09 janvier 2014

Vin, presse et politique: le cas Dassault

Comment la rédaction d'un journal doit-elle traiter son actionnaire de référence?

Non, ce n'est pas qu'un sujet pour école de journalisme, c'est une question d'actualité pour les journalistes du Figaro.

Depuis quelques semaines, Serge Dassault est sous le coup d'une demande de levée de son immunité parlementaire. La justice le soupçonne d'avoir acheté des votes dans son fief de Corbeil-Essonnes. L'info circule dans la presse... sauf au Figaro, "son" journal.

Hier, le bureau du Sénat a rejeté cette levée de l'immunité, par 13 voix contre douze. Curieusement, personne, à gauche, ne se rappelle avoir voté contre. Le résultat est pourtant là.

Mais même cette information plutôt favorable à l'avionneur de 87 ans ne se retrouve pas dans les pages internet du Figaro. Ah si: une petite brève, sans commentaire, dans le Flash info AFP, hier, à 14h17. Mais on ne la voit déjà plus ce matin.

Alors que ce matin, l'info est abondamment commentée en une de la version web du Monde, qui s'interroge sur les coulisses du vote. On la trouve aussi sur le site de Libération, de Ouest-France, de L'Humanité et plus discrètement, sur le site de La Croix.

Je trouve cela troublant. "Sans la liberté de blâmer, il n'est pas d'éloge flatteur", lisait-on dans Le Mariage de... Figaro. Et sans la liberté d'en parler du tout?

Je vous ai mis les liens pour que les lecteurs du Figaro qui viendraient ici puissent quand même avoir l'info - je les rassure, surfer, de temps à autre, sur les sites de journaux d'autres obédiences, ça n'est pas pécher.

Maintenant, ma crainte est la suivante: les journalistes du Figaro vont-ils aussi devoir boycotter Château Dassault?

 

chateau-dassault.jpg

 Ce serait dommage, car jusqu'à présent, le "vin du patron" s'en tire plutôt bien dans les pages vins du Figaro; 16/20 pour le 2012, 16/20 pour le 2011, 16/20 pour le 2010, 16/20 pour le 2009.

Même le Rafale ne fait pas d'aussi jolis tirs groupés. Et pourtant, il n'y a pas d'effet millésime dans l'aviation.

07:04 Écrit par Hervé Lalau dans France, Pour rire | Tags : information, liberté, dassault, château dassault, figaro | Lien permanent | Commentaires (14) | | | |

Commentaires

Une sacrée belle régularité qui honore les journalistes du Figaro...

Écrit par : Michel Smith | 09 janvier 2014

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Je lis régulièrement et uniquement les chroniques "vins" dans le figaro.
Je considère Bernard Burtschy qui y collabore, comme un des meilleurs spécialistes en vin et pas seulement en France; Il est non seulement intègre et particulièrement compétant mais il a aussi une qualité que beaucoup de journalistes ou chroniqueurs français possèdent peu, c'est la modestie et la simplicité. Je connais et apprécié Bernard Burtschy depuis une vingtaines d'années. C'est bien mal le connaitre que de suspecter son honnête.
Pauvre France !
Louis HAVAUX

Président Honoraire de la FIJEV

Écrit par : Louis HAVAUX | 09 janvier 2014

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Pauvre France, effectivement, où les journalistes ne peuvent plus traiter l'information librement.
Mais pour Château Dassault, Louis, et sans parler de malhonnêteté, ce qui n'a pas été mon cas, n'est-il pas bizarre de donner la même note à des millésimes aussi différents que 2012, 2011, 2010 et 2009? Qu'as-tu donné, toi qui connais Saint Emilion?

Hervé LALAU
Administrateur APV, Committee Member Circle of Wine Writer

Écrit par : Hervé LALAU | 09 janvier 2014

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En accord total avec Louis Havaux. Si tous les journalistes du vin, tous les blogueurs, étaient aussi compétents, modestes, aussi peu pompeux, aussi bons camarades de voyage que Burtschy, leur fréquentation serait un régal. En outre, quel rapport entre le comportement de Serge Dassault et la qualité du château dassault ?

