31 janvier 2014

Grand Tinel et petits journaleux

Au Domaine du Grand Tinel, la famille Jeune perpétue sur son emblématique domaine la tradition de grands vins authentiques. Etablis à Châteauneuf-du-Pape depuis le XVIIIème siècle, les Jeune font indissociablement partie du patrimoine castelpapal. Ils en constituent l’une des familles historiques.

Si le domaine du Grand Tinel est réputé pour ses très grands Châteauneuf-du-Pape, il élabore également de jolis vins sur l’AOC Côtes du Rhône.

Comme ce Côtes du Rhône blanc 2012, sur un air de grenache, clairette et roussanne.

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A la fois opulent et frais, ce blanc intense joue les équilibristes avec brio. Composée de 34 % de grenache blanc, de 33 % de roussanne et de 33 % de clairette provenant de sols argilo-siliceux, cette cuvée a été vendangée manuellement puis précieusement préservée par neige carbonique avant d’être pressurée à basse température.

Sa finale longue, parfumée à la pâte de fruits, à la poire et à la noisette ne laissera aucun amateur indifférent !

Rendons à César...

Bien troussé, non? Sauf que ce n'est pas de moi, mais de l'Agence Force 4.

Est-ce pour les journalistes hyper-stressés? Pour ceux qui manquent de temps ou de confiance en eux? Pour les critiques agueusiques? Pour les magazines dont la rubrique vins n'a pas de titulaire? Toujours est-il que je reçois de plus en plus de communiqués où non seulement on porte à mon attention une nouvelle cuvée, mais où l'on me dit déjà ce que je peux en penser; les commentaires de vins sont déjà rédigés, la photo jointe, je n'ai plus qu'à copier-coller.

Mais, comme dirait Jane, à quoi sers-je?

Mesdames, Mesdemoiselles de Force 4, je vous remercie de votre prévenance, mais s'il vous plaît, si vous voulez que je parle d'un vin, laissez moi le juger par moi-même. Proposez-moi un échantillon, je vous dirai oui, je vous dirai non, et si je le déguste, et si je le trouve bon, j'en parlerai.

A chacun son métier - enfin, tant que le mien existe encore...

10:23 Écrit par Hervé Lalau dans France, Pour rire, Rhône | Tags : rp, relations publiques, journalisme, vin | Lien permanent | Commentaires (8) | | | |

Commentaires

Mon cher Hervé

Le temps où les vrais journalistes, ceux qui se font leur propre opinion, n’est pas encore complètement, révolu, je veux encore
y croire – sauf que, même en politique, sujet ô combien délicat, ils font du copier coller – mais force est de constater que
les journalistes – peut-être devrait-on les appeler autrement si j’en juge ton article – probablement parce qu’ils sont mal payés,
aiment bien qu’on fasse le plus gros de leur travail.
Alors oui, nous en sommes presque arrivés à tenir la plume à votre place. J’ai un trop grand respect pour la liberté de la presse,
pour me contraindre à faire ce que certains ou certaines doivent faire : pression parce que le client fait de la pub. Je me le suis toujours interdit
mais... vais-je pouvoir continuer à me l’interdire tant il est évident que la collusion entre rédactionnel et achat d’espace
semble être devenue la règle ?

Et je pense que mes consoeurs et confrères que tu as également informés de ton “courroux” vivent, comme moi, au quotidien,
des clients qui veulent que l’on parle d’excellence, d’exceptionnel, de, de, de... Il faut “lutter”, le mot n’est pas trop fort
pour faire comprendre à certains de nos interlocuteurs, formés dans des écoles de marketing, qu’on ne s’adresse pas de la même
manière aux journalistes qu’aux acheteurs. Il faut “lutter” pour leur dire que non, on ne va pas citer le commentaire de
Robert Parker ou celui de Michel Bettane dans un dossier de presse. Il faut “lutter” pour leur dire que non, on ne parlera
pas des médailles obtenues par le vin. Ce sont des compromis permanents. Il y a ceux qui le comprennent, qui nous font confiance,
qui partent du principe qu’ils ont fait appel à un professionnel qui connaît son métier et qu’il faut donc l’écouter
et... les autres, ceux qui savent mieux que nous. En permanence, je leur fais remarquer que, en aucun cas, ils ne s’autoriseraient
à expliquer à leur œnologue conseil que ce serait mieux de soutirer ou de sulfiter ou que sais-je encore, à tel moment
plutôt qu’à telle autre. En matière de communication – car c’est plus de la communication que de l’information que nous
faisons – ils savent mieux que nous. Et, quand on n’arrive plus à se faire entendre, soit on arrête la collaboration, soit
on change la formule. C’est ce que, personnellement, j’ai fait pour un de mes clients à partir de cette année. Je ne rédigerai
plus les communiqués et les dossiers. Je leur donnerai simplement la cible presse car je ne souhaite pas que mon nom apparaisse
sur des écrits qui sont plus dans le sens de la communication que de l’information.

