16 janvier 2014

Du déterminisme à l'école et dans la viticulture

Vincent Peillon: «Le but de la morale laïque est d’arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel».

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Vincent Peillon, ministre de la morale laïque (Photo: Rectorat 45)

Difficile de dire quelle mesure M. Peillon, fils de banquier communiste, descendant d'une longue lignée de militants, et d'ascendance juive alsacienne par sa mère, a lui même souffert du déterminisme auquel il prétend arracher nos enfants. Morale laïque ou pas, il semble dans le droit fil de leurs engagements.

Mais là n'est pas ma question principale.

Dans ce cadre de pensée, je me demande s'il y a encore une place en France pour des appellations d'origine? Dire qu'un vin est d'ici, n'est-ce pas du déterminisme géographique? Voire ethnique?

Si un parent d'élève ne peut se revendiquer Berrichon ou Niçois, Catholique, Juif ou Musulman, lettré ou analphabète sans risquer d'obérer gravement les chances de développement de sa progéniture, si le fait de vouloir transmettre des valeurs familiales comme l'attachement à sa langue, à son histoire, à ses traditions locales, à une certaine conception de la famille... est critiquable, comment un vigneron peut-il revendiquer un terroir, comment un vin peut-il être "né quelque part"?

De plus, dire qu'un grand cru est meilleur qu'un simple vin de table, c'est établir un jugement de valeur, c'est défier la notion selon laquelle les vins, comme les hommes et les femmes, naissent libres, égaux, et éventuellement médiocres.

Alors il faut choisir. Peillon ou Peynaud. J'ai choisi. Sans doute un déterminisme familial.

 

 

06:35 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

Commentaires

La pensée multiple au sein d'une école unique

Intéressant débat, Hervé, que je découvre alors que mon livreur vient de rajouter 500 litres de fioul à ma cuve, avec lesquels j’ai bon espoir de terminer l’année au chaud. La transmission des valeurs que tu cites n’est pas forcément criticable en soi, même aux yeux d’un internationaliste. Par contre, je pense moi aussi qu’un des buts de l’école publique - et tu sais que, au risque de raviver des querelles, je comprends mal qu’il y en ait d’autres – est de gommer les différences sociales et de niveler (pas automatiquement par le bas, j’entends bien) tout cela. Tu décides de mettre sur le même plan langue, histoire, tradition, structure familiale ... D’autres choisiront famille et patrie. D’autres ont choisi kolhozes et sovkhoses. Certains ont même tenté kibboutzin et feddayins .... Je pense qu’il n’y a pas lieu de hiérarchiser ces choix, tant qu’ils respectent la liberté de ceux qui en ont fait d’autres. Note que le « clan » écossais, la tribu indienne, la « famiglia » mafieuse ... en sont d’autres formes. L’apartheid avait aussi ses valeurs (soyons clairs, je les réprouve à 100 % , celles-là). L’école, peut-être, serait un moyen de jeter des ponts entre ces différents systèmes. Je suis POUR le port du tablier (unique) ... au-dessus des vêtements que la famille fournit. Mais je suis contre l’uniforme.

Écrit par : Luc Charlier | 16 janvier 2014

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Oui, je sais que c'est polémique. Mais mon école catholique (où je n'ai apas eu de morale laïque, mais de l'éducation civique, en plus des cours de religion) ne m'a pas rendu sectaire - en tout cas moins que M. Peillon, à mon sens.
Ce qui m'exaspère le plus, ce sont les déterminés qui veulent arracher le déterminisme des autres, mais pas le leur, "le bon".
Si je retrace le parcours de M. Peillon, c'est un superbe exemple.
Grand bien lui fasse, il a le droit d'avoir des convictions; mais qu'on me laisse mon déterminisme à moi, dans ce cas. Tant que je laisse aux autres leur liberté de penser, bien sûr.

Écrit par : Hervé LALAU | 16 janvier 2014

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PS. Dans l'école d'aujourd'hui (laïque ou catholique, juive ou coranique), une des plus graves insultes n'est pas d'être d'ici ou de là, d'être fils de ou pas, c'est d'être "intello". Parce que ceux qui travaillent et réussissent dans une classe où la majorité ne fout rien deviennent des têtes de turc. Mes enfants l'ont vécu dans le primaire. A l'arrivée, bien sûr, tout le monde passait quand même en secondaire...
Et personne ne semble remettre ce "modèle" en cause. Comme parent, comme citoyen, comme ancien élève, ça m'exaspère. Ca n'était pas comme ça "de mon temps"...

Écrit par : Hervé LALAU | 16 janvier 2014

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