16 février 2014

Les tribulations du jaja en Chine (2)

Suite de nos tribulations au fil de l'histoire du vin en Chine...

Voyons ce que le Juge Ti nous apprend sur la consommation et le commerce du vin dans la Chine ancienne.

On sait d'abord qu'à l'époque des Tang (entre 600 et 900 après JC), le vin chinois se conserve et s'expédie dans des amphores, puis qu'il est transvasé dans des jarres ou cruchons plus petits avant d'être servi dans des bols de terre cuite. Les meilleurs bols, apparemment, proviennent du Yunnan, comme le thé.

Certains utilisent aussi des petites fiasques qu'ils emportent en voyage.

A cette époque (celle qui va de Dagobert à Hugues Capet en passant par Charlemagne, chez nous), la Chine couvre déjà un très grand territoire - grosso modo, celui de la Chine actuelle moins la Mandchourie, le Tibet et la Mongolie extérieure. Un marché énorme, où toute denrée susceptible d'être transportée facilement est une monnaie d'échange.

 

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La Chine des Tang

Le yin et le yang, le vin et l’eau

Dans «La Nuit des Juges», le Juge Ti visite le président de la guilde locale des marchands de vin (lui même liquoriste), ce qui tend à prouver que le vin est déjà à l'époque du «big business» en Chine... Mais que la frontière entre vin, liqueurs et alcools est assez floue.

Dans «Dix Petits Démons Chinois», l'auteur fait aussi référence à la couleur d’un vin: "émeraude".

On découvre aussi qu'il y a plusieurs qualités de vin et que certains se conservent: le Juge Ti lui même en possède une réserve personnelle.

A plusieurs occasions, on parle de servir le vin tiède, ou chambré.

Dans «Petits Meurtres Entre Moines», on apprend que les Taoistes recréent l'harmonie du yin et du yang en absorbant une gorgée de vin puis une gorgée d'eau...

Un peu de raffinement, bordel !

Dans «Mort d'un Maître de Go», on apprend que si les tavernes de bas étage débitent de la vinasse, ce sont dans les «Palais de fleurs» (les bordels de qualité), que l'on trouve les meilleurs vins.

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S'il est souvent à l'origine de beuveries répugnantes, le vin peut aussi être lié à des raffinements culturels. Ainsi, dans la bonne société des Tang, on récite des poèmes à la gloire du vin. Il est de coutume, lorsque que le récitant se trompe dans son texte, qu'il vide son verre. On passe alors à un autre récitant. Les erreurs succédant aux erreurs, on atteint rapidement un degré de poésie intéressant, le début d'une douce ébriété étant un état d'une rare délicatesse. Puis, on passe à des états plus grossiers, jusqu'à tomber dans une stupeur assez  semblable à celle que procurent les tavernes de bas étage. Preuve sur même dans l'Empire du Milieu, les extrêmes se touchent.

Moralité quasi confucéenne: boire bon ou boire con, tout est question de dosage.

Il ne fait pas de doute, en tout cas,  que savoir apprécier le vin de qualité démontre un certain statut: on cite ainsi l'exemple d'un homme nommé gouverneur de province pour avoir offert à un Ministre une jarre de grand vin.

Par ailleurs, sous les Tang, la dot d'une fille à marier comprend presque toujours du vin.

Dans "Un Chinois Ne Ment Jamais", Ti nous révèle l'existence du "vin jaune", un vin qui n'a rien à voir avec le Jura, bien sûr, mais qui est délibérément soufré pour éloigner les miasmes. Cependant, l'administration des Tang envisage  de l'interdire... car il fait au moins autant de victimes qu'il ne protège de consommateurs. On le voit, la Chine a tout inventé: le soufre, le mal de tête… et même le poison!

La suite dimanche prochain

00:19 Écrit par Hervé Lalau dans Chine | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

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