14 janvier 2014

French bashing (and Hollande too)

Le French bashing est à la mode.

Longtemps, il a été l'apanage de nos amis Anglais. Mais on leur pardonne, car depuis Guillaume le Conquérant, et avec les rappels de vaccin de la guerre de 100 ans, puis des guerres napoléoniennes, c'est une constante chez eux. A se demander comment il s'en trouve encore parmi eux pour venir acheter nos ruines en Périgord ou en Quercy.

Dans le Times, un polémiste y va de son antienne: "This François Hollande story is getting seriously funny. Partly just because he’s French, obviously". On ne l'imagine pas dire ça du président israélien ou chinois, bizarrement. Le Français est un punching-ball bien plus commode.

Et si c'était une forme d'amour déguisé?

Depuis quelques années, le flambeau a été repris, et fermement, par les Américains. Tout ça parce que nous avons fait la fine bouche à propos des armes de destruction massives irakiennes - vous savez, celles qu'ils sont toujours en train de chercher... Et puis il y a eu l'affaire DSK. Le succès de Dujardin dans The Artist. Et voici l'affaire Hollande-Gayet.

france_amerique.jpg

Là, pas de soupçon de viol de femme de ménage ni même d'amours tarifées. Même pas d'épouse trompée (puisque François Hollande, contrairement à Bill Clinton, n'a jamais été marié). Juste un coup... de canif dans le contrat d'exemplarité. Mais ça suffit pour faire passer la France pour une nation légère. Aux yeux du monde, et plus important, du seul monde qui compte aux yeux de l'Amérique: l'Amérique elle-même.

Il est vrai que nous avons beaucoup de défauts.

Des défauts réels (ne nous pensons pas au dessus de toute critique!) et même des défauts imaginaires.

Comme ceux que l'on trouvait la semaine dernière dans un magazine qu'on pensait pourtant bien informé, Newsweek. Des lois que nous n'avons jamais promulguées, par exemple; des seuils d'imposition imaginaires, des approximations, des raccourcis plus que douteux - tout ça, dans un seul article. La journaliste qui signe ce papier y compare l'exil doré des jeunes diplômés français avec l'exil forcé des Huguenots sous Louis XIV (comme si François Hollande envoyait des dragons dans les Grandes Ecoles!). Se trompe sur le prix de lait ou sur le congé de maternité. Le plus risible: elle soutient que le concept d'entrepreneur n'existe pas dans notre langue! Et dire que le mot "manager" vient du français!

Tout cela prêterait à sourire si l'image de la France n'était déjà tellement mauvaise dans l'ensemble des médias américains. L'article de Newsweek ne fera sans doute aucune vague outre-Atlantique, car il dit aux Américains ce qu'ils ont envie d'entendre, à force de l'avoir déjà entendu.

Est-ce à dire que cette grande nation, ce creuset des libertés, ce laboratoire vivant de la démocratie, de l'entreprise, ce paragon des qualités humaines, est incapable de concevoir qu'il existe une façon de vivre différente de la sienne?

Oui, nous sommes petits, faibles, provinciaux, démodés face à la grande Amérique. Quand son Ed Koch (un vrai nom de bacille!) proclame que Gallia Delenda Est, on s'étonne juste qu'il connaisse le latin.

Quand ses Simpson nous traitent de singes capitulards mangeurs de fromage, on se dit qu'on a eu tort de ne pas regarder plus souvent cette série sur Arte ou toute chaîne culturelle digne de ce nom.

Quand des Etats américains interdisent notre foie gras pour mauvais traitement aux animaux, on aimerait leur répondre qu'ils se trompent de priorités. Qu'ils devraient d'abord mieux encadrer la vente des armes sur leur territoire, ce qui éviterait à leurs lycéens de faire des carnages dans leurs écoles. Une autre forme  de mauvais traitement. Mais on ne le fait pas, car ce serait non seulement impoli, mais mesquin. Une sorte d'ingérence dans les affaires américaines, leur droit à l'autodétermination de ce qui est licite, cruel ou léger.

Quoi qu'il en soit, nos grands vins restent plus chers que les leurs (ne parlons pas de qualité, juste de portefeuille). Et quand on fait un procès pour fraude aux vieux millésimes de grands crus, même à New York, curieusement, c'est à propos de Bourgogne ou de Bordeaux.

Enfin, malgré nos défauts criants, nous n'avons pas dû attendre Obama pour avoir le commencement d'une protection sociale.

Alors la grande Amérique, tout comme la perfide Albion, bien sûr qu'on les aime beaucoup, et qu'on écoute leurs reproches et leurs conseils avec attention. Mais pas au point de vouloir leur ressembler.

11:39 Écrit par Hervé Lalau dans Etats-Unis, France, Grande-Bretagne | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

Les commentaires sont fermés.