Écrit par : Alain Leygnier | 09 janvier 2014

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Je ne sais pas Alain. Je transpose seulement ce que j'ai pu connaître dans différents médias. L'indépendance rédactionnelle est souvent un voeu pieu. Quand il s'agit de politique, ça ne me gêne moins, on a le choix entre les journaux. Mais quand un actionnaire économique peut être en capacité d'influencer les choix des journalistes (qu'il le fasse ou pas directement, il faut aussi penser à l'autocensure), je trouve ça dommageable pour l'information. Et en ce qui concerne la rubrique vin du Figaro, qui n'est pas la plus exposée politiquement, ni la plus importante économiquement, je te dirai tout simplement: je ne sais pas. Je veux bien faire confiance, mais les notes sont là, et puis, la femme de César, etc…
Je suis d'avis que les entreprises de presse ne sont pas comme les autres, qu'il ne devrait y avoir ni Lagardère, ni Bergé, ni Dassault dans l'actionnariat des grands journaux d'opinion, juste les journalistes et que l'Etat devrait leur octroyer des subventions en fonction du nombre de leurs lecteurs, un peu comme il fait pour les dépenses électorales, en fonction du % d'électeurs. On peut rêver, non?
Et je suis sans doute emphatique, mais l'indépendance rédactionnelle est un sujet que je connais assez bien pour en avoir été privé longtemps dans ma carrière, alors je crois que maintenant que les blogs (compétents ou pas, c'est à vous, lecteurs d'en juger) permettent de vraiment exprimer ce qu'on pense, je me dois de le crier, quitte à vou paraître ridicule.

Écrit par : Hervé Lalau | 09 janvier 2014

Alain, je t'ai connu plus sourcilleux sur la liberté de la presse.
Ce n'est pas le comportement de Dassault que je mets en cause, mais la couverture très très faible de l'information sur l'affaire Dassault par la rédaction du Figaro.
Ne me dis pas que comme journaliste, tu trouves ça normal!
Et pour ce qui est de Château Dassault, bien sûr que c'est l'esprit d'escalier qui me dicte ce rapprochement, et un peu de malice.
Par contre, j'ai le droit de m'étonner que quatre millésimes aussi différents que 2012, 2011, 2010 et 2019 aient obtenu la même note.
Je connais Bernard Burtschy et le respecte, comme confrère, comme dégustateur et comme individualité; mais ça n'empêche pas que comme moi, il puisse se planter de temps à autres.

Écrit par : Hervé Lalau | 09 janvier 2014

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Michel, tu as bien raison de rigoler. Hervé : doit-on nécessairement conclure de l'identité de notation à l'absence de "liberté de la presse", expression en l' occurence et vu le contexte, légèrement emphatique ?

Écrit par : Alain Leygnier | 09 janvier 2014

Se plante-t-il ou la note - si régulière soit-elle - lui est elle imposée ? C'est vrai que Bernard est un bon compagnon de voyage, un amateur de cigares et de grande musique que j'apprécie, un grand connaisseur en vins qui force le respect, mais la couverture du "cas" Dassault par le Figaro me fait doucement marrer et les bonnes notes du Château, administré par son petit-fils, Laurent, domaine également noté autour de 16 chez B&D, prouvent une étonnante et rare régularité. Après tout, chez les Dassault, on affiche toujours une santé de fer.

