02 mars 2014

Les tribulations du jaja en Chine (4)

Suite et fin de nos pérégrinations au fil du fleuve... rouge du vin en Chine.

Voyons ce qui se passe aujourd'hui...

Mémoire d’avenir

Avec l'avènement du communisme de marché (pour autant que l'expression ait un sens), les choses ont changé. La Chine, dont les plus riches ont pu renouer avec le vin, et même avec le vin du raisin, via l'importation, se lance dans la production à grande échelle, notamment dans le Xinjiang.Et comme les Chinois ont la mémoire aussi longue que leurs rouleaux de parchemin, sans doute (re)découvriront-ils les meilleures zones de production. Quitte à importer quelques œnologues.

En un mot comme en douze mil idéogrammes, la Chine a toujours su boire et nous surprendra encore…

Rouge comme la chance

Déjà, aujourd'hui, la Chine produit 80%de sa consommation de vin. En 2013, l'Empire du Milieu est devenu le cinquième producteur de vin au monde. Et comme la base de consommateurs a explosé ces dernières années (+175% en 5 ans), la surface du vignoble est inévitablement appelée à croître également.

Même les investisseurs étrangers développent le vignoble chinois: Pernod-Ricard, géant du vin australien et néo-zélandais, préfère investir en Chine qu'en France; à croire que le communisme à la chinoise offre plus d'opportunités que le capitalisme à la française!

Cela n'empêche pas les Chinois de continuer à importer du vin: selon le cabinet IWSR, celles-ci ont été multipliées par 7 entre 2007 et 2013. Une particularité chinoise: c'est le rouge qui est le plus apprécié (la couleur en elle-même est signe de fortune et de chance dans la tradition chinoise; c'est aussi la couleur du drapeau chinois).

Une chance pour la France: le rouge est ce que nous produisons le plus.

On aurait pu croire que ceci inciterait les producteurs français à se montrer plus ouverts aux investisseurs chinois dans le vignoble, plutôt que de les menacer. On ne demande pas au nos délégués Safer de tous se mettre au Mandarin, mais il serait tout de même de bon ton de ne pas mordre la main qui nourrit nos exportateurs.

Quand un collectif anonyme revendique le sabotage de l'hélico du nouveau propriétaire chinois du Château La Rivière, quand certains élus évoquent un péril jaune dans le vignoble bourguignon, nous nous tirons des balles dans le pied... de vigne.

Les Chinois qui ont de l'argent peuvent très bien l'investir ailleurs.

Demain, les Chinois à Paris

D'autant que le moment est délicat. Bientôt, la Chine va se mettre à réexporter son vin. Oh, bien sûr, ce n'est pas en France, pays protectionniste du vin, que le phénomène sera le plus visible. Mais à mesure que la Chine développera ses exportations de vins sur les marchés tiers, ce sont nos exportations vers ces pays qui risquent d'en pâtir.

Balayer tout ça d'un revers de la main, en disant que le vin chinois n'a pas le niveau, c'est, primo, ignorer les progrès qualitatifs immenses intervenus ces dernières années dans le vin en Chine (progrès que nos oenologues volants ont accompagnés). A titre personnel, j'ai déjà eu l'occasion de primer un vin chinois lors de dégustations à l'aveugle, dans des concours internationaux. Il faut dire qu'au contraire de nous, ils n'envoient que leurs meilleurs....

Secundo, c'est négliger l'attrait de la nouveauté et du prix sur le consommateur moyen (regardons un peu ce qui s'est passé avec les vins chiliens, argentins, australiens  sur des marchés comme la Grande-Bretagne, la Scandinavie ou le Canada).

Enfin, ce serait gravement sous-estimer les capacités commerciales des entrepreneurs chinois. Rappelons-nous l'arrivée des Bulgares en Belgique, dans les années 90...

La Chine du vin est bien éveillée, le monde du vin doit apprendre à vivre avec elle.

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Chine | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

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