Donc, je comprends ton exaspération, en revanche, je trouve injuste que notre consoeur soit ainsi mise sur le grill car elle n’a peut-être
pas pu tempérer les ardeurs de son client.

Écrit par : ONTIVERO | 31 janvier 2014

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Pas pu ou su… Les problèmes que les attachés de presse peuvent rencontrer avec leurs clients ne devraient pas intervenir dans la communication proprement dite. Comme disait l'autre, "cela ne nous regarde pas".

Écrit par : Michel Smith | 31 janvier 2014

Merci Christine,
Ne penses-tu pas que je leur rends service? Si je n'avais pas cité le nom du vin, si je n'avais pas reproduit le texte, on serait resté dans le vague et j'aurais eu l'air de mettre toutes les RP dans le même sac.
Je n'ai rien contre Force 4, elles pensent sans doute faire au mieux, c'est la pratique que j'aimerais voir disparaître.
Car ce n'est que le dernier communiqué d'une longue série dans le genre.

Comme tu le dis très bien, s'il y a une offre de commentaires tout faits, c'est qu'il y a une demande, et je trouve ça beaucoup plus critiquable, en définitive. Car si les RP ont l'excuse de la pression de leurs clients, nous autres journalistes n'en avons aucune.

PS. En définitive, lire les commentaires de B&D ou du Hachette dans un CP me gênerait moins car je ne serais jamais tenté de les reproduire, je prendrai ça comme une référence que je peux prendre ou laisser - voire citer, mais avec mention de la source, bien sûr.

Écrit par : Hervé LALAU | 31 janvier 2014

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Hervé, je ne pense pas que la pratique disparaîtra car la presse n'a plus les moyens de payer les journalistes. Donc, ils sont nombreux à faire du copier coller car ils n'ont plus les moyens de partir en reportage. Je me prends parfois à rêver de l'époque où notre job consistait à informer les journalistes, à leur organiser leur déplacement quand ils devaient faire un reportage, bref, à faire notre job d'attachées de presse. Je me prends à rêver de cette époque où j'ai rencontré "mes" premiers journalistes, je bossais au CIVDN, c'était en 1982. Ils étaient deux, dans le bureau du directeur de l'Inao. Ils venaient chercher de la documentation pour les sujets "la route des vins" qu'ils réalisaient pour VSD. J'avais voulu les inviter au restaurant mais eux m'avaient répondu : "non, c'est nous qui vous invitons". C'était l'époque des grands patrons de presse qui payaient les notes de frais à leurs collaborateurs. Aujourd'hui, la plupart des titres pour lesquels les journalistes travaillent, à quelques exceptions près, demandent aux journalistes de se faire payer les déplacements par les attachées de presse. Est-ce normal ? Non ! 80 % des journalistes qui souhaitent faire un sujet nous demandent si le client peut prendre en charge le déplacement. Donc, on peut toujours rêver. D'ailleurs ça fait du bien de rêver. Tu as raison de dénoncer ces dérives mais nous sommes dans un système qui nous dépasse non ?

Écrit par : ONTIVERO | 31 janvier 2014

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Oui. Hélas. Je ne me fais pas d'illusion sur l'impact de ce que j'ai écris. D'un autre côté, c'est ma vérité, mon ressenti.