Écrit par : Michel Smith | 09 janvier 2014

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Allez, le Leygnier est à côté de la plaque une fois de plus. Ces vacances communes que nous projetions, il va falloir les remettre une fois encore. Je crains bien que ce ne soit « sine die » !
Et Burtschy n’est pas en cause : je le connais moins bien que vous mais partage votre avis élogieux sur son amabilité et sur son jugement assez détaché et correct des vins qu’il décrit. Mais qu’est-ce qu’on s’en fout, Leygnier, qu’il soit un joyeux camarade de voyage et « agréable à fréquenter ». J’ai suivi votre barnum de 1984 (débuts comme chroniqueur dans des journaux médicaux ayant des rubriques vins, que j’avais parfois créées d’ailleurs) à 2004, ayant fait ensuite partie pendant 10 ans de l’équipe d’IVV, où l’ambiance était un peu plus dynamique (merci, Flupke). Louis Havaux et moi avions des contacts fréquents (et excellents, salut à toi, Louis, je t’apprécie toujours autant) à ce moment-là car je refusais d’entrer dans la « guéguerre » ridicule qui opposait sa Revue (RBVS à l’époque) et le Mondial du Vin de BXL d’une part, et Apic de l’autre. Mais ces messieurs les journalistes francophones ronronnaient, faisaient des ronds de jambes et « passaient de bons moments ensemble ». Je ne nie pas que certains d’entre eux ont une réelle compétence et parfois même un talent de plumitif (plutôt rare, ça), mais les voyages de presse ressemblaient plus à des sorties en autocar pour club de boulistes ou du troisième âge, avec peu de visites en profondeur, aucune question intéressante et énormément de temps passé à table, pour mal bouffer en plus. L’un parlait de ses bagnoles de collection, l’autre cuvait ses cuites, un troisième nous barbait avec le wine-bar de sa femme et un dernier (défunt) avait tout vu, tout fait, tout dit. Christine Ontivero avait organisé in illo tempore un excellent tour sur 2-3 jours pour aller goûter les Corbières en blanc : beaucoup de visites, une dégustation fleuve, les oenologues présents etc .... Certains se sont plaints d’un programme trop chargé, de journées trop longues, de repas écourtés et de la maigreur des dossiers de presse. Qu’ils changent d’activité, pour voir.

Écrit par : Luc Charlier | 09 janvier 2014

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Tiens, j'y étais, à ce voyage mémorable en Corbières Blanc. Mais peut-être n'était-ce pas le même, je ne me rappelle pas de toi sur ce coup là.
J'ai atterri chez Haut Gléon (début de l'époque Duhamel) , il y avait pas mal de temps en transport, mais c'était instructif. J'ai bien aimé.
On aurait juste aimé avoir un peu plus de rouge (même si ce n'était pas le thème promis), et Christine a fait son possible pour nous faire plaisir.
Je crois qu'on a été aussi chez La Voulte Gasparets, dont la cuvée Romain Pauc était excellente. En rouge.

Écrit par : Hervé LALAU | 09 janvier 2014

Hervé,

Ce voyage comportait un grand nombre de participants – quand c’était très « select », on ne m’invitait jamais dans le nombre, mais j’en tire plus de fierté que d’aigreur. Il y avait eu une réception en plein air importante à Cucugnan, près de la coop. – for fuck sake, la zone viticole la plus à l’ombre de tout le département et dont, à part un curé de Daudet et la vierge enceinte de la petite église Saint-Julien, personne ne boit le vin. On avait eu une visite splendide à Haut-Gléon et deux dégustations fleuves. Et on avait du avaler un « repas médiéval » sur pain trempé et fond d’Hypocras (ariégeois pourtant) : orginal certes mais au niveau gastro ... euh ?
Est-ce qu’on parle de la même sortie ?

Écrit par : Luc Charlier | 10 janvier 2014

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Alors oui, c'est bien le même voyage dont on parle. Le banquet du Moyen-Age, c'était à Villerouge-Terménès, je crois.

Écrit par : Hervé LALAU | 10 janvier 2014

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Hihi, les vieux de la vieille ! Pour ne rien te cacher, j’étais logé dans un très joli domaine qui possédait plusieurs chambres de qualité en contrebas, et M. Dovaz était hébergé là aussi. Une erreur de casting sans doute car nos box-offices respectifs sont très différents. Nous avons passé le petit-déjeuner du premier jour dans un climat d’hostilité incroyable ! Note que cela ne m’a pas coupé l’appétit. Quant à lui, je pense qu’il croit toujours que Macabeu est le nom d’un village et la Marsanne un chant révolutionaire. Jamais de Lur-Saluces ne lui avait parlé de ces choses-là !

Écrit par : Luc Charlier | 10 janvier 2014

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Dovaz… d'expansion?

Écrit par : Hervé Lalau | 10 janvier 2014

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