14 février 2014

Les Grands Crus à Bordeaux, d'abord une question de moyens?

Ce mardi, Olivier Bernard (Président de l'Union des Grands Crus de Bordeaux) déclarait à la presse que 2013 n'est "ni moins bien, ni mieux que 2011 et 2012".

On s'étonne, dès lors, qu'il annonce que les prix des grands crus devraient baisser de 20% à 30%. A moins que ce ne soit un effet cumulatif: après trois millésimes médiocres, une certaine lassitude se ferait jour, les marchands attendraient de vendre ce qu'ils ont en stock avant d'acheter le 2013. Les marchés ne se déterminent pas toujours seulement en fonction de la qualité.

Bernard dit aussi, "que ceux qui ne vont pas faire de bons vins ne sont pas des Grands Crus".

Il précise: "Dans un millésime comme 2013, il faut mettre beaucoup de moyens pour faire un grand vin".

Est-ce à dire que quand le fameux terroir ne s'exprime plus, quand la floraison ne se fait pas bien, quand le vignoble est noyé sous des trombes d'eau, par exemple, seule la technologie peut le sauver?

Est-ce à dire que le vin moderne s'affranchit de la nature, de la terre, des conditions climatiques?

Mais dans ce cas, qui dit qu'on ne pourrait pas, avec la même technologie, les mêmes sacrifices financiers, faire d'aussi beaux rouges dans l'Entre deux Mers qu'à Pauillac?

Le statut de Grand Cru ne serait donc qu'une rente de situation, un avantage concurrentiel lié à l'historique, à l'image, et aux investissements? On nous aurait menti? Le sol n'aurait que peu d'importance dans l'équation?

Faut-il remettre à plat la classification?

 

00:47 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

Commentaires

Ca me semble être une surinterprétation des propos. ll suffit d'observer par exemple à Saint-Emilion la localisation des 1ers GCC. Il n'y en a aucun dans la plaine, où il était effectivement difficile de faire bon en 2013, car l'eau de surface n'est pas drainée comme sur les coteaux ou retenue par l'argile et le calcaire. Du coup les raisins gonflent, la peau se fissure, et bonjour le botrytis.

Après, il y a clairement des terroirs qui étaient jusque là ignorés qui permettent de produire de grands vins. C'est le cas des domaines situés à l'est du plateau de Saint-Emilion. Le dernier classement si décrié en a tenu compte en donnant le statut de 1er GCC à Valandraud ou de GCC à Faugères et Pressac.

Par contre, dans le Médoc, je pense qu'il n'y a plus de nouveaux terroirs à découvrir. ils sont tous déjà pris par les GCC.

Il y en a certainement d'autres ailleurs, et pourquoi pas dans l'Entre deux Mers, comme Reignac qui met les moyens d'un GCC dans les vignes et le chai, et qui réussit à damer le pion à l'aveugle les meilleurs vins de la région. Mais si Reignac peut faire cela, c'est qu"il a des bons terroirs et qu'il y met les moyens. Il faut donc les deux, et non les opposer comme vous le faites dans l'article.

Écrit par : Eric Bernardin | 15 février 2014

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Merci de votre commentaire.
Bien sûr qu'il y a une surinterprétation de ma part, et même de la malice. Mais j'assume. Les prix des premiers grands crus classés n'ont plus aucun rapport avec leur vraie valeur, l'écart qualitatif (quand il existe) ne justifie pas l'écart de prix. Et la technologie est appelée en renfort pour garantir un minimum de qualité même dans les petites années. Cela ne me gênerait pas si on n'entendait à longueur de colonnes que c'est le terroir qui parle. Non, en l'occurrence, c'est l'oenologue et l'argent qui parlent.

Écrit par : Hervé LALAU | 15 février 2014

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