ne l'est pas. Il n'y a souvent qu'un pas d'une sirène au lamentin: la première est mythologique et n'a plu qu'à Ulysse, le deuxième est un mammifère auquel on peut s'intéresser.

Écrit par : Luc Charlier | 03 mars 2014

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