09 février 2014

A mes compagnons de Libération

La rédaction de Libération est engagée dans un nouveau combat. Pas contre la réaction ou le grand capital en général, mais contre ses actionnaires, qu'ils soupçonnent de vouloir transformer le journal en "créateur de contenus monétisables".

 

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Les gars, je compatis d'autant plus facilement que j'ai déjà donné. Je sais ce que c'est que des actionnaires qui veulent traire la vache publicitaire pour les avoir subis, dans une autre vie.

Mais voila qui relance la grande question de la prétendue liberté d'informer.

Libération est-il libre? Bien sûr que non!

Alors, à qui appartient-il?

A ses journalistes? Bien sûr que non!

Pas plus que Peugeot n'appartient à ses ouvriers. Ceux qui apportent leur force de travail et même leurs belles idées sont payés chaque mois, point barre.

A ses lecteurs, alors?

Si c'est le cas, il y a comme un problème, car Libération en a perdu beaucoup. Le nombre de numéros vendus est en baisse de 29,5% sur les 9 premiers mois de 2013, selon l'ODJ. A croire que la ligne éditoriale ne leur plaît plus. C'est toute la différence entre la force des convictions et l'influence réelle.

Et ceux qui, comme Alfred de Rothschild, ont mis des thunes dans le bastringue, pour parler vulgairement, ont peur de ne pas retrouver leur mise.

Alors peu leur chaut si demain Libé devient un portail de ventes en ligne, une marque de préservatifs afghans ou de cigares nord-coréens.

Ni si vous pointez au Pôle Emploi ou au Chasseur français.

Une petite remarque pour finir: le "Journal que vous êtes", ce devrait être aussi des correspondants locaux, un maillage du territoire pour la récolte de l'info. Ce matin, à propos des échauffourées de Rennes, on pouvait lire le même article, à la virgule près, dans Le Figaro et dans Libération. Forcément, l'article était signé de l'AFP. Pour un sujet aussi franchement clivant, au plan politique, je trouve qu'une telle "unanimité" fait désordre.

Et ça, à mon sens, c'est autant un problème de politique rédactionnelle que d'actionnaires.

10:59 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

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