25 décembre 2013

C'est Noël, parlons d'espoir!

Je suis convaincu que la préservation du terroir, au sens où je l'entends, et qui n'engage que moi (sols + climat + traditions et méthodes culturales) est une bonne chose, ainsi que la conception qui a présidé à la fondation des appellations, qui va dans ce sens. Je pense juste qu'elle a été dévoyée, voyez-vous.

Plutôt que de donner à nouveau des exemples de déviances, de mentions vides de sens, d'amalgames qui sont pour moi autant de tromperies sur la marchandise, j'ai envie de penser positif, de parler de ce qui va bien. Des trains qui arrivent à l'heure, parfois...

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Quand l'origine est vraiment dans la bouteille

Une des plus belles dégustations de l'année 2013, pour moi, aura été celle des Côtes Rôtie organisées chez In Vino Veritas ce printemps. Deux maîtres mots: homogénéité dans la qualité. Cela ne voulait pas dire que tous les vins étaient pareils. Une bonne cohésion de l'AOC n'empêche pas chaque producteur d'apporter sa "patte" de vigneron.

Ni même qu'elle abrite en son sein quelques "suceurs de roue".

Dans un même ordre d'idées, mais hors de l'Hexagone, je pense à la dégustation des Fiano d'Avelino organisée sur place par Campania Stories. Là encore, tous les vins ne se ressemblaient pas (surtout que l'effet millésime jouait à plein), mais il y avait un gros fil rouge - ou blanc, en l'occurrence. Un cépage exprimant un terroir, ou vice versa - et le tout, interprété par des vignerons. Un peu comme des musiciens donnent vie à leurs instruments, eux-même mis au service d'une oeuvre, d'une partition qui date parfois de plusieurs siècles...

Toujours dans l'esprit des ces appellations qui en sont vraiment, ou qui le redeviennent, j'ai envie de citer les Baux de Provence, Patrimonio, Les Terrasses du Larzac et Bourgueil. Et puis Cahors, qui revient de tellement loin. J'en oublie, bien sûr, mais ce sont celles qui me viennent à l'esprit aujourd'hui.

Yes, they can!

Autant d'îles de typicité (même si je n'aime guère le mot, mis à toutes les sauces) dans un océan de médiocrité et de compromissions? Peut-être, je n'aime pas généraliser, car sans doute il y a-t-il de bonnes volontés un peu partout. Surtout, j'ai envie de terminer l'année sur une note d'espoir. C'est mon côté enfant de choeur.

Si ces appellations-là sont capables de le faire - je veux dire, de mettre de l'ordre dans LEUR maison, de fédérer sans diluer, de rassembler sans édulcorer, alors d'autres le peuvent.

S'il est juste de dénoncer les abus (y compris les abus de langage), il est juste aussi de reconnaître que certains ne font pas qu'utiliser leur petit coin de vignes, son nom, son histoire, sa réputation, à des fins marketing ou commerciales, mais qu'ils le mettent vraiment en valeur.

C'est souvent d'abord une aventure humaine. Une poignée de battants qui se groupent pour faire respecter leur patrimoine commun. Se battent contre les moulins sataniques de la course au volume et au rendement, de la consommation de masse, du moins disant viticole.

J'avais envie de leur rendre hommage et aussi de leur dire: vous n'êtes pas seuls. Votre combat est juste, n'en changez pas; et comme journaliste, épris de vérité, épris de la réalité derrière les mots, vous aurez toujours en moi un allié.

Bonnes fêtes à tous!

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans France, Italie | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

Commentaires

Hervé,

Je te fais un « cut & paste » de ce qu’écrivait Jean Héritier il y a deux jours en réponse à un billet sur le blog de J. Berthomeau, concernant les normes et particulièrement la ISO 2600 :
« en ce qui concerne les produits agricoles en general et le vin en particulier c'est peut etre la mise en place de démarches qualité qui a permis à la France d'etre un grand pays agroalimentaire
en effet les AOC AOP et autres délimitations nous ont permis de proteger nos productions face à une concurrence de plus en plus dure
dans un monde dominé par un liberalisme sauvage nos signes officiels de qualité nous ont aidé à resister et à nous developper
pourquoi pas la mise en oeuvre de normes certainement contraignantes pour nos entreprises mais qui pourraient nous permettre de limiter l'importation de produits chinois !!! »

L’appellation, c’est une norme, bien évidemment. Tu as compris que je m’inscris en faux total contre cette manière de voir (protectionnisme). Mais je pense qu’elle est chevillée au corps d’un grand nombre de Français. Il faut tenir compte de cette mentalité, au-delà des raisonnements rationnels.
J’épingle « grand pays agro-alimentaire » et « limiter l’importation de produits chinois ». Je pense qu’il n’existera jamais de commun dénominateur entre cette vision étriquée d’un monde cloisonné et un équilibre durable du commerce mondial (et donc de la production).

Écrit par : Luc Charlier | 25 décembre 2013

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Luc, j'ai bien peur que tu aies raison globalement. Derrière les plus belles déclarations d'intention (le terroir) se cachent souvent le grand méchant protectionnisme, la rente de situation, la médiocrité institutionnalisée.
Mais…
Il y aussi, quand même, parfois, la volonté de créer ou de défendre un bien commun. Une émulation. L'envie de bien faire, de transmettre ce que la région fait de mieux.
Si l'on regarde la Belgique, les Pays-Bas, la Grande Bretagne, on se dit que le patrimoine des produits alimentaires locaux a été bien mieux transmis en France, non? Même si ce n'est pas toujours pour les meilleures raisons...

Écrit par : Hervé Lalau | 25 décembre 2013

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La Belgique, cela n’existe pas. Et la gastronomie belge non plus, même si la restauration y est, généralement parlant, d’excellente qualité . Voir l’adage : « La cuisine française est la meilleure au monde, quand ce sont les Belges qui la font ».
Les Pays-Bas n’ont aucune traditon culinaire, protestantisme (mais pas seulement) aidant. Et le niveau moyen de la bouffe y est à la hausse (pas difficile).
La Grande-Bretagne est déconsidérée par les Français : sa cuisine n’est pas aussi catastrophique que ce que vous pensez mais ... le rationnement à la fin de la guerre a duré beaucoup plus longtemps qu’en Europe continentale et cette société très stratiphiée possède des modes d’alimentation très différents suivant la classe sociale. Il en va de même (allait de même ?) pour l’habillement et l’accent : ce dernier dépend encore beaucoup plus du milieu que de la région (même si je ne nie pas le rôle de la géographie).
Joyeux Noël et bonne dinde – moi, ce fut une pintade chaponnée, ma foi fort bonne, avec un Hermitage de chez Chave ( !), millésime 2009, cadeau de l’excellent chef valentinois Baptiste Poinot (Flaveurs, une *) lorsqu’il était de passage en Roussillon. Ne s’agit-il pas du meilleur vin de France, si ce terme veut dire quelque chose ?

Écrit par : Luc Charlier | 26 décembre 2013

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