Écrit par : Hervé LALAU | 31 janvier 2014

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Commentaire UN

J’espère que vous m’accorderez que je ne suis pas un défenseur acharné de tous ceux que j’appelle les « parasites » des vignerons. On m’en veut d’ailleurs pour cela. Même Michel Smith, même David Cobbold, alors que j’entretiens par ailleurs d’excellentes relations avec eux. Le papier d’Hervé me plaît beaucoup.
Ces « parasites » vivent sur notre dos. Je les ai rencontrés aussi dans une vie antérieure : le monde pharmaceutique. Les « gens de marketing » discutent parfois des heures – je le jure – sur la couleur « Pantone » qu’il faut pour les emballages de médocs (je ne parle pas de la piquette girondine). Et une heure est souvent facturée 100 € (hors taxes). In fine, c’est la sécu qui paie (après des détours j’en conviens).
Mais venons-en au fait : je suis un grand amateur du Domaine du Grand Tinel. Le Papa, Elie Jeune, venait de temps à autre animer mes dégustations aux « Amis du Vin » en Belgique vers 1988-1992. Leur CNP est délicieux, et reste d’un prix abordable. Le fiston, que je connais moins bien, a aussi mis l’accent sur des 100% grenache de qualité. Après les nôtres dans la vallée de l’Agly, ils comptent parmi les meilleurs au monde (hihi). Et le blanc est bon, pas fréquent là-bas (j’aime pas les clairettes et la marsanne trop mûres). Et leur CDR est délicieux également. Ils vendent très peu de vrac (ou alors ça a bien changé), ce que j’approuve à 100% et proposent des bouteilles à prix humain. Beaucoup d’autres vendent une AOC avec la bouteille écussonnée à prix exorbitant ... et passent le même vin en citerne pour peanuts !
Qu’ils fassent appel à des textes aussi insignifiants est une erreur, sans doute, mais les vins du Grand Tinel n’en sont pas moins HAUTEMENT recommandables. Hugh !

Écrit par : Luc Charlier | 31 janvier 2014

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Commentaire DEUX

Après la défense de collègues que j’aime bien, et de leur vin, un commentaire sur le fond.
Le vigneron doit être : jardinier, tractoriste, vinificateur, chef d’entreprise, psychologue, communicateur, financier, aide-comptable et ... marchand de tapis (vendeur, je veux dire). J’en oublie : mécanicien, soudeur, femme de chambre et boniche (s’il a des chambres d’hôtes) ...
Personne ne sait faire TOUT cela bien. En outre, on ne peut pas faire en même temps un BTS vini-viti et une maîtrise en lettres. Beaucoup de vignerons écrivent mal ... et ils se font alors aider, mal aider.
Moi, c’est la vente que je fais le plus mal, ensuite, je ne suis pas trop fin psychologue, mauvais tractoriste (j’ai failli me tuer deux fois en 9 ans), aide-comptable pitoyable et pas du tout chef d’entreprise. Heureusement, je n’ai pas de personnel.
Jugez les vins, pas la com, pas nos vies privées, pas les hélicoptères qui vous mènent en balade, pas les restos où vous allez bouffer, pas les chais de type « maison d’architecte ». En fait : changez le monde, changez le commerce, changez les gens ... rêvez, quoi. Mais alors, tous les parasites seront chômeurs !

Écrit par : Luc Charlier | 31 janvier 2014

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Salut, la dame aux chapeaux, bonjour à toi, Christine,


Hier soir, c’était tard et j’avais bu une bonne bouteille de GCC âgé : c’est rare (que j’en boive et qu’il soit bon). Tu as raison dans ton analyse mais tu te trompes en même temps : il y a peu d’attaché(e)s de presse de ta trempe. Tu le « paies » d’ailleurs peut-être par un abord un peu plus austère que d’autres, à la première rencontre. Mais même ainsi, je crois que le client a le droit de « refuser » un avis provenant de ses conseillers, même si souvent il se trompe. En plus, il n’y a pas UNE vérité en marketing (Kotler et Dubois, c’est souvent du vent aussi). Par contre, il y a UNE vérité chez les oenologues, celle de l’analyse. Mais bien souvent, il ne faut pas modifier sa conduite à cause d’une analyse. Même en médecine, ce n’est pas un résultat de laboratoire qui détermine le traitement. C’est l’ensemble patient + paramètres paracliniques. Par contre, dans la vente, il y a une vérité : le nombre de cols que le vendeur écoule, et pendant combien de temps. C’est sans doute la seule branche de nos activités où aucune école n’enseigne quoique ce soit d’utile : tout est affaire de talent et d’expérience. Mais c’est aussi la seule où le résultat ne fait aucun doute. C’est drôle, la vie !

Écrit par : Luc Charlier | 01 février 2014

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